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Godey, Souvenirs de la Nouvelle-Calédonie, t. II, p

2. Notice pour 1884 (Paris, 1887), p. 56. Ce tableau est intitulé : Concours apporté à la colonie (budgets locaux et municipaux) par l'administration pénitentiaire, au moyen des crédits inscrits au budget de la transportation, des dépenses laissées à la charge de ce service, et des exonérations de payements de redevances pour la main-d'œuvre prononcées par le département.

3. Notices illustr., Nouvelle-Calédonie, p. 74. Encore les routes muletières ontelles été faites par M. Pallu de la Barrière et la mission topographique militaire (Historique de ta mission, p. 25). On a même négligé de les entretenir (Notice sur le 4« arrondissement, p. 50).

4. Rapport sur te budget des colonies (exercice 1893), p. 60.

muletiers, 400 mètres de quais à Nouméa... Sans parler de tous les établissements appartenant à l'administration pénitentiaire : hôpitaux, magasins, prisons, logements de fonctionnaires, cases de condamnés, la main-d'œuvre pénale a contribué à la création de la voirie de Nouméa, à la construction des hôtels des chefs d'administration, du magasin central, de la cathédrale, du temple protestant, de l'hôpital militaire, des travaux de fortification. » M. Chautemps réplique que, pour 94 millions,c'est un maigre résultat! Au reste, il n'y a selon lui que 1 20 kilomètres de route, qui d'ailleurs s'effondrent sous le poids des grosses voitures !. « Nous ne contestons pas, dit-il en terminant, que l'Administration pénitentiaire ait accumulé pour elle-même une prodigieuse quantité de moellons, mais de tout cela que restera-t-il, le jour, inévitablement prochain, où il faudra rendre à la colonisation libre la seule de nos colonies où le peuplement français soit possible ? Tout cet ensemble est en somme minuscule, et ne répond pas à l'emploi de 10000 hommes pendant vingt ans. » Il est juste d'ajouter que, dans ces dernières années, le nombre des condamnés mis au service des travaux publics a beaucoup augmenté (1200 en 1890 et 1891, au lieu de 360 en 1881), et que, depuis 1890, le système de l'adjudication a, comme le demandait M. Etienne 2, remplacé le système de la régie, de l'exécution directe des travaux publics par l'administration pénitentiaire.

Quant au louage de main-d'œuvre aux habitants, il y a plusieurs manières de le comprendre et de le pratiquer. L'institution des « garçons de famille », longtemps en usage dans la colonie, et dont la suppression, maintes fois ordonnée, n'a jamais été complète, était un véritable scandale. C'était l'utilisation des forçats par les fonctionnaires pour leur intérêt particulier; on les prenait comme domestiques, « bonnes d'enfants », et on les admettait parfois dans son intimité.

La location à de petits colons libres présente les mêmes inconvénients. « L'agriculture, dit-on *, retire de cette aide d'immenses avantages, par suite du bon marché de cette main-d'œuvre. L'engagement chez les colons initie le condamné aux modes spéciaux employés dans la colonie pour les diverses cultures, et quand il est admis à la faveur dernière de la mise en concession, il n'y a plus de tâtonnements ruineux à craindre. » La Commission permanente du régime pénitentiaire a maintenu, sous le nom d'assignation individuelle, cette mise à la disposition des colons des condamnés de bonne conduite 4. On a même une tendance à accroître le nombre de ces engagés, qui a passé de 320 en 1888 à 630

1. Le prix de revient du kilomètre a dépassé 50000 francs (Bull. Soc. prisons, 18s9, p. 938).

2. Journ. offic., 16 octobre 1889. Bull. Soc. Gèogr. comm., 1889, p. 407. Temps, 2 et 4 février 1890.

a. Rapport de M. Pardon, Bull. Soc. prisons, 1891, p. 911. 4. Bull. Soc. prisons, 1891, p. 1090.

en 1891 f. M. Mimande 2 a très justement critiqué ce système : « Chez les petits propriétaires, pas de logements séparés, pas de surveillance : l'uniforme de toile bise n'effarouche personne : maître et valets vivent sur un pied de familiarité complète, et certains intérieurs campagnards présentent le spectacle d'un inconscient cynisme. »

« La présence des condamnés ne s'explique 3 que là où existent une surveillance effective et incessante et des travaux pénibles à accomplir. » C'est le cas pour les Iravaux des mines. Sous cette dernière forme, l'engagement des condamnés est une manière possible de les utiliser. Travaillant aux mines, ils sont employés dans l'intérêt général de la colonie. Rien ne paraît mieux convenir que ce genre d'occupation pour l'exécution d'une peine : c'est l'antique condamnation admetallum. Il ne faut pas se figurer que les condamnés ainsi assignés soient affranchis de la discipline pénale, ou soumis au bon plaisir du propriétaire auquel ils sont cédés, à la manière des anciens « garçons de famille ». Ils résident dans un camp établi aux frais du propriétaire, et restent pleinement sous la discipline du bagne4. L'administration paraît s'être engagée dans cette voie depuis quelques années ; de 1878 à 1886, elle avait mis 300 à 400 condamnés à la disposition des mines de la région du Diahot1. Depuis 1888, les mines de nickel de Thio ont obtenu à diverses reprises pour leurs travaux des condamnés en cours de peine ; elles en emploient 800 environ.

On a élevé contre ces contrats de main-d'œuvre des objections d'une nature philosophique; on a dit que ce louage est une sorte d'esclavage : comme si les travaux forcés ne ressemblaient pas toujours à un esclavage 6 ! Pénal servitude, c'est leur véritable nom. On a dit aussi que ce louage introduit entre les condamnés une inégalité contraire à la loi, et à l'esprit de la répression pénale : comme s'il y avait plus d'égalité de traitement entre les forçats employés aux routes, et les forçats employés aux écritures ou à la musique, et comme si la situation de ces derniers n'était pas beaucoup plus contraire à l'esprit et à la lettre de la loi ! Demander que tous les forçats soient occupés exactement de la même manière, vouloir empêcher que certaines inégalités naissent entre eux, par le fait des diverses sortes de travaux auxquels ils sont astreints, c'est une pure chimère. Le régime des locations de maind'œuvre n'aggrave nullement l'inégalité, qui résulte de la nature même

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