‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 373 sur 393 · Notice pour 1884 (Paris, 1887), p · texte numérisé non relu

Notice pour 1884 (Paris, 1887), p

3. Mimande, R. D. Af., 15 juillet 1893, p. 384-385. Nicomède, Bourail, p. 29. M. A. Legrand, Nouvelle-Calédonie, p. 109. On s'occupe de créer à Canala un internat pour les Mes (Bull. Soc. prisons, 1891, p. 914).

un examinateur superficiel, dit M. Nicomède, la question de la colonisation pénale y semble résolue. Mais c'est un échafaudage bien fragile. La devise prétentieuse de l'amiral Guillain : Réhabiliter, civiliser, produire, contient autant d'erreurs que de mots. Évidemment des efforts ont été faits et des résultats obtenus. Mais la réhabilitation n'a pas eu lieu, et quant à la production, il faudrait pouvoir mettre en parallèle, comptes en mains, ce qui a été fait et ce qu'on aurait pu faire pour la colonisation générale : d'un côté les millions dépensés, de l'autre les résultats matériels et moraux obtenus. Jusqu'à présent, on n'est parvenu à constituer à Boura 1 qu'un établissement fermé, sans connexion avec un progrès d'utilité publique. »

Bourail, le « paradis des forçats » * est une prime au crime. Tandis que le libéré, ou le transporté gracié, quitte le pénitencier sans ressources, le concussionnaire a une terre, des vivres, des faveurs de toutes sortes : « Quel est le pays, quelle est la colonie française où l'immigration libre est ainsi aidée et soutenue ? A coup sûr, ce n'est pas la Calédonie. Tous les habitants ont fait le rapprochement, et comparé les six mois de vivres que touchent les immigrants libres avec les trente mois octroyés il y a peu d'années encore aux transportés de Bourail. Il est scandaleux que le forçat soit plus favorisé que l'immigrant libre. On connaît la réponse d'un concessionnaire de la vallée de Pouéo à l'amiral de Pritzbuer : « Ah ! mon gouverneur, si j'avions su qu'on était si bien ici, j 'aurions fait le coup dix ans plus tôt. » Le mot est sans doute apocryphe, mais il peint assez bien la situation.

Quelles sont les causes de l'échec? Assurément, il est difficile de coloniser avec l'élément pénal, lorsqu'on se défie de l'initiative individuelle et qu'on veut coloniser administrativement. Du moins pouvait-on prendre certaines précautions qui ont été négligées. On a donné des concessions sur le môme point et en même temps à des condamnés en cours de peine et à des libérés, ce qui peut s'expliquer : maison a fait la part trop forte aux condamnés en cours de peine. En 1883, on a 227 condamnés contre 71 libérés parmi les concessionnaires ; en 4885, 279 condamnés, dont 55 condamnés encore à perpétuité et avec de très mauvaises notes parfois, contre 173 libérés. Les mises en concession, qui devaient être une faveur exceptionnelle, d'après le texte et l'esprit de la loi de 1854, étaient devenues une mesure banale, souvent injuste, et accordées à des condamnés auxquels il restait beaucoup de temps à subir. Ce n'est que tout récemment qu'on a réagi2 et diminué sensiblement le nombre des concessionnaires 3. On n'établit plus guère qu'une centaine de conces-

1. Moncelon, Le bagne et la colonisation pénale en Nouvelle-Calédonie.

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