‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 379 sur 393 · Doucin,art. cité. Lanessan, Expansion coloniale, p · texte numérisé non relu

Doucin,art. cité. Lanessan, Expansion coloniale, p

Il faut sans hésiter répondre : non. Elle avait paru convenir parfaitement à cause de son isolement, de son éloignement, et de sa salubrité. On ne s'était pas trompé en lui attribuant ces qualités : l'isolement a rendu les évasions suivies de succès fort rares, et les plaintes des Australiens à ce sujet sont sans fondement. La salubrité a maintenu l'état sanitaire excellent, et les maladies n'ont jamais été un obstacle.

Mais la salubrité du climat calédonien, qui rend le peuplement par l'immigration libre si facile, est justement le principal argument contre la transportation, s'il est prouvé que la colonisation libre et la colonisation pénale ne peuvent coexister sur le sol de l'archipel. Tel est précisément le cas, parce que la Galédonie est trop petite et surtout l'étendue utile trop peu considérable. La colonisation libre y est impossible tant qu'on n'aura pas évacué les forçats f .

Le travail est accaparé par la main-d'œuvre pénitentiaire, avec laquelle les libres ne peuvent entrer en concurrence ; les ateliers de l'île Nou jouent à cet égard, vis-à-vis des gens de métier, le même rôle que les concessionnaires vis-à-vis des cultivateurs. La colonisation pénale non seulement n'a pas préparé la colonisation libre, mais l'empêche de réussir par sa concurrence privilégiée. Cela est si vrai que, récemment, les libérés, pour faire augmenter leurs salaires et demeurer maîtres de la -place, ont obtenu du conseil général un vœu tendant à frapper d'une énorme taxe tout travailleur étranger introduit dans la colonie. On a vu en Calédonie des colons libres réduits à aller travailler chez des condamnés2. En somme, il y a nécessairement antagonisme entre la population libre et la population pénale, sitôt qu'elles ont acquis une certaine importance numérique : il faut que l'une des deux chasse l'autre.

Est-ce la population libre qui doit céder le pas? On l'a soutenu récemment encore. M. Paul Mi mande 3, après avoir établi que « la colonisation libre esta peu près nulle », conclut que « son existence est vraisemblablement impossible », sans voir que l'obstacle est précisément l'immigration des non-libres. « Le remède, ajoute-l-il, est des plus simples, et ce remède, je n'hésite pas à l'affirmer, c'est le bagne qui seul peut le fournir. En d'autres termes, puisque les émigrants honnêtes et de bonne volonté se mettent en grève, adressons-nous à une autre

1. <r Regardez, dit un criminaliste anglais, vos colonies de Guyane et de Nouvelle- Calédonie. Parmi vos plus chauds partisans de la transportation, combien iraient volontiers s'y fixer, avec leurs femmes et leurs filles, côte à côte avec les condamnés les plus repoussants? Que diraient-ils de la pensée de construire leurs habitations parisiennes près des bouches des égouts ? » « Il est absurde de faire envisager à des criminels comme un châtiment redoutable l'envoi dans un pays que Ton représente d'autre part, comme devant offrir un si grand attrait à la colonisation libre. » (Opinions de M. W. Tallack et du major Griffiths sur la transportation, dans Bull. Soc. prisons, 1892, p. 793-795).

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