Mimande, B. D. Af., 15 mai 1893, p
catégorie de travailleurs. L'administration des colonies s'en est fort bien rendu compte lorsqu'elle institua la colonisation pénale. Malheureusement, on a tellement attaqué ses timides essais qu'elle s'est arrêtée net, et, découragée, se montra bien près d'abandonner une des œuvres les plus fécondes qu'on puisse entreprendre, œuvre à la fois moralisatrice et utilitaire, née d'une forte compréhension des doctrines modernes de la philosophie criminaliste, et capable en même temps de répondre à ces nécessités économiques sans lesquelles un pays ne saurait vivre. » Et, plus loin, M. Mimande déclare1 que, si l'on n'a pas réussi, « c'est qu'on n'a pas osé faire de la Calédonie un pays d'exception, où les colons se fussent trouvés dans la même situation que les propriétaires voisins d'une forteresse, autorisés à bâtir dans le périmètre de la zone dangereuse. » On a fait fausse route 8, selon lui, en assimilant une colonie pénitentiaire à une colonie quelconque peuplée d'émigrants ordinaires ; on s'est trompé lourdement en négligeant ou en combattant l'œuvre de la régénération des criminels. « L'avenir de la Nouvelle-Calédonie est intimement lié à celui de la colonisation pénale: Employer les forçats au profit exclusif de l'Etat, garder une puissante main-d'œuvre en utilisant les 10000 transportés maintenus au bagne, et, par un large développement donné à la colonisation pénale, fournir au pays les habitants qui lui manquent. » On ne saurait imaginer un plus dangereux aveuglement3.
Non contente de se réserver le travail, l'administration pénitentiaire s'est réservé la terre et a accaparé presque toute la partie cultivable de l'archipel Canaque. Evidemment, si l'on ne tient compte que du chiffre de prèsde deux millions d'hectares de la superficie totale, le domaine pénitentiaire n'empêche pas,semble-t-il, l'établissement des colons libres. Mais on croit avoir suffisamment montré quelle part considérable est prise par les montagnes et les terrains absolument infertiles, combien est faible la superficie réellement propre à l'agriculture. Pour maintenir les forçats en Calédonie, tantôt on dit que l'île est infertile et ingrate, tantôt on affirme que les terres disponibles sont très étendues. L'une et l'autre assertion sont inexactes. La Calédonie n'est pas entièrement infertile, mais l'espace cultivable est très réduit, et l'administration pénitentiaire absorbe en entier cet espace.