Immanuel, Peterm. MitteiL, 1894, p
3. The Industries of Russia (publicat. offîc. à Toccas. de l'Exp. de Chicago, Pétersbourg, 1893), t. V, Siùeria, p. 182.
est la disproportion du nombre des femmes à, celui des hommes, obstacle auquel on s'est heurté aussi en Calédonie et en Australie. Les évasions sont rares, et couronnées de succès plus rarement encore qu'en Calédonie * . Une autre difficulté provient de ce qu'un petit nombre de transportés sont aptes aux travaux agricoles : de 25 à 30 p. 100 seulement (sans doute beaucoup plus encore qu'en Calédonie). Les mines de houille sont d'une exploitation facile, presque à ciel ouvert ; 700 condamnés environ sont mis par contrat à la disposition de la Société Sakhalin, qui exploite les mines jie Dui. Par suite de l'absence de colons libres, on a, comme en Calédonie, employé les forçats à tout : ils sont domestiques, employés, scribes chez les administrateurs et les officiers. En 1890,il y avait dans l'île à peu près 600 kilomètres de routes ; il existait environ 3000 maisons et 58 centres. On ne cultivait encore que 5700 hectares, situés naturellement dans le sud de l'île, et les récoltes ne suffisaient pas encore à alimenter la population.
L'île de Sakhalin, malgré la rudesse du climat, sera sans doute mise en valeur. Il est clair qu'elle peut, pendant de longues années -encore, ouvrir un débouché à la transportation russe. Mais les rapports entre la population pénale et la population libre ou libérée passent invariablement par trois phases : ils sont d'abord sympathiques, puis indifférents, puis hostiles. Quand la population libre est peu nombreuse, elle accepte volontiers les services que lui rend la colonisation pénale. Dès qu'elle se développe, elle n'en veut plus. La Sibérie occidentale fait aujourd'hui à cet égard exactement ce qu'a fait l'Australie. Or, il est de l'essence môme de la transportation de créer peu à peu une population libre, et aussitôt que celle-ci devient importante, la transportation a vécu. Bien loin de chercher, comme en Calédonie, à s'éterniser et à occuper seule tout le pays, elle doit donc travailler à amener le plus rapidement possible sa propre mort.
« La transportation, disait M. Spasowicz au Congrès pénitentiaire de Pétersbourg, équivaut en général à une simple évacuation des éléments corrompus de la société, sans se soucier de ce qui adviendra ultérieurement de ce rebut. La transportation a servi à la Russie pour coloniser la Sibérie et l'île de Sakhalin; mais le système est présentement condamné, et son abandon, décidé en principe, n'est qu'une question de temps. L'emploi de ce moyen n'est possible qu'aux États possédant des contrées éloignées, incultes et capables de colonisation. » On pourrait
1. A. Rambaud, in Journ. des Débats, 25 janv. 1894, d'apr. les Nouvelles Sibériennes de Vladimir Korolenko. Ce livre vient s'ajouter aux beaux récits de la vi# des forçats en Sibérie, inspirés à leur auteur, comme on sait, par l'expérience personnelle, les Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevsky, bien connus en France.
ajouter : il faut en outre que ces contrées soient vastes, et de climat tempéré ou froid. Les deux expériences qui ont le mieux réussi, l'Australie et Sakhalin, ont eu pour théâtre des pays de la zone tempérée. « La transportation n'est qu'un expédient temporaire, et qui dispense provisoirement l'État de réformer son système pénitentiaire *. »
On n'a énuméré les inconvénients et les défauts de la transportation que sous le rapport de la mise en valeur des colonies. Si cependant c'était là réellement le meilleur mode d'exécution des peines, on pourrait se demander s'il y a lieu, une fois de plus, de « laisser périr les colonies plutôt qu'un principe. » Mais, condamnée par les géographes, la transportation est actuellement condamnée par les criminalistes les plus éminents, qui, se plaçant à un tout autre point de vue, celui de la science pénale, arrivent à la même conclusion 2.
Déjà en 1831, alors qu'on songeait à inscrire la transportation dans nos lois, MM. de Beaumont et de Tocqueville reçurent du gouvernement la mission d'aller étudier aux États-Unis le système pénitentiaire. Le livre qu'ils publièrent à leur retour concluait à l'adoption de l'isolement complet, du régime cellulaire tel qu'il se pratiquait au pénitencier de Cherry-Hill, à Philadelphie. Les cours royales et les conseils généraux consultés se prononcèrent dans le même sens. Faustin-Hélie, Tissot, Lepelletier, Molinier, étaient opposés à l'introduction de la transportation dans notre code. Mais d'autres idées prévalurent; on obéissait à cette impression peu raisonnée du « débarras », qu'exprimait Lamartine, un des plus ardents partisans de la transportation, ens'écriant : « Toutes les nations du monde ont senti la nécessité de rejeter leur écume sur des rivages éloignés, et de constituer, pour ainsi parler, le juste ostracisme des scélérats afin d'assurer la sécurité des bons citoyens. »
A Theure qu'il est, l'expérience est faite. Qu'on lise les grandes enquêtes anglaises en Australie de 1856 et de 1863 3, les discussions des congrès pénitentiaires, notamment de celui de Stockholm4; à