Loc. ct7,p
À 4846 mètres, on ne trouve pas trace de carbonate de chaux, même au microscope ; à 4480 mètres, on trouve 1 à 2 p. 100 de carbonate de chaux ; à 4452 mètres, on a trouvé de l'argile rouge à la surface, contenant seulement 5 p. 100 de carbonate de chaux, mais à 75 millimètres de la surface, les dépôts étaient plus clairs et contenaient 32p. 100 de carbonate de chaux. Un pareil phénomène est digne d'attention : car, si on a remarqué fréquemment que les couches profondes d'un dépôt contenaient moins de calcaire que les couches les plus superficielles, on n'a observé le contraire que deux ou trois fois. Or, la couche de surface, dans ce sondage fait au milieu de la mer de Corail, était semblable de tous points à celle qu'on trouve par 4480 mètres, tandis que la couche profonde ressemblait à celle trouvée à 4252 mètres ou même k une profondeur beaucoup moindre. MM. Murray et A. Renard sont assez disposés à en conclure qu'il y a eu un affaissement depuis la formation de la couche la plus profonde.
D'après Murray, c'est à partir de la profondeur de 4600 mètres environ qu'on ne trouve plus que de l'argile rouge, et la carte qu'il donne montre bien cette distribution. En elle-même, cette carte ne serait pas très probante, car, construite d'après cette loi que laquantité de carbonate de chaux va toujours en diminuant avec la profondeur, il ne serait pas étonnant qu'elle en fournît la vérification. Mais les échantillons rapportés par les sondages sont à cet égard bien concordants, ceux mêmes du Tuscarora, qui se servait d'une nomenclature un peu différente de celle du Challenger, à une époque où celle-ci n'était pas universellement adoptée, et qui emploie néanmoins, pour désigner des dépôts de la fosse de Moreton Bay, des expressions où Clarke n'hésite pas à reconnaître l'argile rouge.
On voit quelle correspondance exacte il y a entre la nature des dépôts et la profondeur. Aussi la nature des dépôts vient-elle confirmer la division proposée du Pacifique en trois parties ; sur la carte du Challenger, cette distinction se marque avec une grande netteté; on y voit la Méditerranée australasienne tapissée principalement de sédiments terrigènes, le Pacifique Sud-Occidental de boue à globigérines, le Pacifique proprement dit d'argile rouge. C'est ce que montre le tableau suivant :
Sables coralliens
Superficie
Dépôts
boucs à globi- Argile
totale.
terrigènes.
çerines, etc. rouge.
600000K* — Rq
Méditerranée australasienne.
Pacifique Sud-occidental. . . .
Pacifique proprement dit....
Si l'argile rouge occupe une si grande surface dans le Pacifique proprement dit, ce n'est pas que, par suite du petit nombre de fleuves dont il reçoit le tribut, il soit moins propre à la vie animale que l'Atlantique,
où les boues à globigérines se rencontrent presque exclusivement. La prédominance de l'argile rouge est liée ici à la prédominance même des grands fonds, la dissolution empêchant les globigérines, nombreuses à la surface, d'arriver sur le fond.
11 faut encore formuler deux réserves : d'abord, rien absolument n'empêche, tant au point de vue de la géologie qu'au point de vue de l'hypsométrie sous-marine, d'ajouter la Micronésie à la région qu'on a distinguée sous le nom de Pacifique Sud-Occidental. La boue à globigérines se trouverait même ainsi plus complètement exclue de la troisième subdivision. Il faut ajouter aussi que le relief et la géologie de cette dernière région sont tout ce qu'il y a de plus hypothétique dans la carte des mers, et que l'uniformité qu'on y figure est trop souvent synonyme d'absence de renseignements.
Quelle signification faut-il, en définitive, attribuer à la nature et au relief du sol sous-marin dans le Pacifique Sud-Occidental? À quelles conclusions mènent-elles en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie? Question difficile, qui se ramène au problème même de la permanence des continents et des océans.
On peut remarquer tout d'abord avec Dana l que l'action volcanique n'a pas été prédominante pour déterminer la position des cuvettes profondes. Car on rencontre des régions volcaniques sans fosses océaniques, et des fosses sans phénomènes volcaniques. Si les deux phénomènes paraissent fréquemment liés, comme au voisinage des Sandwich, des Kouriles, des Tonga, c'est que les alignements volcaniques marquent précisément les points faibles de la croûte terrestre, les lignes de fissure. D'une manière plus générale, on peut dire que les affaissements du fond des mers se rattachent à l'inégale contraction de l'écorce et aux actions de la dynamique interne.
M. Clarke* fait remarquer que la dépression de Moreton-Bay est en contradiction avec l'idée généralement admise que sur les côtes plates se trouvent des mers peu profondes, car la côte du Queensland est relativement basse en ce point. C'est qu'en effet cette loi n'a rien d'absolu, et qu'on rencontre souvent un double étage : un premier escarpement mène
1. Art. cité, dans Amer. Journ. of Science, 1889. « Il ne serait même pas impossible que les éruptions eussent pour résultat de produire des saillies sur la place des anticlinaux, et la plupart des saillies océaniques sont précisément dues à des soulèvements volcaniques. » (M. Bertrand, B. S. Géol. Fr.t 1892, XX, p. 163.) Le plateau des Tonga justifie bien cette manière de voir.
2. On the deep oceanfc dépression off Moreton-Bay (Proc. Roy. Soc. N. S. Wales, 1876, t. X, p. 75>.
à un plateau relativement étroit, puis un second escarpement domine directement les très grandes profondeurs. C'est précisément le cas pour cette fosse *.
L'absence de plateau continental est fréquente autour des fies isolées dans l'Océan. M. Dietrich * a calculé qu'en moyenne, dans la zone littorale, l'inclinaison est très raide autour des îles de dislocation non volcaniques, plus raide encore autour des îles volcaniques, et atteint son maximum autour des îles coralliennes. Les îles d'un même archipel sont fréquemment isolées par de grands fonds, et ne reposent pas sur un socle commun. C'est effectivement ce qu'on a constaté autour de la Nouvelle-Calédonie, et l'absence de plateau continental est en général bien caractérisée autour des îles du Pacifique Sud-Occidental. La limite du plateau continental n'est d'ailleurs pas toujours marquée par l'isobathe de 200 mètres, ni par aucune isobathe fixe '.
Le relief sous-marin du Pacifique Sud-Occidental montre un remarquable parallélisme entre les terres émergées, les piédestaux immergés qui les supportent et les dépressions sous-marines qui les séparent. C'est ainsi que la fosse des Nouvelles-Hébrides paraît avoir une direction Sud-Est à Nord-Ouest parallèle à celle de tant d'îles du Pacifique Occidental : les deux dépressions qui isolent la Nouvelle-Calédonie ont aussi cette même orientation. D'autre part, la fosse des Fidji et la fosse des Tonga, ainsi que le plateau sous-marin intermédiaire, ont la direction Sud-Ouest à Nord-Est, qui est celle du relief émergé dans cette partie de l'Océan.
L'étude des fonds sous-marins contribue donc à révéler le caractère des parties émergées. « Les dépressions océaniques sont l'exacte contrepartie des reliefs continentaux *. » Elles sont dues surtout, semble-t-il, à des effondrements, et parmi les phénomènes les plus remarquables du relief sous-marin sont ces fosses étroites qu'on appelle Graben. M. Suess fait remarquer 8 qu'il existe une curieuse tendance à la formation d'une dépression ou d'une sorte de vallée sur le front convexe des grands plissements. Et il compare hardiment à cet égard la vallée du
1. J. Walther, Ueber den Dau der Flexuren an den Grenzen der Kontincnte (Jenaische Zeitschr. f. Naturwissench., 1886, p. 243).
2. Dietrich, Untersuchungen ùber die Bôschungsverhù Unisse der Sockel oceanischer Jnstln : ein beitrag zur Morphologie des Meeresbodens, Greifswnld, 1892.
3. La largeur et la profondeur du plateau continental dépendent, au dire de M. Walther, du rayon de courbure des couches : « Das Fehlen der Kontinentalstufe erklart sich dadurch, das an solchen Stellen die Kûstenflexur in eine Verwerfung ûbergangen ist... Die Breite undTiefe der Kontinentalstufe ist abhangig von dem Krùinmungshalbmesser der Schichtenbiegung » (J. Walther, art. cité, p. 25a). Le phénomène est beaucoup plus complexe, et l'explication ne parait guère s'appliquer à l'archipel Calédonien.