LES RÉCIFS DE CORAUX
Les coraux prennent une part importante à la constitution du sol de l'archipel Calédonien et jouent un rôle notable dans sa morphologie. Ces rpches madréporiques étant les plus récentes formations géologiques, il semblerait naturel de les envisager dans Tordre chronologique de leur apparition. Mais la question des récifs de coraux est si complexe, les théories en présence sont encore, sur ce point, si divergentes et si incertaines, qu'il a paru préférable d'étudier les coraux calédoniens à part et en eux-mêmes. D'ailleurs, ils forment la transition naturelle entre la géologie sous-marine et la géologie des continents; les recherches océanographiques n'ont pas peu contribué à modifier les idées reçues quant à leur structure, et c'est de ce genre d'investigations qu'il faut, à ce qu'il semble, attendre le plus de lumière. Au lieu de considérer les coraux comme les plus récentes des formations sédimentaires, on les regardera donc comme les plus superficiels des dépôts sous-marins. Ceux-ci sont classés, comme on sait, d'après la proportion de carbonate de chaux qu'ils contiennent, proportion qui diminue avec la profondeur. Les coraux sont un des termes extrêmes de l'échelle dont l'argile rouge occupe l'autre extrémité. Ce procédé d'exposition, qui se concilie mieux avec la manière dont sont représentés les divers terrains en Nouvelle- Calédonie, offre en outre l'avantage de ne rien préjuger quant aux changements de niveau dont les récifs de coraux sont souvent regardés comme la preuve.
On s'efforcera de faire connaître la structure des récifs de coraux de Nouvelle-Calédonie, autant qu'on peut être actuellement renseigné sur cette structure. On rencontre dans l'archipel Canaque toutes les variétés de récifs coralliens : les roches madréporiques en voie de formation, récifs frangeants, récifs-barrières, atolls, y sont représentées aussi bien que les roches madréporiques émergées sous forme de corail mort. On peut donc y étudier tous les types de constructions coralliennes, types qui passent de l'un à l'autre par transitions lentes, en examinant successivement les récifs de la Grande-Terre, les coraux de l'île des Pins, enfin ceux des Loyalty.
Les récifs de l'archipel Calédonien ont été explorés en détail par les ingénieurs hydrographes et les officiers de vaisseau français. Leurs travaux sont résumés dans les Instructions nautiques sur la Nouvelle-Calédonie '. L'hydrographie, commencée par M. Bouquet de la Grye en 1855, peut être considérée comme à peu près achevée en ce qui concerne la Grande- Terre; elle est beaucoup moins avancée pour les Loyal ty.
Tous ces travaux ont cela de commun qu'ils ont été entrepris et poursuivis dans un but essentiellement pratique; ils se proposent uniquement de faciliter la navigation, de lui signaler les dangers et les écueils. Ils ne sont donc pas d'une grande utilité au point de vue auquel on se place ici. En veut-on un exemple? Les fonds qui dépassent 80 à 100 mètres sont réputés « insondables » pour les hydrographes, parce qu'ils n'offrent plus aucun intérêt pour eux : mais ce sont précisément ces grands fonds, au voisinage même des récifs, qui importent lorsqu'on veut connaître leur pente extérieure. Pour la partie émergée, il reste à entreprendre toute une série de recherches analogues à celles que M. J. Walther a faites récemment sur le « Pont d'Adam » de Ceylan *, signalant les variations locales dans la sédimentation, dans la forme et la hauteur du récif en divers points. En un mot, la description hydrographique est faite, la description systématique et scientifique reste à entreprendre. Quelques mots de Darwin en 1842 3, de courtes notes de MM. Clarke4, Garnier 5, Jouan G, sur les Loyalty, n'en fournissent pas les éléments. Seul, M. Chambeyron a donné des renseignements un peu plus précis; cet officier, qui a travaillé pendant dix ans à l'hydrographie de la Nouvelle-Calédonie, a sondé en détail les passes et le chenal intérieur des récifs, et pénétré le premier dans le grand lagon du Nord ; il a exposé les idées auxquelles l'ont amené ses sondages multipliés et sa connaissance de ces parages 7.
Les côtes orientales et occidentales de la Nouvelle-Calédonie sont entourées par deux grands alignements de récifs extérieurs ou récifs-
1. Instructions nautiques sur la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances, par MM. Chambeyron et Banaré, 3« édition, Paris, 1887, in-8° {Service hydrogr. de ta marine, n° 689).
2. J. Walther, Die Adamsbrùcke und die Korallenriffe der Palkstrasse (Peterm. Ergûnz. n° 102, Gotha, 1892).
3. Darwin, Les récifs de corail, trad. fr. par L. Gosserat, Paris, 1878, in-8°, p. 62, 154, 161.