Traité de Géologie, 3e édition, 1893, p
2. Le cas serait réalisé aux Tonga, d'après M. Lister (Notes on the geology of the Tonga Islands, Quarterly Journ. Geol. Soc, t. 47, p. 590-617).
3.' Nature, t. XXXIX,XL, XLII, et Proceed. R. S. Edinb., 1880, t. X, p. 505. Cf. Peterm. Mitteil., 1889, p. 200. Proceed. R. S. Edinb., 1889-90, t. XVII, p. 79.
4. Sur la forme en cercle ou en demi-cercle que prennent les constructions coralliennes, voir Guppy, The Cocos-Keeling Islands (Scott. Geogr. Mag., 1889).
5. Saville Kent, ouvr. cit., p. 52. Cf. Scott. Geogr. Mag., 1893, p. 359.
6. J. Walher, Die Adamsbrâcke (Peterm. Erganz. n° 102, p. 29).
élastiques qui s'y sont formés. Ce qui distingue un récif de corail d'un dépôt calcaire sédimentaire quelconque, c'est la localisation du sédiment sur un domaine étroitement limité. Les coraux branchus agissent comme une haie, comme une nasse, et empêchent le sable de s'étendre horizontalement. Ce qui constitue le récif corallien, c'est la propriété de ret nir le sable. »
Si l'on se rend bien compte de ce phénomène, et aussi de l'accumulation des blocs coralliens grâce à laquelle le récif s'avance graduellement vers la haute mer, on ne s'étonnera plus que les récifs, accentuant encore l'arête du plateau continental, aient une pente abrupte. On est peu renseigné d'ailleurs sur la pente extérieure au voisinage immédiat des récifs calédoniens.
En résumé, les changements de niveau modifient le mode de croissance des coraux, mais ne sont pas un facteur fondamental de cette croissance : la forme et la disposition des récifs n'apportent aucune lumière par elles-mêmes sur les mouvements de la croûte terrestre. On ne prétend pas qu'il n'y a pas eu d'affaissement dans la région qu'occupent les récifs vivants de la Nouvelle-Calédonie : une pareille assertion serait très loin de notre pensée. On veut dire seulement que les coraux ne sont point à eux seuls une preuve d'affaissement dans l'archipel Calédonien, qu'ils n'ont rien à voir avec la dynamique interne, et que somme toute les deux questions gagneraient à être bien complètement distinguées1.
Comme le dit très bien Suess*, « l'alignement des coraux correspond aux traits essentiels du relief sous-marin; le fait que les îles coralliennes forment des lignes droites dans l'Atlantique, des arcs de cercle dans le Pacifique, s'applique également aux dislocations des Cordillères plissées ainsi qu'aux lignes volcaniques. Cela montre que, par les constructions des coraux, une ligne hypsométrique des plissements montagneux des profondeurs est projetée à la surface de la mer. » Si l'on supprime par la pensée les récifs de coraux qui entourent la Nouvelle-Calédonie, il reste une grande île longue et montagneuse, qui, par sa configuration, présente tous les caractères d'une zone extrêmement fracturée et rompue. Les deux fosses longues et étroites, parallèles à la direction de l'île, qu'on rencontre si près d'elle à l'Est et à l'Ouest, font aussi présumer des effondrements. Au Nord de l'île, sont-ce les changements de niveau ou les érosions qui ont le plus contribué à ronger la continuation présumée de la Grande-Terre? Il est impossible de le savoir et de dire
1. « Les controverses n'ont pas clos le débat. Un esprit pondéré, dit M. H. de Varigny, conclurait peut-être qu'en définitive les récifs peuvent se former de façons variées et que beaucoup de chemins mènent à Rome. Mais ce genre de conclusion ne satisfait généralement personne. » [Revue scientifique, 1803, p. 71 G.)