‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 62 sur 393 · Art. cité · texte numérisé non relu

Art. cité

On sait que, pour éviter de recourir à ces mouvements de bascule très compliqués, M. Suess, abandonnant la doctrine des balancements séculaires des continents, attribue les changements négatifs comme ceux que présente l'archipel Calédonien à des mouvements de la mer. Et en effet, l'aspect présenté par les Loyalty semble s'accorder bien mieux avec cette hypothèse : « On pourrait croire, dit Suess *, que chacune des Loyalty s'est élevée par secousses et pourtant horizontalement à des hauteurs diverses. Je ne suis pas de cet avis. Il est beaucoup plus naturel de supposer qu'un commun plateau calcaire existait à -f- 90 et 100 mètres, lorsque le niveau marin était à 90 ou 100 mètres plus haut qu'aujourd'hui. Des plus hautes parties de ce plateau, il est resté un lambeau à Mare, au voisinage d'un bloc volcanique, et un lambeau à Lifou ; les gradins inférieurs marquent un temps d'arrêt dans le mouvement négatif, ou une phase de récurrence, ou seulement l'intercalation d'un banc moins résistant. » En somme, tout s'explique beaucoup mieux si l'on admet que c'est le niveau marin qui a changé; et cette explication s'était offerte déjà à l'esprit d'un voyageur non géologue, M. Blin * : « La disposition des empreintes aux Loyalty, dit-il, indique que l'Océan s'est successivement retiré par lames de plusieurs mètres de profondeur. Toutes ces traces sont en effet restées horizontales et ne portent pas de parques apparentes de dislocation; or, il est difficile d'admettre qu'un soulèvement ait exhaussé une quantité pareille de matières solides sans laisser d'autres preuves que des lignes de repos. Les profils des Loyalty, terminés en forme de marches horizontales, accusent clairement les lignes de niveau successif de la mer 3. »

Cependant les dernières explorations dans le Pacifique Sud-Occidental ne paraissent pas confirmer partout la manière de voir de M. Suess. Ce géologue estimait que les changements négatifs ne dépassent pas 100 mètres environ. M. Guppy 4 en a trouvé qui lui ont paru résulter d'une élévation de 3700 mètres au-dessus du niveau de la mer (d'après la profondeur à laquelle se sont formés les matériaux de leur substratum, vases à globigérines, et môme, en un point, argile des grands fonds). M. Strehl 3 a réuni avec grand soin les renseignements sur les change-

Page 1