Notice géographique sur le 5e arrondissement, p
3. En divers points de l'étage supérieur des terrains archéens, on peut observer des lambeaux schisteux à faciès ancien qui paraissent reposer sur la formation en stratification discordante. Ces lambeaux sont sans doute les vestiges de terrains appartenant au groupe paléozoïque, mais rien ne peut être affirmé à cet égard; ils ont du reste une étendue trop limitée pour que M. Pelatan ait pu les faire figurer sur sa carte (Pelatan, p. 12).
cacés aux arêtes dénudées et des massifs de calcaires cristallins, elles apparaissent sous forme de gros massifs bombés, se succédant avec une apparence de régularité, et facilement reconnaissables, surtout sur la rive gauche du Diahot.
Les terrains primitifs de la Nouvelle-Calédonie encadrent la plus remarquable vallée de toute l'île, celle du Diahot '. Ce fleuve, dont le parcours est, avec tous ses méandreç, de 90 à 100 kilomètres, est le seul cours d'eau dont la direction soit parallèle à la longueur de l'île. La
RIVE DROITE DU DIAHOT (ENVIRONS DE PAM). Photographie communiquée par M. L. Pelatau.
dépression qu'il occupe sépare la sierra d'Oubatche de la sierra de Koumac : c'est une vallée spacieuse tracée dans les schistes anciens; elle est jalonnée sur sa rive gauche de roches éruptives et de calcaires cristallins, en masses rocheuses déchiquetées, dont la plus remarquable est la roche Mauprat, qui se dresse au-dessus de la vallée près de l'em-
1. Chambeyron et Banaré, Instructions nautiques, p. 86. Revue mar. et col., 1873, t. 39, p. 462. Faure-Biguet, p. 24. Heurteau, p. 22 et 32. Notice géographique sur le 5 e arrondissement , p. 25 et suiv.
bouchure du fleuve. Il y a là une remarquable vallée longitudinale qui n'est peut-être pas due uniquement, comme c'est le cas pour toutes les autres vallées de l'île, à l'action des eaux courantes. Ce serait alors, pour employer la classification de Richthofen J, une vallée tectonique et non une vallée sculpturale. La vallée inférieure du Diahot a été remaniée assurément à un haut degré par les eaux du fleuve, et par celles de la mer qui pénètre dans la vallée sur environ 40 kilomètres, jusqu'au dessus de Bondé. Mais cette vallée inférieure semble correspondre à un accident essentiel du relief, à une dépression comprise entre les deux chaînes montagneuses et qui existerait indépendamment des eaux qui la drainent. Ce n'est pas une vallée d'érosion ordinaire f.
Dans son cours supérieur, le Diahot paraît avoir joué, grâce aux progrès de l'érosion, le rôle de « fleuve voleur », et avoir fait reculer la ligne de partage qui le sépare de la Ouaième 3. De ses sources, voisines du sommet Colnett, jusqu'à Ouénia, son lit est resserré par les montagnes ; il décrit des circuits et des méandres entre des pentes escarpées ; les bancs schisteux ou quartzeux qui ont résisté forment des barrages et des chutes. Cette partie de son cours est d'ailleurs la région la moins connue de toute la Nouvelle-Calédonie. De Ouénia, où il se trouve à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, jusqu'à Bondé, le Diahot ne saute plus de cascades en cascades; il a mieux régularisé sa pente, et triomphé des obstacles. Il s étale bientôt à Taise dans une vallée que son lit ne remplit pas tout entière. Enfin, de Bondé, où la largeur du fleuve est déjà de 100 mètres, jusqu'à son embouchure, où elle atteint 1200 mètres, le Diahot forme des bassins d'assez grande profondeur, séparés par des alluvions qui se déplacent et sur lesquelles, à marée haute, il y a encore une profondeur d'eau de 2m,50à 3 mètres. Il serpente entre des contreforts très ravinés. A Manghine, le Diahot dépasse le dernier de ces contreforts : il pénètre alors dans un large bassin, et s'épanouit jusqu'à la mer au milieu de plaines ondulées, coupées de nombreux cours
1. Richthofen, Fùhrer fUr Forschungsreisende, p. 635 : « Fasst man die von einem Fluss durchstrômten Hohlformen naher in's Auge, so sieht man leicht, dass einzelne von ihnen auch ohne die Wasserader bestehen wurden, andere hingegen von ihr abhângig sind... Dadurch werden von Grund aus zwei Kategorien gesondert. Man kann diejenigen Hohlformen welche in dem Relief ursprunglich begrûndet sind,oder durch tektonische Vorgânge darin geschaffen wurden, als selbstandige Thaler, die durch Wasser gebildeten als Sculpturtbaler bezeichnen. »»
2. C'est ce que M. Sonklar (Allgemeine Orographie, p. 143) appelle une vallée négative, « worunterwie jene hohlen Raiime verstehen, welche indirect, d. h. dadurch entstanden sind, dass der zwischen zwei benachbarten Hebungsgebieten liegende Bodentheil nicht mitgehoben wurde und auf seinem ursprûnglichen ticferen Niveau liegen blieb. » Et M. Sonklar compare ces vallées aux rues d'une ville, que les maisons ont laissées entre elles en se bâtissant des deux côtés. La définition parait s'appliquer assez bien au cours inférieur du Diahot.
3. V. là-dessus, Davis, National géographie Magazine, t. I et H. De la Noë et de Margerie, Formes du terrain, p. 108 (les cols de tête). Richthofen, p. 147 {Kampf v.m die Wasserscheide).
d'eau dont les rives sont bordées de marais. 11 vient se déverser dans la baie d'Harcourt, entre les deux cornes nord-occidentales de l'île. Ce qui fait du Diahot le plus grand et le plus remarquable de tous les cours d'eau de la Nouvelle-Calédonie, c'est sa direction du Sud- Ouest au Nord-Est, et sans doute aussi son origine ; c'est par ces deux causes que s'expliquent la largeur et la profondeur de sa vallée, la longueur relative de son cours, l'étendue, toute relative aussi, des plaines qui bordent ses rives. La direction du Diahot est à peu près unique dans la colonie ; toutes les autres rivières coulent plus ou moins perpendiculairement à l'axe de la Grande-Terre. C'est sans doute par suite de sa direction que le Diahot se termine par un estuaire, et non, comme les autres fleuves calédoniens, par un delta ; les alluvions de l'embouchure, que ne protège pas le récif, sont balayées par la mer, à la pénétration de laquelle il s'ouvre largement. Ou plutôt le Diahot, comme le Rio de la Plata, possède à la fois un delta et un estuaire, les alluvions n'ayant pas encore suffisamment comblé la dépression pour faire saillie sur la côte entre les deux chaînes.
Telle est la rivière qu'on a appelée, pompeusement ou ironiquement, le « fleuve des Amazones » de la Calédonie *. Le Diahot n'est un grand fleuve ni par la longueur de son cours, ni par l'étendue de la région drainée, car, comme tous les fleuves calédoniens, il est constitué par un sillon unique et n'a pour affluents que des ruisseaux sans importance. On verra qu'il n'est pas davantage considérable par l'abondance des eaux. Mais enfin, tel qu'il est, c'est le plus grand cours d'eau de l'île. Seul, il a les trois divisions qu'on reconnaît communément aux rivières: cours supérieur, moyen et inférieur. Les autres sont de purs torrents.
Une autre vallée de la même région ressemble quelque peu, par la direction, à celle du Diahot : c'est celle de la Néhoué (36 kil.). Comme le Diahot, elle se termine dans une baie largement ouverte au Nord-Ouest.
La rivière de Ouaième continue, en sens inverse, la dépression du Diahot. Les sources des deux cours d'eau sont voisines ; une légende canaque fait partager entre le grand fleuve calédonien et sa voisine la communauté d'un arbre qui pousse à leur jonction, et dont les fleurs blanches tomberaient d'un côté dans le Diahot, de l'autre dans la Ouaième *.
Les autres rivières des terrains primitifs de Nouvelle-Calédonie * ne sont guère remarquables que par leurs rapides, leurs cascades, parfois leurs chutes élevées. Elles occupent toutes des « vallées sculpturales », des vallées d'érosion ordinaires. De plus, elles se trouvent encore dans
1. Vivien de Saint-Martin, Dictionnaire de géographie, v°. Calédonie.
2. M. A. Legrand, La Nouvelle-Calédonie et ses habitants en 1890, p. 151.
3. Faure-Biguet, p. 20. De Rochas, p. 10. Chambeyron, B. S. G., 1875, p. 575. Notices géogi*aphiques sur le 4e et leb* arrondissement.
la période de creusement, et n'ont pas atteint leur profil d'équilibre. Tels sont, parmi les plus notables cours d'eau calédoniens, la rivière de Hienghène, la rivière de Wagap ou Tiwaka.
Comme on devait s'y attendre sur ce sol accidenté et imperméable, les ruisseaux sont extrêmement nombreux, mais leur parcours est en général de très peu d'étendue. C'est surtout de la chaîne du Panié que d'innombrables cascades descendent vers la mer : on en rencontre jusqu'à trois ou quatre sur une longueur de 400 mètres. Cette abondance des eaux tient en partie à la nature du sol et à la recrudescence du relief; on verra plus loin que les causes climatériques agissent dans le môme sens.
Les vallées * sont resserrées en général entre des hauteurs aux pentes rapides et ne s'élargissent guère en arrivant à la côte. Les cours d'eau ne forment pas d'alluvions étendues, parce que leur longueur est trop faible, surtout sur le versant oriental, plus étroit encore que le versant Ouest, et les récifs qui leur font face trop interrompus.
Les rivages qui correspondent aux terrains primitifs2 sont, d'une manière générale, les moins découpés de toute la Nouvelle-Calédonie. Les baies sont larges, peu ramifiées, mal garanties sur la côte orientale par suite de l'éloignement et des interruptions du grand récif, partout ensablées ou envasées, très peu profondes. C'est au Nord que la mer, qui semble- t-il, a séparé de la Grande-Terre par abrasion les îles de Balabio et de Paaba 3, a le plus attaqué la grande île elle-même. La grande baie de Néhoué, la presqu'île d'Àrama, la grande baie d'Harcourt, qui fait pénétrer les eaux marines à la rencontre de celles du Diahot, la presqu'île de Pam, dénoncent les progrès qu'elle a faits de ce côté, et représentent, si l'on peut dire, la période de transition entre les grandes îles du Nord, où l'abrasion est plus avancée, et le corps même de la Nouvelle-Calédonie.
Sur la côte orientale, la sierra de Panié tombe à pic dans la mer; entre Pouébo et Hienghène, elle la domine d'une hauteur presque uniforme de 700 à 800 mètres. C'est la partie la plus élevée de toute la ligne de rivage calédonienne, et peu de côtes présentent un abrupt plus considérable. Parfois la montagne est directement baignée par les flots, parfois une étroite bande de sables de quelques centaines de mètres au plus l'en sépare. Cette côte difTère profondément par son aspect et son absence de découpures de toutes les autres rives de la Nouvelle-Calédonie. Balade, Pouébo, Oubatche, Ouaième, ne correspondent pas à de véritables in-