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CHAPITRE IV

NATURE ET RELIEF DU SOL CALÉDONIEN (Suite).

La formation serpentineuse * se présente en Calédonie sous une grande variété d'aspects qui peuvent à la rigueur être ramenés aux diverses manières d'être de la serpentine ; les espèces principales du type sont la serpentine pierreuse, la serpentine noble, la serpentine à diallage, la serpentine à bronzite. A leur suite il faut mentionner quelques produits de remaniement ou de décomposition qui en proviennent plus ou moins directement : brèches serpentineuses, tufs serpentineux, argiles jaspoïdes ferrugineuses et schistes serpentineux. Enfin la formation renferme une série de roches ignées adventives, dont la venue est subordonnée à celle des serpentines proprement dites.

La serpentine pierreuse constitue à elle seule la masse presque tout entière de quelques-unes des éruptions magnésiennes; la plus commune est dure, compacte, d'une texture très finemept grenue et bien homogène. La serpentine noble, d'ailleurs rare, et la serpentine à diallage sont également très compactes et très dures. Au contraire, certaines variétés de serpentine pierreuse, n'offrant plus que quelques-uns des caractères atténués de cette roche, sont beaucoup plus tendres. Quant à la serpentine à bronzite, elle est très décomposable.

Les dislocations profondes qui ont affecté les serpentines ont provoqué l'ouverture de fentes d'une certaine importance, qui se sont remplies de véritables brèches serpentineuses. Les tufs serpentineux paraissent provenir d'épanchements déposés à l'état boueux sous la mer ; ces roches, peu consistantes et d'apparence terreuse, se trouvent sur la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie, et les dépressions étalées le long du rivage au pied des massifs éruptifs de Gomen et de Koumac en sont à peu près exclusivement formées.

De grands amas d'argiles ferrugineuses, aux contours irréguliers, de dimensions assez considérables souvent pour recouvrir dans leur entier

1. Pelatan, p. 34-52. Heurteau, p. 5, p. 144-150. J. Garnier, Ann. des mines, 1867, p. 58. Jannetaz, Bull. Soc. Gèol., 1867, t. XXIV, p. 452.

de vastes plateaux montagneux, se trouvent disséminés dans toute l'étendue du massif serpentineux. Ces argiles sont peu plastiques, de couleur rouge ocreuse. Les amas qu'elles constituent ont quelquefois 40 à 50 mètres d'épaisseur et même davantage.

Les grands massifs de serpentine sont fréquemment séparés des terrains au-dessus desquels ils se sont épanchés par une zone de schistes serpentineux qui peuvent bien provenir à l'occasion du métamorphisme des terrains schisteux traversés, mais qui en maintes circonstances paraissent être de la serpentine comprimée, laminée, et amenée de la sorte à un état de schistosité particulier. On ne les rencontre pas seulement sur le pourtour des îlots de la formation serpentineuse. Il s'en trouve encore en plein cœur de cette formation, et ils peuvent être observés au fond de certaines gorges encaissées.

A la grande formation serpentineuse néo-calédonienne se trouvent subordonnées des éruptions secondaires d'euphqtides, injectées au milieu même des serpentines à l'état de dykes puissants et curieusement ramifiés : il existe des euphotides à diallage et des euphotides à. bronzite, qui, comme les serpentines, sont d'une dureté et dune résistance très inégales. Enfin des roches feldspathiques sont injectées dans la formation magnésienne, recoupant les dykes d'euphotides auxquels par conséquent elles sont postérieures.

Quel est l'âge des serpentines calédoniennes et des roches qui leur sont associées? C'est un point capital pour l'histoire de la formation de l'île, et c'est malheureusement un de ceux sur lesquels on est loin d'être complètement renseigné. « L'âge de la grande formation serpentineuse de Nouvelle-Calédonie, dit Suess 4, n'est pas connu. » M. Pelatan * pense que les éruptions serpentineuses sont post-crétacées; cela résulte pour lui de ce fait qu'on voit les massifs éruptifs, particulièrement dans le Sud de l'île, « déborder visiblement au-dessus des terrains stratifiés, qui, loin .de paraître soulevés par \ep roches magnésiennes, semblent plutôt plonger sous elles et en être recouverts. » Les terrains secondaires se continueraient donc, d'après M. Pelatan, sous les masses éruptives qui les cachent, tandis que M. Heurteau8 estimait que ces terrains et particulièrement les formations houillères viendraient buter contre les serpentines et s'y arrêter net.

La question est difficile à résoudre. Quoi qu'il en soit, les épanchements serpentineux de la Nouvelle-Calédonie recouvrent bien au moins 600000 hectares. Ils s'étendent, à l'état d'empâtements prodigieusement épanouis, du Sud au Nord de .l'île, dont ils tiennent presque toute la largeur jusqu'à Thio, et dont ils jalonnent ensuite la côte occidentale de Bourail

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