Ann. des minesj 18G7, p
— sâii convient de rattacher au grand massif du Sud l'île Ouen, qui n'en est séparée que par l'étroit canal Woodin et qui lui est exactement semblable, et aussi l'île des Pins. Cette dernière, en effet1, n'est pas exclusivement composée de formations madréporiques : les coraux émergés y entourent un plateau d'une médiocre élévation, peu accidenté, couvert de blocs de fer, de graviers ferrugineux, et d'argiles provenant de la décomposition des serpentines; ce plateau lui-même est dominé, à l'extrémité Sud-Ouest de l'île, par le pic N'ga (266 mètres) ; c'est un piton conique très régulier, figurant un demi-cirque ouvert du côté du Sud, et d'où partent vers la mer, dans cette direction, des crêtes séparées par des ravins ou de larges crevasses. Par sa composition, il se rattache nettement aux grandes éruptions serpentineuses.
Le relief du grand massif du Sud est un des plus accidentés et des plus remarquables qu'il soit possible de rencontrer. On peut y distinguer deux parties : le plateau des Lacs au Sud, le massif du Humboldt au Nord. Le plateau des Lacs8 est une sorte de grand bassin compris entre deux chaînes montagneuses qui le dominent et le limitent. La chaîne de la côte Ouest commence à la baie du Prony ; elle a 500 à 600 mètres d'altitude ; la chaîne de la côte Est, qui a à peu près la même hauteur, commence entre Kouébuni et Port-Boisé : les deux chaînes se rapprochent graduellement et se rejoignent à la montagne des Sources, où le plateau prend fin. Un chaînon intérieur absolument irrégulier sépare en deux parties d'inégal niveau la cuvette ainsi définie ; le plateau du Nord a au moins 400 mètres d'élévation, celui du Sud 250 à 300 mètres. Ils sont tous deux d'une horizontalité remarquable, celui du Nord surtout. Le pied des montagnes y est aussi nettement dessiné qu'il le serait dans l'eau, et Chambeyron a même constaté à plusieurs reprises, étant à 8 ou 10 kilomètres du pied des montagnes, que, s'il s'abaissait graduellement jusqu'au niveau du sol, sa ligne d'horizon s'élevait sur la base de la montagne, comme s'il eût été en mer.
Malgré son altitude peu considérable, la partie Sud de la Nouvelle- Calédonie, par sa constitution et son caractère géologique, est bien un plateau et non une « plaine », selon le nom qu'on lui donne parfois dans le pays3. Ce plateau des Lacs est un immense godet, dont les bords seraient formés par les montagnes qui l'entourent de tous côtés,
1. De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p. 99. J. Garnier, Océanie, p. 92. Bull. Soc. Géogr.,
2. Chambeyron, B. S. G., 1875, p. 571 ; Instructions nautiques, p. 4. Sébert, Notice sur les bois de la Nouvelle-Calédonie, Paris, s. d. (1874), p. 12.
3. La description d'K. Reclus, qui dit que « les hauteurs de l'extrémité S.-E. de la Grande-Terre sont de véritables massifs insulaires, séparés par des plaines en partie marécageuses » {Océaniet t. XIV, p. 686), ne répond nullement au véritable relief du sol. Il a été induit en erreur par Chambeyron, qui parle de « la tranquillité absolue qui a dû accompagner le sédiment de ces plaines » (B. S. Géogr., 1875, p. 571).
et il est constitué par le plus important des amas d'argile jaspoïde de la formation serpentineuse. Cette grande cuvette, comme Ta fait remarquer M. Pelatan \ a dû être un terrain éminemment favorable au développement de l'activité des émanations minérales et métallifères, ainsi que l'attestent les immenses dépôts de fer hydroxydé dont elle est recouverte : activité dont il reste, on le verra, quelques faibles traces dans la région. L'action des eaux thermales dans la formation de ces curieuses vasques d'argile rouge parait démontrée par la manière dont elles se présentent, et par leurs relations avec les gîtes de nickel et de cobalt.
Du mont des Sources à Kuenthio, l'altitude de la formation serpentineuse est doublée : soit que les efforts de compression l'aient forcée à gagner en hauteur ce qu'elle perdait en largeur, soit que les actions qui ont décomposé les serpentines se soient surtout exercées sur le plateau des Lacs, lui faisant perdre son altitude et lui imprimant son étrange aspect actuel. Il n'y a guère à chercher, dans les empâtements montagneux du massif du Humboldt, une chaîne centrale et des chaînons subordonnés : « Dans tout cet espace, dit Chambeyron 2, les massifs de montagnes semblent jetés dans le plus grand désordre; ils ne se relient pas les uns aux autres, et se composent généralement de deux ou trois sommets très élevés, projetant dans toutes les directions d'énormes contreforts, dont les pentes atteignent de 30° à 35°, et sont souvent même tout à fait inaccessibles. » Les détails du relief paraissent devoir être attribués aux variations d'intensité des forces éruptives et à l'action subséquente de l'érosion. Ce qu'on appelle la « chaîne centrale » est simplement la ligne de séparation des deux versants de l'île.
Les sommets serpentineux se présentent sous la forme de dômes8, de gros massifs arrondis; leurs cimes rocheuses, isolées, noires, chauves, sont facilement reconnaissables. Un des plus caractéristiques est le mont Dore4 (775 mètres), qui se dresse sur le bord de la mer, non loin de Nouméa; c'est une énorme masse complètement détachée de toute chaîne et dont le flanc descend verticalement comme une muraille. Il forme, du côté des terrains sédimentaires de la côte Ouest, la borne remarquable de la grande éruption.
Les sommets compris entre le mont des Sources et Kuenthio8 ont de 1000 à 1400 mètres. Deux d'entre eux dépassent cette altitude : le Saint-Vincent (1445 mètres)6, et le Humboldt (1634 mètres), dôme
1. Pelatan, p. 45. Fuchs et de Lauaay, Traité d?s giles minéraux et métallifères, t. If, p. 5Î-53. Levât, Assoc.fr. pourCaoance»i. des sciences, 29 septembre 1887.