‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 95 sur 393 · Ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

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Dans la première, les eaux ont un excédent de force et de vitesse ; elles creusent tumultueusement leur lit, qui présente des ressauts et des cascades d'autant plus fréquents, toutes choses égales d'ailleurs, qu'on se rapproche davantage de leur source. » Il est bien évident que les cours d'eau calédoniens en sont encore à cette première période. La raideur des pentes, surtout dans la région serpentineuse et dans la région des terrains primitifs, mais d'une manière générale dans toute l'île, est des plus caractéristiques. Les flancs des montagnes ont souvent l'aspect de véritables murailles. Cela tient sans doute en partie à la manière dont ont agi les phénomènes orogéniques et éruptifs. Mais cela tient aussi à la manière dont se sont exercés les agents de la dynamique externe.

C'est la raideur des pentes, bien plus que l'altitude absolue, qui détermine le volume de la montagne, la difficulté à la franchir, la sauvagerie des torrents, en un mot sa signification physique et économique. Des pentes très raides sont forcément rocheuses, sans végétation, inutilisables. Or ces pentes sont fréquentes en Nouvelle-Calédonie.

L'altitude absolue se confond presque en ce pays avec l'altitude relative, puisque les montagnes se dressent tout près de la mer; l'altitude moyenne de l'île est très considérable, et peut être voisine de 250 mètres. Si, en effet, on cherche à évaluer l la superficie occupée en Nouvelle-Calédonie sur la Grande-Terre par les différentes zones hypsométriques, on obtient les chiffres suivants :

Oà 200mètres 7800K*

500àl000 — 2800 —

Plus de 1000 — 150 —

Telle est la Nouvelle-Calédonie, qui, si son système orographique n'offre pas de très hautes protubérances, n'en est pas moins un des pays les plus accidentés qu'il y ait au monde. C'est un système de montagnes émergeant de l'Océan. Une France réduite aux Cévennes, une Italie dont il ne resterait que l'Apennin, telle est, avec toutes les réserves qu'il convient de faire pour une comparaison de ce genre, la grande lie calédonienne.

Il reste à chercher, si l'on peut y parvenir, quelles sont les hypothèses les plus vraisemblables pour expliquer la constitution et le relief constatés. Pourquoi cette apparence disloquée et fragmentaire? Ce fragment s'est-il détaché d'un continent? de quel continent? à quelle époque? Autant de questions que la science n'est pas en état de résoudre d'une

1. On a calculé les surfaces au planimètre d'Amsler sur la carte de Destelle. Les chiffres sont bien entendu provisoires et approximatifs, comme la carte elle-même.

manière certaine, mais sur lesquelles, à la lumière des belles recherches de Suess, on peut réunir quelques renseignements, en comparant l'île Canaque aux grandes terres dont elle est séparée par des mers si étendues et si profondes, notamment l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Faute de ce faire, on n'aurait pas une explication complète et suffisante du relief de la Nouvelle-Calédonie. Au Sahara, il importe peu au géographe qu'on ait affaire à des pentes verticales ou à des plaines, à des terrains éruptifs ou à des alluvions : les effets implacables du climat y seront à peu près les mêmes, et la stérilité presque égale f . En Nouvelle-Calédonie au contraire, cela importe beaucoup. Le relief est, dans le cas présent, le fait capital, même au point de vue de la géographie humaine et de la colonisation, à plus forte raison au point de vue de la flore et de la faune.

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