‹ L'Archiprêtre: épisodes de la guerre de cent ans au XIVe siècleChapitre 13 sur 36 · L*ARCHIPRÊTRE AU SERVICE DU DUC PHILIPPE LE HARDI · texte numérisé non relu

L*ARCHIPRÊTRE AU SERVICE DU DUC PHILIPPE LE HARDI

tement fut soldé sans interruption « dudit xyi* jour d*avril ccc lxiv, que mondit signear partit de Dijon pour aler en France devers le roy, jusques au xm* jour de novembre gcclxiiii, qu'il retorna en Bourgoingne et qu*il vint à Montbar. » Ainsi le duc n*attendit pas son entrée à Dijon pour reprendre l'exercice de sa pleine et entière autorité. Dès qu'il eut franchi la limite de ses États, au premier séjour qu'il y fit, il releva son mandataire des fonctions qu'il lui avait confiées. Si, jusque-là, Sombemon n'avait jamais cessé de percevoir le produit journalier de sa charge, évidemment jusque-là Philippe n'avait pas mis le pied en Bourgogne. D'ailleurs , chaque page , chaque mention desdits comptes démontrent qu'entre les deux dates précitées le duc persista dans son éloignement. On lui adresse quelques messages, afin de le tenir au courant des faits les plus graves. Il y répond par des avis ou par des ordres. Là se bornent les rapports qu'il entretient avec ses sujets. Au moment critique, quand l'armée du comte de Montbéliard va se jeter sur la Bourgogne, môme système, même échange de communications lointaines. Gomme au temps de PhiUppe de Rouvres , ce sont les gens du pays qui gouvernent et défendent le pays.

On objectera {i) sans doute que des auteurs recommandables prétendent avoir lu sur un registre de la chambre des comptes de Bourgogne le passage suivant : « Lettres en date du 4 mai i364, de messeigneura de Voudenoy et d'Aigremont au duc , qui estoit à Rouvres , l'avertissant qu'il prist garde de sa personne, parce qu'il y avoit un parti de par de là la Saône qui vouloit l'enlever. » A cette objection, nous n'avons qu'un mot à répondre : le passage invoqué n'est que l'analyse d'une mention (2) inscrite par Dimanche de Vitel à la date

(1) L'objection a été déjà faite par M. Luce (Froissart, t. VI, Sommaire, p. 41, note 4), d'après une citation de M. Finot {Recherches, p. 88). M. Finot lui-même n'avait fait que copier une note erronée de M. Clerc (t. Il, p. 141).

(2) Cette mention figure dans le Compte B, 1417, f> 36, y», compte afférent à l'exercice couru de novembre 1364 à novembre 1365. Elle est précédée de la date « Dymenche im« jour de may, et, treize lignes plus haut, on lit en toutes lettres « le mois de may cgclxv » comme rubrique. » En voici le texte : « A Robert de Namur, pour pourter à Rouvre à mons. le duc lettres closes de mons. de Vodenay

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du « dymenche iv* jour de mai... ggglxv ». Le millésime ue lusse pas de doute, et ceux qui Tout reproduit Font diminué d'un an. Une seconde objection pourrait encore surgir. On trouve un assez grand nombre d'actes « donnés par monseigneur le duc » en un lieu de la Bourgogne durant Tété ou l'automne de 1364. Quelle que soit la formule employée, ces documents n'établissent pas la présence réelle de Philippe le Hardi au point par eux désigné. La plupart se rapportent à des dates où son absence est incontestable. Il en est d'eux comme des arrêtés du conseil royal avant i789, rendus au nom du roi, et même « le roy y estant », alors que celui-ci se trouvait fort loin de Paris ou de Versailles. Bien que donnés au nom du duc, les actes auxquels nous faisons allusion émanaient simplement des gens de son consail ou des fonctionnaires investis de ses pouvoirs. Parfois les Compagnies, en promettant de rendre certaines forteresses ou d'évacuer la contrée, stipulaient une indemnité pécuniaire et, à titre de garantie, exigeaient que le traité conclu fût scellé par le prince ou du moins timbré de son sceau (1). Contraint de se plier à leurs exigences, Philippe fit graver à Paris une matrice qu'il remit au chancelier de Bourgogne, Philibert Paillard, avec autorisation de l'employer au cas de besoin (â). Il ne faut donc pas prendre à la lettre les pièces qui semblent ]e plus accuser l'intervention personnelle du duc.

Voyons maintenant ce qui le retenait hors de ses États; nous examinerons ensuite comment les Bourguignons et rArchiprétre se compor-

et de mons. d*Aigremont, par lesquelles il li escripvoient qn*il fust bien aviseï de son corps garder pour aucunes nouvelles qu'il avoient eues d*oultre-Saône. »

(1) Voyez par exemple le fait mentionné par D. de Vitel, à la date du 14 septembre 1364 {Archives de la Côte-fTOr, B, 1416, P> 51, r»). Il s'agit de lettres d*a^ cord a touchans le fait du département des gens d'armes estant à La Perrière >. On les expédie & Philibert Paillard, « chancelier de Bourgoingne », afin qn^il les scelle du sceau àucal et qu'il les transmette immédiatement « aux dites gens d'armes de La Perrière qui de là ne se dévoient départir jusques il eussent les dites lettres scellées. »

(2) Le 12 août, des lettres sont adressées à Beaune, & Philibert Paillard, ponr qu'il les scelle a dou scel de Mgr le duc fait de nuef, qu'il avoit apporté de Paris». Eodm, B, 1416, P 49, r«.

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tèrent en son absence. La période vraiment intéressante est celle qui commence avec le mois de juin 1364, à Fépoque où Philippe reçut l'investiture publique et définitive de son duché. En ce même temps, Charles Y se hâtait de mettre à profit sa victoire de Cocherel pour expulser de la Beauce et de la Normandie le reste des bandes navarraises. Il chargea d*abord du Guesclin de la totalité de cette tâche. Puis il crut nécessaire de la diviser en deux parts. Pendant que le nouveau comte de Longueville devait opérer aux environs de Gaen et dans le Gotentin , le nouveau duc de Bourgogne fut investi du commandement des troupes dirigées vers la Beauce (i). Sa mission consistait surtout â enlever aux ennemis les petites forteresses qu'ils conservaient dans ces parages. Il commença par leur reprendre Marchelainville, GhameroUes et divers lieux, que les érudits s'efi'orcent en vain de retrouver sur nos cartes actuelles. Le 3i juillet, un document constate sa présence â Ghartres (2). De cette ville, il se transporte devant « Gouvay », qu'il assiège. A juger par cet exemple des antres résultats de la caînpagne, elle n'eut rien de particulièrement glorieux. Après quelques jours d'investissement (3), le capitaine de la garnison, un

(1) « Cette campagne du duc de Bourgogne en Beauce fut entreprise presque au lendemain de la Tîctoire de Cocherel, dans le courant de juin 1364. » (Froissart- Lace, t. VI, p. Lxm, note 3.) Quant aux divers incidents qui en signalent le début, nous ne saurions mieux faire que de nous référer aux excellentes notes de M. Luce, eodem, p. lxu et suivantes.

(2) Archives de la Côte^'Or, B, 1417, f> 51, r<». Dimanche de Vitel mentionne des lettres données par le duc à Chartres « le darrenier jour de juillet ccclxiiu ».

(3) Archives de la Côte-d'Ory Recueil Peincedé, t. XXIV, p. 389, analyse d'une pièce constatant ^ue le duc a contracté une dette de 1,400 francs d'or vis-à-vis de Vilcoq Standon , écuyer d'Angleterre , capitaine du château de Couvay, « pour certain traité par nous fait avec le dit Wilcoq de nous rendre et mettre en notre main, au nom et pour monseigneur le roy, ledit chastel. » Eodem, B, 339. Mandement donné par le duc « au siège devant Couvay, le 8« d'aoust l'an de grâce mil CGC soixante et quatre », mandement, par lequel il ordonne de payer à Jehan de Grolée, chevalier, « deux cenz francs d'or en quoy nous sommes tenuz à lui pour un coursier gris que il^ nous a vendu... et ycellui avons baillié au capitaine du chastel de Gouvay... pour certain traitié fait avec lui pour le rachat du dit chastel. »

écuyer anglais, nommé Yilcoq Standon, consentit a évacuer la place (8 août) en échange d'une somme importante, outre laquelle il stipula pour lui la livraison immédiate d'un magnifique coursier. Le duc se rendit alors à Paris, où il comptait séjourner un peu. Son frère venait de lui doiiner Thôtel des ducs de la première race, la « maison de Bourgogne », située sur la montagne Sainte-Geneviève (1). C'était un nouveau lien qui le rattachait aux plaisirs de la capitale. Mais vers la fin d'août, il se vit contraint de repartir pour la Normandie, afin de diriger le siège de Moulineaux (2). A peine avait-il eu le temps de rejoindre son poste , qu'une nouvelle destination lui fut assignée. Les troupes royales assiégeaient la Gharité-sur-Loire , la grande place d'armes des Gompagnies anglo-navarraises. Il reçut l'ordre de quitter Moulineaux et d'aller, en compagnie du sire de Blainville ^ renforcer les assiégeants sous les murs de la Gharité.

S'il fallait ajouter foi au long récit de Froissart (3), il y serait resté jusqu'à la fin de la lutte, repoussant les sorties des Navarrais, présidant à de nombreux combats, armant des chevaliers, parmi lesquels Louis de Ghalon-Auxerre, le jeune fils du comte Jean III (4), en un mot, dirigeant toutes les opérations et poursuivant avec une fermeté constante la défaite ou du moins la capitulation de ses adversaires. Ici

(1) D. Plancher, t. II, PreuveSy no 315.

(2) « Au retour du siège de devant le fort de Couvay... des le ix» jour d*aoust cccLxun, » le duc B*était installé à Paris. (Archwes de la Côte-cPOr, B, 11,735, mandement du ni« jour de novembre 1364). Le 27 août, les gens de son conseil envoient « Thomas, signeur de Vodenay, chevalier... en Normandie, par devers mon dit signeur pour le fait de ses besoingnes. » Eodem, B, 1416, f» 56, r®... Il tint le siège devant le fort de Moulineaux, hameau de la Bouille, arrondissement de Rouen, a & la fin d*août et dans les premiers jours de septembre.» (Froissart-Luce, t. VI, Sommairey p. lxy, note 4).

(3) Il y consacre en totalité deux chapitres (livre I, clxxix et clxxx}, édition Buchon, t. I, p. 487-489.

(4) M. Luce s'est trompé, lorsqu'il a cru, d'après une chronique inédite, que le prénom du second fils de Jean 111 était Hugues et non pas Louis. {Histoire de du GuescUrij 1. 1, p. 420, note 3.) Les documents locaux ne laissent aucun doute sur le véritable prénom du « vert chevalier ».

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encore le chroniqueur se trompe. Le siège de la Charité ne finit qu'au début de Tannée 1365 (1), et dès le mois de septembre 1364, Philippe s'en éloigne. Le 17, il est à Bonny (2) et à Gien; le 19, à Gorbeilles-lez- Montargis (3). Est-ce qu'il se décide à rentrer en Bourgogne, ainsi que tant d'historiens Taffirment ? La route qu'il parcourt ne conduit pas à Dijon , mais à Paris. C'est là qu'il se dirige et qu'il s'arrête , comme il nous l'apprend lui-même, « jusques au xxn® jour de septembre ensuivant, que nous partîmes de Paris pour aler en Normandie devant le castel de Moulineaux , lequel estoit de nouvel pris et occupé par les ennemis de monseigneur le roy (4)... » Le 7 octobre, il est de retour. Cette fois, il s'installe à Paris avec une partie de sa maison, y compris son chambellan, Guy le Baveux (5). Du reste, il y trouve à qui parler de ses affaires, en la personne d'un des principaux administrateurs de la Bourgogne, « maistre Jehan Chalemart, » que Charles Y a fait venir, pour lui confier, dit-il dans un de ses actes (6), « plusieurs et grosses besognes et que nous avons moult à cuer. » La plus urgente était une négociation secrète qu'il s'agissait d'entamer aussitôt avec la cour pontificale. Si Philippe le Hardi tenait à rentrer en Bourgogne, il n'avait qu'à suivre son fidèle serviteur se rendant à Avignon. Peut-être dut-il attendre le résultat des démarches tentées par Chalemart, peutêtre les questions à traiter intéressaient son avenir. En tout cas, il ne

(i) Lnce-Froissart, t. VI, Sommaire^ p. lxi, note 2, p. lxiv, note 3, etc.

(2) Lettres du duc « données à Bonney-sur-Loire, le xyii^ jour de septembre ». (Archives de la Côte-d'Or, B, 1416, f<» 51, v».) « Lettres données & Gien-sur-Loire, le 17« jour de septempre h cccLxnii, » {Eodem^ f», 54, y».)

(3) Archivée de laCôte-d'Or, B, 11,735, mandement du duc relatif au paiement de ses gens d'armes « donné à Gorbeilles-lez-Montargis, le iix» jour du mois de septembre Tan M cccLxmi ». Il faudrait une dissertation pour établir par suite de quelles circonstances plusieurs historiens citent des dates contraires aux précédentes. Je me borne à affirmer que leur erreur est manifeste.

(4) Archives de la Côte^'Or, B, 11,735, mandement ducal, en date à Paris du 3 novembre.

(5) Archives de la Côte-d'Or, B. 352, mandement ducal, en date à Paris du même jour 3 noTembre.

(6) Mandanenls et actes de Charles V, publiés par M. L. Delisle, n» 92.

quitte Paris que le 3 ou le 4 novembre (1). Le 5, il expédie de Nangisen-Brie (2) un mandement par lequel il enjoint à tous ses vassaux de venir à Dijon ou ailleurs, le lundi, jour de Foctave de la saint Martin d'hiver, « pour 11 faire foi et hommage. » A Troyes, il est rejoint par « maistre Jehan Blanchet », appelé à remplir auprès de lui les fonctions de secrétaire (3). Nous savons déjà que le 43 il avait franchi la frontière bourguignonne, et qu'il arriva le 47 à Dijon. Il ne fit qu'y toucher barre. Le duc d'Anjou, son frère (4), qui voyageait avec lui, était resté en arrière à Châtillon-sur-Seine. Philippe résolut d'aller l'y reprendre. En partant le 21 novembre, il ordonne à Dimanche de Vitel de payer la nourriture de douze « lévriers pour lièvre (5) », qu'il avait amenés de France. Deux jours après, les gens de son Conseil l'avertissent qu'il aura besoin de songer à des sujets plus sérieux. Us lui mandent « qu'il se donnast en garde comment il viendroit à Dijon, parce qu'il (y) avoit vi*^ glaives des Gompaignies sur les champs, qui avoient cuidé embler Toisey à l'évesque d'Ostun (6). » Heureusement, aucun obstacle n'entrava sa dernière étape, et le 26 novembre eut lieu son entrée solennelle, sa prise de possession, dont le procès-verbal a été publié par D. Plancher (7). Telle est, sauf des lacunes ou des

(1) Voyez ci-dessus les deux mandements donnés en cette ville le 3.

(2) Archives de la Côle-d^Or, B, 2751, compte du bailli d'Âuxois. Comparez eodem, B, 1417, f* 32, ro.

(3) Eodem,

(4) Le duc d*Ânjou venait d'être nonuné lieutenant du roi en Languedoc. H se rendait & son poste en passant par la Bourgogne et le Dauphiné. {Mandements et actes de Charles V, noi 120 et 124.)

(5) « A Guillot Aubert et à Jehan Le Garpentier, vallet des lévriers pour lièvre de mons., pour deniers a eux baillez du commandement de mon dit seigneur par lettres données le xxi« jour de novembre cccLxim pour acheter du pain pour xn lévriers et pour faire leurs despens, durant le temps que mon dit seigneur partit de Dijon pour aler a Chastillon-sur-Saine'au devant de mons. d* Anjou son firere, jusques a son retour à Dijon... » Archives de la Côte-d'Or, B, 1416, fo 68, r«.

(6) Eodem, B, 1417, ^ 38, vo.

(7) Tome III, Preuves, no xxi. Il y est dit formellement que la cérémonie da 26 novembre eut lieu le premier jour de l'arrivée et de la prise de possession offi-

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erreurs insignifiantes, Texacte et prosaïque vérité. Tels furent les débuts d*un règne qui devait être si brillant et laisser dans Thistoire des traces si profondes.

En attendant ce tardif retour, les Bourguignons, livrés à eux-mêmes, avaient su protéger leur province contre les attaques de ses divers ennemis. Nous les avons laissés aux prises avec les Compagnies et les Francs-Comtois. L*explosion de la guerre navarraise leur rendit le service d'éloigner la plupart des bandes qui les menaçaient. Répondant à rappel du captai de Buch, elles allèrent en Normandie grossir les rangs de son 'armée. Pourtant quelques aventuriers pénétrèrent dans TAutunois et s'emparèrent du fort de la Vêvre (1). Il fallut que le maréchal Gu}' de Pontailler vtnt en personne rassurer les populations consternées (2), et il ne parvint pas à déloger les hôtes incommodes qui troublaient la tranquillité du pays. Mais, à cette époque, le principal embarras que les Compagnies causèrent à la Bourgogne lui vint de celles qu'elle entretenait à sa solde. Les unes se livraient sans motifs à des excès de tout genre, les autres se plaignaient de retards apportés au paiement de leurs gages, et manifestaient l'intention de partir après s'être indemnisées par le pillage. Au nombre des premières, citons, comme exemple, la garnison de Pontailler-sur-Saône^ composée de Gascons et de Bretons. Ils s'étaient rendus si insupportables, qu'on résolut de s'en défaire. Moyennant promesse de finance, bien et daement garantie, les Gascons reprirent le chemin de leur pays*

cielles du duc Philippe: « prima die su! adventus ad dictam villam Divioneneem tanquam dux et dominus dicti loci. »

(1) La VÔTre, cMteau et fief important, situé sur la paroisse de la Celle-lez-Autim commune du canton de Lucenay, arrondissement d'Autun (Saône-et-Loire). (Baudiau, Ib Morvanj t. II, p. 491.)

(2) K Audit maréchal ordonné par autres lettres de mon dit signeur, données à Dijon, le x« jour de may cccLxun, & aler es parties d'Othun pour conforter et défendre le pais encontre plusieurs ennemis qui avoient prise la Vevre près d'Othun, et à avoir xx glaives avec li pour ce faire, dont les x sont aux gaiges de mon dit signeur et les autres aux gaiges des personnes d'église, des nobles et des bonnes villes du pais... » {Archives de la Côte-d'Or, B, 1416, ^ 60, ro.)

natal (i ]. Quant aux Bretons (2), « deux escuiers de Bretaigne » envoyés par du Guesclin, traitèrent avec eux, réglèrent le montant de Tarriéré qu^ils réclamaient et les emmenèrent en Normandie. Les résultats obtenus ne furent pas toujours aussi satisfaisants. Parmi ceux qui se plaignaient des inexactitudes de Tadministration ducale, se trouvait Arnaud de Tallebarde, celui que ses contemporains appellent Taiebardon. Il s'en dédommagea en pillant et en rançonnant les campagnes qu'il avait sous la main. Un jour (3), les a gens de sa route », ayant arrêté le « clerc du receveur général des impositions de Bourgogne », lui enlevèrent « la somme de sept vins et un franc d*or », qu'il « portoit pour mon dit seigneur [le duc] d*Aignay à Diyon ». Arnaud de Tallebarde se saisit de la prise, sauf à l'imputer sur les crécmces qu'il prétendait avoir. On conserve aux archives de Dijon la décharge motivée qu'il délivra au porteur de l'argent volé, a De laquelle somme, dit- il, je me tiens à bien paiez et en quicte mon dît signeur et tous autres. En témoin de ce, je ai mis mon scel en ces lettres faites et données le xvi" jour de juing de l'an mil cccLxrai, » Il paraît au surplus que , si le mode de recouvrement laissait à ;désirer, les créances invoquées n'étaient pas contestables. Un mandement ducal du 13 août suivant, adressé « à nos très chiers et bons amis les gens des comptes de monseigneur le roy et de nous », leur prescrit d'accepter, comme régulière, ia quittance souscrite par « Arnaut de Tallebarde, dit Tale- * bardon », de l'imputer « sur les gaiges du dit Talebardon et des gens d'armes de sa compaignie desserviz ou service du dit monseigneur ie

(0 Archives de la Côte-d'Or, B, 1416, fo43, to, et 44, r«. Mentions portant les dates des 18 mai, 21 mai et 1" juin 1364.

(2) Eodeniy f» 64, to. « A Braiyant de Lanion et à Guillaume de Quielain, escuiers de Bretaingne, lesquelx messires Bertran de Guesclin avoit envoiez en Bonrgoingne pour emmener devers li en Normandie les compagnies de Bretons estans ou duchié de Bourgoingne, par don fait a eux par messeigneurs les gens du conseil estans a Dijon, pour la pêne et trayail qu'il avoient eu en traitant avec les Bretons de la garnison de Pontoiller de ce que dehu leur estoit de leurs gaiges... Paie à eux par le receveur par vertu des lettres de Monseigneur le duc, données le xin* jour de juin cccLxim... »

(3) Voir Pièces jîUtificaUves, n« xvni.

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roy et ou notre »; de Fallouer en compte au receveur et de la rabattre c( de la recepte sans difficulté aucune », bien qu'il ne puisse justifier d'un mandat préalable, « et non obstant qu'il ne vous apparaisse de la monstre du dit Talebardon et de ses gens d'armes. » Ce n'est pas le seul conflit qu'engendra la pénurie du trésor. Nous verrons bientôt que Guyot du Pin et plusieurs autres capitaines de Compagnies, imitant l'exemple de Talebardon, à la suite de difficultés analogues, abandonnèrent le service de la Bourgogne, se jetèrent dans la vie d'aventures et devinrent une cause d'inquiétudes cruelles pour la province dont ils avaient été les défenseurs.

Cet embarras survenait au plus fâcheux instant, lorsque la guerre avec les Francs -Comtois touchait à sa phase décisive. Us s'étaient d'abord contentés de reprendre une à une presque toutes les places que les troupes ducales avaient conquises sur la rive gauche de la Saône au début de la dernière campagne. Mais, soit qu'ils jugeassent le moment venu de pousser plus loin leurs avantages , soit qu'ils y fussent secrètement excités par les intrigues de Charles le Mauvais et d'Edouard III, ils se disposèrent à tenter contre la Bourgogne une agression formidable. Le premier symptôme connu de leur dessein remonte au 6 avril 1364 (I), jour où les chefs du parti le plus hostile à la France et au duché, tels que les Montfaucon, les Neufchatel, traitent avec la ville de Besançon, s'en font ouvrir les portes, en prennent le gouvernement militaire, et bientôt se ménagent le même accueil à Salins, à Yesoul. Jusqu'alors la comtesse Marguerite s'était efforcée de tenir la balance égale entre cette fraction de l'aristocratie comtoise et les quelques familles animées de sentiments contraires, signalées par leur dévouement à la Bourgogne et à la France. Depuis 1362, le comte de Montbéliard, Henri de Montfaucon , exerçait les fonctions de gardien du bailliage d'Amont, tandis que Jacques

(1) Sur ces faits* et sur ces dates, je n*ai fait que reproduire les indications four* nies, d'après des documents précis, par M. Clerc {Hiatoire de la Franche-Comté^ t II, p. 137 et suivantes), par M. Tueffert (Histoire des comtes souverains de Monthéliardy p. 166 et suivantes), et par M. Duvernoy, dans ses notes sur la nouvelle édiUon de GoUut (col. 771 et col. 1747).

de Vienne, sire de Longprjr, était gardien du bailliage d*Aval. Le 3 mai 1364, un changement grave s^opéra dans la politique de la comtesse; le comte de Montbéliard fut nommé seul gardien de la comté tout entière et proclamé solennellement à Arbois. Que Marguerite ait agi spontanément, ou que ses grands vassaux soient parvenus à lui forcer la main, peu importe. La nomination qu'elle venait de souscrire consacrait le triomphe absolu des idées belliqueuses sur les idées conciliatrices. Elle entraînait fatalement et dans un délai prochain Texplosion d'une nouvelle crise. Ici les dates sont significatives. Pas plus au 6 avril qu'au 3 mai, les Francs-Comtois ne pouvaient alléguer, comme justification de leur conduite, une attaque imminente on probable des Bourguignons. Le 6 avril , le duc de Touraine se préparait à partir pour la France, emmenant avec lui l'élite de ses hommes d'armes. Le 3 mai, il avait quitté la Bourgogne, et ses compagnons de voyage étaient incorporés à l'armée royale de Normandie. Observons, en outre, que le mouvement franc -comtois coïncide précisément avec le début de la guerre entamée par Charles Y contre le roi de Navarre. Il est permis d'en conclure que le premier de ces faits n'est que la conséquence ou le contre-coup du second.

L'issue d& la bataille de Cocherel n'apaisa pas l'excitation des esprits. Au commencement de juin, les nouvelles « venues d'outre-Saône » annoncent à Dijon que l'ennemi s'approche (I). Une avant-garde de pillards fait irruption sur divers points de la province. Cependant les résolutions définitives ne furent arrêtées oCBciellement que « le dimanche 9 juin (2) ». A la suite d'une grande « journée » tenue à Arbois, la noblesse comtoise reçut l'ordre de se réunir en armes dans les plaines

(1) Archives de la Côte-d'Or, B, 1416, f» 44, r« et t^, mentions inscrites à la date des 5, 6 et 7 juin 1364.

(2) Eodem, Le samedi 8 juin, les gens da conseil ducal adressent un message & Henri de Vienne, seigneur de Mirebel eu Montagoe. Le porteur est obligé d'aller chercher le destinataire jusqu*^ Ârbois, « ou il fu le dymanche 9 juin à une journée qui fut illec de tous les nobles de la conté, que le comte de Montbéliard, gouverneur d'illec avoit mandez. » Il attendit la réponse, « ne puis ne retoma, ne n'a I^on peu savoir qu'il est devenuz. »

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de Villers-Farlay. Les lettres du comte de Montbéliard qui lui assignent ce dernier rendez-vous, portent la date du 15 et déclarent qu'il s agit a de faire revange contre ceux du duché... pour les griefs et dommaiges que ils avoient fait au comté de Bourgoigne avec FArcheprestre et les Gompaignies pour le fait du duc {i), » A défaut de prétexte récent, les Francs-Comtois invoquent les pertes qu'ils ont subies à la fin de 4363 ou dans les premiers jours de 1364. D*où vient qu'ils ont tardé si longtemps à compléter leur vengeance? Eux qui professent une indignation si vive contre l'emploi de Compagnies, ils ne négligent pas d'enrôler sous leurs drapeaux celles qui infestent leur pays. Le âl juin, ils traitent avec les Sauvigny, les Corgeniron (2) : ils ramassent tous les routiers qui consentent à leur prêter main-forte. Alors intervient Charles Y, trop sage pour se méprendre sur la gravité de la lutte et sur les véritables motifs qui l'ont provoquée. Ses lettres du 24 semblent répondre au mandement du comte de Montbéliard (3). Il déclare à son tour que le « grief et dommaige » qui menace le duché de Bourgogne « est proprement le grief et dommaige de son royaume » : qu'il tient à repousser énergiquement les attaques dirigées contre ce duché, attaques qui ne tarderaient pas à s'étendre plus loin ; qu'en pareil cas tous ses sujets sont solidaires et qu'il veut à bon droit <c que les uns aient le secours et aide des autres quand mestier en auront». En con* séquence il ordonne à ses baillis, il prescrit aux capitaines de ses gens d'armes, institués dans les cités et diocèses voisins, de se mettre à la disposition du duc Philippe, « touteffeis que notre dit frère voudra chevauchier pour doner et faire bataille ou autrement combattre contre

(1) J'emprunte ces détails à M. Clerc. {Histoire de la Franche-Camté, t. II, p. 142, texte et note.) Malheurensement M. Clerc ne cite que quelques lignes de la lettre du comte de Montbéliard et n'indique pas où il a consulté Toriginal.

(2) Eadem, p. 143, texte et note.

(3) On trouve a.ux Archwes de la Côte-d^Or, B, 11,875, plusieurs exemplaires de ces lettres, parmi lesquels ceux qui étaient destinés au comte d'Auxerre, au sire de Saint-Dixier, à Geoffroy du Bouchet, à l'évèque de Troyes, capitaines des gens d*armes, levés ou à lerer, en les cités et diocèses d'Auxerre, de Chfllon-sur-Marne, de Nevers et de Troyes.

268 CHAPITRE IX (i364].

lesdits robeurs el meffaiteurs. » Maintenant, que les hostilités s'engagent , les Bourguignons n*auront plus à soutenir seuls une querelle de voisinage^ une guerre de province à province. En face des Francs- Comtois, alliés du roi de Navarre et subventionnés par le roi d'Angleterre, combattront désormais lés soldats de la France.

A la tète de ces derniers reparaît TArchiprètre. Il ne porte aucun titre officiel. Retiré dans ses châteaux de Thil ou de Ghàteauvilain, il n'assiste même pas aux réunions ordinaires du conseil ducal, qui siège à Dijon ou à Beaune, et qui gouverne le duché de Bourgogne. Néanmoins les regards se tournent sans cesse vers Arnaud de Gervole. Les messagers se succèdent sans relâche à la porte de sa demeure. C'est à lui qu'on s'adresse dans les cas difSciles. C'est lui qui, tantôt seul, tantôt sous les ordres ou plutôt sous le couvert de Sombemon, exécute les décisions prises. On sait qu'après comme avant Cocherel il possède la confiance de Philippe le Hardi. On est sûr de son dévouement. Nul autre d'ailleurs n'est en état de procurer à la Bourgogne l'appoint de troupes irrégulières dont elle a besoin pour repousser l'invasion franccomtoise. Bien que souvent occulte, l'influence qu'il exerce parait hors de doute. Froissard peut se tromper, certainement il se trompe, quand il essaye de préciser les services rendus par l'Archiprêtre. Ces erreurs de détail n'empêchent pas que les traits principaux de son récit ne soient justes et conformes à Topinion générale de ses contemporains. Ouvrez toutes les chroniques du temps : partout le même écho. Il retentit jusqu'en Suisse, jusque dans une chronique bernoise (1 ), qui défigure les noms, mais qui reproduit fidèlement la physionomie des choses. « Philippe le Hardi alla, dit-elle, prendre possession du duché de Bourgogne, et il emmena avec lui un chevalier nommé Girard de Servoles,

(1) Kervyn de Lettenhove, Œuvres de Froissart^ t. XX, p. 530, notice sur Arnand de Gervole. Voici le texte latin, tel que le donne M. de LettenhoTe: « Philippus abiit ad capiendam poesessionem ducatus Bargundiœ , et cam eo quidam miles nomine Gerardus de Servoliis qui, per regnum Franciœ, multas condoxerat armatorum turmeis. Hujus fultus auxilio Philippus subjecit comitem Montis Blardi, Ludovicum de Novo-Castro et plures alios de comitatu BurgundiiB : atque omnes de ducatu Burgundise obedienint sibi. »

L*ARCniPRÊTRE AU SERVICE DU DUC PHIUPPE LE HARDI. S69

habitué à conduire au royaume de France de grandes bandes de gens d'armes. Avec Tappui de ce chevalier, Philippe soumit Le comte de Montbéliard, Louis de Neufchatel et plusieurs autres seigneurs du comté de Bourgogne ; il réduisit à Tobéissance tous les habitants de son propre duché. t> Supprimez dans ce passage Tallégation tant de fois répétée, celle qui consiste à prétendre que le rôle de TArchiprétre ne commença qu'au moment où le duc vint en personne prendre possession de ses États, le surplus est exact, et nous allons en fournir quelques preuves concluantes.

Le 13 juin 1364, Arnaud de Gervole était déjà revenu de France et rentré à Ghâteauvilain, puisqu'à cette date les membres du conseil lui expédient en ce lieu des lettres closes dont nous ignorons le contenu (1). Le 23, on lui fait demander, à lui ou à son secrétaire, « les parties des deniers qui avoient été distribuez aux gens d'armes à la Villeneuve-le- Roy, en novambre ccc lxuj (2). » Cette demande se rattache à la grosse difficulté du moment, celle des gages arriérés que réclament les Compagnies. Pour éviter qu'elles ne tournent leurs armes contre le duché, on tient à les régler sans retard et Ton se hâte de réunir les pièces nécessaires à l'établissement d'un compte. Bientôt l'attitude des Francs- Comtois annonce une attaque prochaine, aussi l'échange de communications entre l'administration ducale et l'Archiprètre devient presque continuel. Le 30 juin^ un messager porte à Château vilain plusieurs letr très émanant du conseil et « de mons. de Sombernon, général capitaine en Bourgogne )> (3). Comme on ignore quelle est au juste la résidence du destinataire, Sombernon a soin d'adresser le double de ses dépèches à Thil-en-Auxois. Le samedi 6 juillet (4), nouvel envoi de « lettres closes de mons. le duc, du seigneur de Sombernon et du bailli de Dijon à Chasteauvillain, à mons. Ernaut de Cervole pour certaines besoingnes touchant le fait du pais de Bourgoigne ». Cette fois encore, copie desdites lettres est expédiée à Thil « audit mons. Ërnaut... pour

(1) Archives de la Côte-d'Or, B, 1416, f»44, vo. — Compte de Dimanche de Vitel.

(2) Eodem, fo 43, yo.

(3) Eodem.

(4) Eodem, P» 46, r«.

ce que l'on ne savoit de certain où il estoit et Ton ne voloit pas faillir. > Vérification faite, on acquit la certitude qu'il était venu s'installer an cœur de .la province , dans son château de Thil. C'est là que le dimanche 7 on lui transmet « autres lettres doudit seigneur de Sombernon et lettres closes de mons. le duc apportées de France par Huguenin Symone, toutes adreçant audit signeur de Chasteauvillain; et faisoient les lettres dudit signeur de Sombernon mencion de certaines nouvelles que le maréchal (Guy de Pontailler) avoit escriptes à li et au conseil, du conte de Montbéliart qui avoit un mandement au lundi VIII' jour de juillet ». Le même jour, après vêpres, un second messager part de Dijon avec ordre de chevaucher toute la nuit. Il est chargé de la réponse à certaines choses « que ledit seigneur de GhasteauvillaiD avoit mandé audit seigneur de Sombernon et au conseil ». Dans la nuit du 7 au 8, troisième message « pour pourter autres lettres, pour ce que le mareschal avoit rapointées autres novelles du conte de Montbéliart qui avoit son mandement au lundi vm' jour de juillet. » Enfin, le lundi 8 juillet 1364 (1), un dernier courrier se rend auprès de l'Archiprètre^ « pour icelui haster de venir à tout grand foison de gens d'armes pour combattre ledit conte de Montbéliart qui le mardi ensuivant devoit entrer ou duchié de Bourgoigne. »

Malgré la longueur et la sécheresse de ces détails, je n'ai pu me résoudre ni à les supprimer ni à les restreindre. Tels qu'ils sont, ils ont le mérite de fixer les dates et de donner une idée saisissante des choses. Mieux qu'une explication quelconque, ils font sentir l'importance que les contemporains de l'Archiprètre attachaient à son intervention. Quoi qu'il en soit, l'un d*eux nous atteste que, depuis son retour de Gocherel, Gervole n'avait pas perdu de temps. Il avait réuni à Thil, ou dans les localités environnantes, tout un coips de troupes, prêt à entrer en lice et qui n'attendait que de lui, de lui seul, le signal du départ. D'où venaient ces troupes et comment les avait-il recrutées? Un incident qui signala leur passage à Dijon va nous renseigner sur ce point. Dimanche de Yitel le raconte dans la mention suivante (2) : « Au prieux

(1) Atclwoei de la Côte-d*Or, B, 1416, f> 46, v».

(2) Eodm, B, 1417, t^ 49, vo.

L'aRGHIPRÊTRE au service du duc PHILIPPE LE HARDI. 271

dé Saint-Vivant de Vergey, pour deniers à li paiez du commandement de monseigneur de Sombemon , capitène général du duchié de Bourgoigne, par ses lettres soubz son scel données le xv* jour de juillet cccxxnu, pour un sien cheval (i) qui li avoit esté pris par les compaignies, lequel le dit prieux avoit trouvé à Dijon et osté de fait à celli qui le chevauchoit, pour quoy les dites compaignies, qui estoient venues au mandement du dit capitain en la compaignie de messire Amault de Gervole, ne vouloient partir de la dite ville, ne chevaucher, jusques il leur fust renduz, li quelx leur fu renduz par ordonnance du dit capitain, et quittance du dit prieux donnée le lundi après la saint Denis au dit an. » Je conclus de ces lignes que la majorité, sinon la presque totalité des troupes commandées par TArchiprétre, se composait d'aventuriers recrutés dans les rangs des Compagnies, d'une « foison de gens d'armes » plus accoutumés à piller la France qu'à se battre pour elle. Ce n'est pas à dire qu'une fois engagés sous les ordres d'un chef habile, énergique, sachant les conduire, ils fussent incapables de rendre de bons et loyaux services. Si le conseil ducal n'avait pas été convaincu de leur utilité, il ne les aurait pas pris à sa solde; il n'aurait pas tant insisté pour les faire venir. Je serais même tenté de croire que l'incident relatif au prieur de Vergy ne produisit pas à Dijon une impression défavorable (2). Loin de s'indigner contre les bandes de l'Archiprêtre, on se plaignit qu'elles ne fussent pas assez nombreuses! Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Arnaud de Gervole se préoccupa d'en augmenter l'effectif et que Tadministration bourguignonne s'empressa de lui en faciliter les moyens, comme il résulte d'une autre mention également empruntée aux Comptes de Dimanche de Vitel, et qui est ainsi conçue (3) : « Lundi xv* jour de juillet..., à

(1) La construction de la phrase est viclease. Il 8*agit éyidemment d'un cbeyal appartenant au prieur de Saint-Vivant de Vergy et non pas à Somberpon.

(2) Le moyen hardi qu*eiiiploya le prieur pour se faire justice donnerait à penser que les gens de TArchiprôtre n^inspiraient pas à tout le inonde autant de terreur qu'on le suppose.

(3) Eodem, B. 1416, f« 37, r^. Notez que les lettres de rArchiprôtre aux capitaines de la Vèvre et de Vésigneux portent exactement la même date que celles de Som-

Didier de Langres, messaigier, pour porter à Thil-en-Auxois lettres closes hastives de monseigneur Emaut de Gervole , signeur de Ghasteauvillain, pour les porter d'illec ou envoler par ses gens aux capitaines de la Yèvre et de Vesigneul, à qui elles s*adrecoient, contenant que, les dites lettres veues, il se traissent vers li pour en aler en sa compaignie oultre Saône sur les ennemis de monseigneur le duc; et avec ce porta à chascun d'eux deux saufs-conduits dou dit monseigneur Ernaut pour les diz capitènes, chascun li lx° armés ou désarmés, et partit au vespre et chemina toute la nuit. »

Il fallait bien suppléer aux secours promis par Charles Y et qui ne pouvaient arriver dès le début de la campagne, ou même qui risquaient d'arriver trop tard. Les capitaines de gens d'armes institués par le roi dans les cités et diocèses voisins de la Bourgogne, étaient arrêtés par une foule d'obstacles. Jean lY de Ghalon-Auxerre faisait partie de l'armée qui combattait en Normandie sous la direction de du Guesclin et se préparait à partir pour la Bretagne. Geoffroy du Bouchât avait à protéger le Nivernais contre les Compagnies anglo-navarraises, toujoui*s maîtresses de la Gharité-sur-Loire et toujours menaçantes. L'état de la Champagne ne permettait pas non plus à l'évéque de Troyes de s'en éloigner. Quant aux baillis de Ghaumont, de Sens et de Yitry, en ce moment ils « estoient à siège... devant Duilley-en-Lorraine (i). » Sombemon leur avait adressé là des lettres « contenant... que pour certaines nouvelles qui estoient venues au dit sieur de Sombemon, que le comte de Montbéliard, à grosses gens d'armes, estoit sur la Soone et entendoit passer par deçà pour gaster et destruire de sa puissance le pais de mon dit seigneur le duc, il, à toutes leurs rotes, se vosissent traire par devers Dijon ^ pour l'aider à rebouter et combattre ». Mais les baillis royaux seradent-ils libres de répondre à cet appel? Combien de temps exigerait leur déplacement et celui de leurs troupes ? Provisoirement, la Bourgogne était réduite au secours des

bemon ordonnant de rendre aux compagnies le cheval du prieur de Yergy, et de payer au prieur le prix de son cheval.

(1) Archives de la Càte-d'Or, B, 1416, f» 46, vo. Les lettres que Sombemon leur adresse portent la date du « mercredi ix« jour de juillet cccLXun. »

L'ARGHIFRÊTRE au service du duc PHILIPPE LE HARDI. 273

Compagnies recrutées par TArchiprêtre. Pourtant, n'oublions pas que les seigneurs gascons et bretons, avec lesquels nous avons fait connaissance, avaient repris leur poste dans Tarmée ducale. On y retrouve côte à côte Jean d'Armagnac (4), qui ne gardait plus souvenir d'une irritation passagère (2); Amanieu et Jean de Pommiers, les Saint-Pol et autres, revenus à la hâte de Gocherel, où ils s'étaient illustrés parleur bravoure (3). Si quelques-uns font défaut, c'est qu'un empêchement spécial les tient éloignés, comme le souldich de la Trau, dont le bras a été cassé dans la mêlée, ou comme Ivon de Lacoué, qui reste attaché au service personnel de Philippe le Hardi.

Avec ces seules ressources, les Bourguignons franchirent la Saône et se présentèrent brusquement en face des Francs -Comtois. Le 17 juillet, on croyait encore Sombernon à Auxonne; le conseil lui expédia en cette ville un messager qui, ne l'y trouvant pas, le « suigui à Broyés, à Pesmes et jusques devant Gray, où il estoit avec l'Arceprestre, pour atandre la bataille contre le comte de Montbéliart, qui ne la volt accepter ». Remarquons, en passant, qu'ici l'Archiprêtre figure, presque au même rang que le capitaine général, à la tête de Tarmée bourguignonne. L'un commandait les contingents féodaux et l'autre les troupes auxiliaires. Pendant quelques jours, ils restent tous

(1) Jean d'Ârmagnac servait dans le corps spécialement placé sous les ordres de l'Archiprêtre. Le 20 juillet 1364, Sombernon délivre « xl queues de vin des vendenges cccLxni... à mons. Arnavt de Cervole, signeur de Cliasteauvillain et à mess. Jehan d'Armagnac, pour distribuer à leurs gens d*armes, les quelx estoient au dit mandement (celui du 3 juillet) à vc glaives». (Archives de la Côte-d'Or, t^ 60, r^.)

(2) Les gens du conseil étaient moins oublieux. Ils auraient autant aimé que Jean d'Armagnac restât en CharoUais. (Eodem , f^ 46, vo, mention à la date du 10 juillet.)

(3) Le 8 juiUet 1364, Sombernon écrit « aux gens de mons. Armenion à Saint- Germain où ils estoient », et « a mons. Jehan de Saint-Pol à Saigey » pour leur mander de se rendre auprès de lui {Eodem^ t> 46, v»). Le 13, Amanieu de Pommiers, 80U8 le sceau de son frère, « messire Jehan de Pommiers, » donne quittance des tommes qu*il a touchées, « pour les despens de lui et de ses gens faiz à Dijon par huit jours qu'il a illec demouré en cest présent mois, » conformément aux ordres de Sombernon. {Archives de la Côte-d*Or^ B, 359. — Comparez Eodem , B, 1416, «* 61, r».)

deux devant Gray. Puis, le 20, Sombernon rentre à Âuxonne (i) et il n'est plus question de se battre. La version adoptée par les historiens de la Franche-Gomté, sur la foi de pièces qu'ils négligent de citer, diffère sensiblement de celle que nous empruntons, comme d'habitude, aux Comptes de Dimanehc de ViteL Suivant M. Glerc (2), le comte de Montbéliard, récemment proclamé gardien ou gouverneur, brûlait de signaler son avènement par un grand fait d'armes, et « déjà, aux cris de ChâtUlon et Bourgogne^ les enseignes, les pennons se dirigeaient vers D61e et Auxonne, quand une lettre scellée du sceau royal de France fut présentée au gouverneur par un chevalier inconnu. Ce guerrier était le bailli de Sens ». La lettre qu'apportait Guichard d'Ars affirmait la conclusion prochaine d'un accord entre Charles Y et la comtesse Marguerite. Elle « produisit parmi les hauts barons des impressions bien diverses », ceux-ci voulant passer outre (3), ceux-là prétendant, au contraire, qu'une effusion de sang devenait inutile et regrettable. « Il y avait grand tumulte au camp. Toutefois le parti de différer l'entreprise prévalut. » Je doute fort, pour ma part, que le bailli de Sens, qui guerroyait en Lorraine le 8 juillet (4), ait eu le temps d'arriver sur les bords de la Saône le 17. Je comprends encore moins que Charles V ait imaginé de le choisir pour expédier de Paris à Gray un message aussi urgent. Les choses ont dû se passer d'une manière moins dramatique et moins flatteuse pour l'amour-propre des Comtois. Quand Sombernon et l'Archiprètre vinrent offrir la bataille au comte de Montbéliard, celui-ci connaissait déjà l'existence des négociations qui aboutirent aux préliminaires de paix du 25 juillet 1364. De son côté, Sombernon ne tarda pas à être renseigné, soit indirectement par son adversaire, soit directement par les courriers qu'il recevait à chaque heure (5). Dans ces conditions, il n'y avait plus qu'à suspendre

(i) Archives de la Côte^'Or, B, 1416, t^ 47, v».

(2) Histoire de Franche-Comté, t. Il, p. 142-143.

(3) M. Clerc cite Jean de Neufchatel comme le plus fougueux promoteur de U lutte à outrance.

(4) Voyez ci-dessus.

(5) Archives de la Côte-d'Or, B, 1416, fo 47, v». Je remarque que tous les messagers

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