‹ L'Archiprêtre: épisodes de la guerre de cent ans au XIVe siècleChapitre 16 sur 36 · L*ARCHIPRÊTRE AU SERVICE DU DUC PHILIPPE LE HARDI. S · texte numérisé non relu

L*ARCHIPRÊTRE AU SERVICE DU DUC PHILIPPE LE HARDI. S

Jean III de Ghalon-Anxerre , toujours ardent à poursuivre et à combattre les fauteurs de désordres (i).

Parmi ces prises, il en est une qui mérite d'être signalée. Guyot du Pin avait eu le tort de repousser les propositions d'Amanieu de Pommiers et de continuer le cours de ses brigandages. Un jour qu'il épiait quelques marchands attirés à Ghalon par la foire chaude d'octobre i364, il se laissa prendre par Regnaud de Montbelot, seigneur de Jancey (2). En pareil cas, les aventuriers de son espèce en étaient quittes pour un sacrifice d'argent qui ne leur coûtait guère. Enrichis par le pillage, ils offraient à titre de rançon une part de leurs richesses, et l'offre était si séduisante qu'ils ne risquaient pas d'éprouver un refus. C'est probablement à l'aide de ce moyen que Tallebardon parvint à se tirer des mains du prieur de Bar-le-Régulier avant l'arrivée du bailli d'Âuxois. Guyot du Pin fut moins heureux que son ami et compagnon. Regnaud de Montbelot s'aboucha avec les membres du conseil réunis tout exprès à Ghalon, et moyennant n la somme de deux cens florins de Florence », il leur abandonna son prisonnier. L'accord est du 22, la quittance du 23. Peu après, Guyot du Pin subit la peine due à ses « démérites » ; il fut justicié à Ghalon même (3), et, comme il s'agissait d'un coupable hors ligne, on exposa sa tête en un lieu public de la ville. Elle s'y trouvait encore au mois de mai i365 (4), lorsque les

{{) Archivée de la CÔL^d'Or, B, 1417, f» 48, vo. Le 26 octobre 1364, une indemnité est accordée à un « huissier de salle de mons. le duc... pour recompensacion des despenz qu'il avoit faîz, en alont par plusieurs fois à Roichefort et ailleurs ou conté de Bourgoigne, pour requérir à messire Tristan de Ghalon et à ses gens quMl li rendissent (au duc) le corps de Symon Bugnet, escuier, ennemi du duchié, lequel estoit prisonnier au dit Roichefort, ou que d'icelii Symon il fist justice, par lequel pourchas il a été justicié au dit lieu ». Simon Bugnet était un des routiers qui occupaient Dampierre-sous-Salon avec Jean de ChaufTour. (Simonnet, Des Institutioris et de la vie privée en Bourgogne , p. 119.)

(2) Voir Pièces justificatives ^ n» xix. Comparez B. 1416, f^ 61, v».

(3) Archives de la Côte-d'Or, B. 1417, fo 53, ro.

(4) Eodem, B. 3567, f<» 14, v«^ et 15, r«. Compte du bailli deChalon, « A Jehannot de Limous, messaigier a pié, qui porta unes lettres du dit bailli a mons. le duc, de Ghalon a Dijon, contenant que les gens d^armes qui estoient à Eusse avoient pillé

« gens d'armes qui estoient à Ansse », ou en d'autres termes, les routiers qui occupaient cette place sous les ordres de Seguin de Batefoi, vinrent tout à coup piller « le demourant de la foire froide de Ghaloo ». En rentrant dans leur repaire, ils emportèrent comme un trophée la tête de Guyot du Pin.

La capture et Texécution d'un chef de cette importance procurèrent un instant de répit à la région méridionale de la Bourgogne. Les administrateurs de la province en profitèrent pour tourner leur attention vers l'extrémité opposée, vers la région du nord. Réduit à battre Vestrade, sans refuge assuré , l'ancien capitaine d'Arcy-sur-Gure , Gille Troussevache, venait d'éprouver le même sort que Guyot du Pin, et précisément à la même époque, en octobre 1364 (i). Il avait été pris par un gentilhomme de TAvallonnais, Guillaume de Railly, qui le livra moyennant finance à la justice ducale. Sa tète à lui ne coûta que cent soixante florins de Florence. Mais les Bretons occupaient encore la petite forteresse de Yésigneux, où ils étaient solidement établis et retranchés. On ignore le nom de leur capitaine. On sait seulement qu*il avait eu l'habileté de nouer avec les habitants du voisinage des relations nombreuses. Il ne reculait, pour s'assurer de leurs services, devant aucun moyen de séduction : témoin la singulière histoire de ce paysan de Pontaubert (â), Michelin Ghauvaudet, « poursuivi de ce que , par le temps que les Ënglois (3) tenoient la Mothe de Yesignol , il avoit convenu avec les diz Englois et marchandé avec eulx : encore atoit fait, si comme Ton disoit, que le cappitain dudit Yesignol li avoit baillié sa mie pour esbattre, laquelle il avoit menée à Pontaubert, et enqui avoit demouré deux jours, et puis fit semblant de lui emmener

le demourant de la foira froide de Chalon, c^est asBavoir les selliers et les merciers, et en avoient porté la teste Guiot du Pin, pour ce lai baiUie le m* jour de may ccclxv. >»

(i) Archives de la Côte-d'Or, B, 2751, CompU du baUU d'Àuxois.

(2) Pontaabert, commune du canton d'AvaUon (Yonne).

(3) On trouve assez fréquemment dans les comptes de Bourgogne, le mot générique « Englois n, employé pour désigner les gens des Compagnies, même ceux qui n'étaient pas originaires d*Angleterre.

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et oncques puis ne fut vehue (i). » Le temps était arrivé d'enlever aux Bretons le dernier poste qu'ils conservassent dans la contrée.

Une mention des comptes de Guillaume de Glugny, bailli d'Auxois, relate en quelques lignes la date exacte du siège, les conditions dans lesquelles il fut entrepris et le nom des principaux chefs qui le diri* gèrent. Elle est ainsi conçue (S) : « Pour les despans dudit baiUi et des gens estanz avec luy, qui exécutoient les mandements et faisoient faire les contraintes, pour faire amener vins, pains, angins, pierres d'angins, pour quérir et pourchacier charroy, pour faire moudre et cuire le pain et le mener en l'ost devant Viseneul, où estoient au siège monseigneur Loys de Ghalon (et) messire Arnault, qui tuit, exceptez les seigneurs du païs, estoient asseurez à la provision du païs et du bailli, li quelx bailli, ansamble les personnes ci-après escriples, vacèrent à faire les choses dessus dites, dois le dimoinge après la Saint-Luc, jusqaes au mercredi avant la feste de Toussains cgclxuii. » Évidemment « messire Arnault » n'est autre qu'Arnaud de Gervole. A la réception du message que lui adressait Jacques de Vienne, l'Archiprètre s'était hâté de quitter la Lorraine et de reprendre en Bourgogne son rôle accoutumé. Je suppose qu'avant de marcher contre Yésigneux il essaya de traiter avec le capitaine breton, qu'il connaissait parfaitement, puisqu'il avait fait appel à sa bonne volonté pendant la campagne d'outr&- Sa6ne. Ne pouvant réussir à l'aide de la persuasion, il vint lui-même diriger les opérations du siège. Lorsque les assiégés se virent enfaced'une armée nombreuse et résolue, ils comprirent que la résistance n'offrait aucune chance de succès. Leurs efforts se bornèrent à obtenir la vie sauve, et, cette concession acquise, ils rendirent la place qu'ils avaient gardée si longtemps (3). Les rapports de Gervole avec les Gompagnies

(1) Archives de la Côte-d'Or, B. 27S9, compte de Nicolas de Ck)url)eton, receveur du bailU d^Auxois.

(2) Eodem^ B. 2752, chapitre intitulé : a Despense du pain demorant du siège de Viseneul. »

(3) Lettres du bailli de Dijon au bailli d*Anxois, en date du 2 novembre 1364, *• sur le fait des Compaingnies d s Yizenuel, qui s'estoient rendues salves leurs ^ea, et depuis s*en estoient venues pillant par aucunes parties du ducbié, ou il

ne l'empêchaient donc pas de déployer contre elles, en cas de besoin, la fermeté d'un homme d'ordre. De même, il était' loin d*encoarager les excès commis en maintes circonstances par ses propres soldats. S'il n*ayait pas la prétention de leur imposer une discipline austère, des habitudes et des scrupules que les mœurs de Tépoque n'exigeaient de personne, il n'entendait pas non plus qu'ils devinssent le fléau du pays dont il les constituait défenseurs. Ainsi les comptes du bailli d'Auxois mentionnent « neuf pillards des gens à l'Arceprestre, exécutez à Ava- Ion, par le temps du siège de yesignol(l), » c'est-à-dire sous les veux, et sans aucun doute avec le consentement de leur chef.

Ajoutons que, fidèle à ses habitudes, Cervole continuait à mettre sa bourse à la disposition du trésor ducal. C'est lui, par exemple, qui, ie 27 août 1364, avança les 2,500 francs d'or exigés par les Compagnies de l'Autunois pour la restitution de la forteresse de la Vêvre (2). Encore faut-il noter que, dans la longue énumération de ses services, nous nous bornons à relever ici les faits matériels, constatés par les documents authentiques dont la connaissance est venue jusqu'à nous. Combien d'autres nous échappent I Que de fois son action a dû se pi*oduire et son influence s'exercer sans laisser de traces écrites! D'après la chronique de Berne (3), l'attribution définitive de la Bourgogne à Philippe le Hardi souleva, parmi les Bourguignons eux-mêmes, des oppositions que l'habileté de l'Archiprètre parvint à conjurer. Rien de plus vraisemblable. La France entière était livrée aux intrigues navarraises, qui comptaient partout des fauteurs actifs, des partisans opiniâtres. Il ne pouvait en être autrement dans une province sur laquelle le roi de Navarre invoquait, avec quelque apparence de raison, des

droits spéciaux. Les uns se figuraient que, sous un tel maître, leur in-

avoient esté pris, si comme on disoit, et ue savoit on par quebc gens ne en quel lieu, pour aviser le dit bailli sur ce cas. » Archives de la Côie-dOr^ B, 1417, fi» 31, vo.

(1) Archwes de la Côte-d'Or, B, 2731.

(2) D. Plancher, t. III, PreuveSt p. ix. Voyez ce que nous disons plus loin sur cette affaire de la Vèyre.

(3) Nous en avons donné ci-dessus le texte et la traduction.

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dépendaDce serait mieux assurée, les autres, qu'ils auraient moins à craindre des Francs-Comtois et des Compagnies. La jeunesse de Philippe, son attitude, son éloignement entretenaient ces illusions, encourageaient ces espérances. Gervole ne les partageait pas, et sa position lui permettait de les combattre. Dès les premiers jours de juin {i) il avait, comme tous les grands vassaux du nouveau duc, reçu les lettres royales qui lui enjoignaient de rendre hommage à ce dernier entre les mains des mandataires investis de ses pouvoirs. L'Archiprêtre s'empressa de donner l'exemple de l'obéissance. Sans doute aussi, il utilisa ses relations de famille et d'amitié pour entraîner ceux qui hésitaient : il menaça de ses bandes redoutées ceux qui inclinaient à la révolte ; et peu à peu chacun se soumit au nouveau régime. Six mois à peine s'étaient écoulés depuis que le duc de Touraine avait quitté son commandement, et déjà le duc de Bourgogne pouvait prendre possession de ses Etats. Grâce au dévouement de Gervole , il trouvait devant lui le terrain déblayé sinon de tous, au moins des principaux obstacles, et le passé lui répondait de l'avenir.

(1) Les lettres de Charles V ordonnant anx grands vassanx du duché de Bourgogne de faire hommage à son frère, sont datées du Louvre près Paris^ le 2 juin 1364, comme tous les actes relatifs à Tinvestiture de Philippe le Hardi. On en conserve un grand nombre aux Archives de Dijon, B, 10511. Celles qui sont adressées à TArchiprêtre portent qu'il devra remplir les devoirs accoutumés, tant pour lui comme seigneur de Chàteauvilain, que pour ses beaux-fils les seigneurs de Thil et de Saint-Georges, dont il avait le bail.

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