RÉTABUSSSEHENT DE LA PAIX EN FRANGE ET EN BOURGOGNE
de TAutiinois. Lorsque Arnaud de Tallebarde se sentit exposé aux chances à'une lutte redoutcJ^le, il réfléchit, et, changeant d'attitude, il consentit à traiter avec TArchiprétre. C'est à Autun que les négociations devaient s'ouvrir. Elles furent longues et entourées d'une certaine solennité. Le mercredi onze décembre, Arnaud de Gervole était déjà parti de Thil pour se rendre au lieu du rendez- vous convenu (1), et le samedi 14, le duc écrivait encore « à monseigneur Jehan de Gourtiambles, a Ostun, où il estoit alez avec le signeur de Sombernon et autres, pour la journée de TArceprestre et de Talebardon, qui avoient journée de gaige (2) ». Que se passa-t-il? je ne sais; mais le résultat fut tel, qu'à compter de cette époque on ne trouve plus en Bourgogne la moindre trace de l'aventurier qui, depuis quelque temps, y répandait la terreur. Resté seul des capitaines dont nous avons eu l'occasion de parler, Guillampot ne tarda pas à tomber entre les mains de Jacques de Vienne, et subit le même sort que Guyot du Pin (3). Quant à Seguin de Batefol, toujours installé dans sa forteresse d'Anse, il se hasardait rarement à étendre ses pillages jusqu'au Ghalonnais. La présence du maréchal d'Audrehem, que le roi venait d'envoyer à Lyon (4], le tenait en respect, et d'habitude il se contentait de vivre aux dépens des pays avoisinant son repaire.
Ce concours de circonstances heureuses donnait un libre champ à la justice ducale* Elle ne faillit pas à sa tâche et redoubla d'énergie. Partout où des pillards se risquaient à tenter l'aventure, ils étaient saisis et livrés au bourreau. Dans le compte de l'exercice commençant
(1) ÂrcMoes de la Côte-4'Or, B, 1417, f^ 33, ro ; Compte de Dimanche de Vitel.
@) Eodem. D'après ces derniers mots, on pourrait peut-être admettre qu'il y eut un combat singulier entre Tallebardon et rArchiprêtre. Ce serait un incident bien curieux; mais Thypotbàse repose sur une si faible donnée que nous n'osons pas insister dayantage.
(3) D. Plancher, t. III, p. 21.
(4) Lettre de rémission, datée de Lyon, au mois de juin 1365, et accordée par le duc Philippe à Jehan de Lomes, lequel « estant avecques les autres gens de nostre très-chier bon amy le mareschal d'Audenehem, en garnison à Lyon » ayait été pris « par aucun des ennemis estant à Anse. » Bibliothèque de la ville de Dijon.
au 1^' novembre 1364, Dimanche de Yitel a été obligé d'introduire on nouveau chapitre intitulé : «Exécutions de plusieurs personnes exécutées et justiciées pour leurs démérites (1). » Le nombre des individus inscrits sur ce nécrologe est vraiment considérable. Quelques-uns sont des criminels de droit commun, parmi lesquels des gentilshommes, des chevaliers, appartenant aux meilleures familles du pays, par exemple Ferry de Chardoigne, exécuté à Semur, et Miles de Montanteaume, exécuté à Autun. Mais la grande majorité des condamnations frappe les gens des Compagnies, arrêtés isolément ou par petits groupes» GasconS; Bretons, routiers de provenance diverse, débris épars des bandes détruites ou éloignées. Contre ceux-là, les juges épuisent tous les genres de supplice usités au xiv* siècle. Ils sont « condempnez... à morir, c'est assavoir, les uns à pendre, les autres à trayner et pendre, les autres à noier et les autres à coper les testes )>. La direction de cette croisade, sanglante revanche d'une société exaspérée par tant de misères, parait avoir appartenu au bailli de Dijon, au futur prévôt de Paris, Hugues Aubriot (2). Nul ne déploie plus d*activité dans les poursuites. Nul ne se montre plus sévère dans la répression.
Avec des fonctionnaires de cette trempe, le jeune duc de Bourgogne n'avait qu'à laisser faire. Il pouvait leur abandonner sans crainte le soin 4c rétablir chez lui un peu d'ordre et de sécurité. Aussi se préparait-il à quitter ses États. Il y était d'ailleurs autorisé par un motif plausible. Le brusque départ de du Guesclin pour la Bretagne et la défaite qu'il subit à Auray, avaient rendu aux Navarrais le courage et l'espérance. Ils se jetèrent aussitôt sur la Champagne et sur la Normandie, où ils remportèrent des succès inquiétants (3). Vers la fin de l'année 1364, ils occupaient entre autres une ligne de forteresses qui s'étendait de la Seine à ITonne, et commandait le cours de ces deux
(1) Archives de la Côte-d'Or, B, 1417, f» 52, vo, à 55, 7<>.
(2) Notice sur Hugues Aubriot, par J. Simonnet, p. 21 et saivantes, texte et notes.
(3) Voyez dans les Mandements et actes de Charles F, publiés par M. L. Delide, le mandement du 11 octobre 1371, p. 422. Il n*y est question que de la Normandie; mais les mêmes causes amenèrent en Champagne le môme résultat.