RÉTABUSSEHENT DE LA PAIX EN FRANGE ET EN BOURGOGNE
voies navigables (i). Désirant les débusquer sans retard de positions aussi nuisibles à Tapprovisionnement de Paris, Charles Y nomma le comte de Tancarville lieutenant du roi aux parties de Champagne et de Brie. Tancarville devait inaugurer la campagne en essayant de reprendre les deux places voisines de Nogent- sur -Seine et de MaroUes (2). De son côté, le duc Philippe s'était chargé de lui conduire les renforts qu'il parviendrait à tirer de la Bourgogne et même de la Franche-Comté. Son mandement indique Chatillon comme lieu, et le 9 janvier 1365 comme date de réunion (3). Plusieurs historiens énumèrent les noms des seigneurs qui répondirent à son appel. Aucun ne mentionne rArchiprétre. Pourtant il ne pouvait manquer et il ne manqua pas de prendre part à une expédition dirigée par son protecteur et ami, le comte de Tancarville. On lit, en effet, dans un manuscrit de la collection Clairambaut l'analyse d'une quittance suivant laquelle « Arnaut de Cervole, chevalier, reçoit de Nicolas Odde , trésorier des guerres... en cette présente guerre de Champagne et de Brie, 517 1. 10 s., au siège sur le pont de MaroUes-sur-Seine, le 28 mars 1364 (ancien style)» (4). Ce fait offre à nos yeux une double
(i) Outre Nogent-8ur-Seine et MaroUes, dont nous allons parler, les Navarrais s'étaient rendus maîtres de Saint-Aubin-sur-Yonne et de CéBy, près Joigny. Us occupaient en outre Tralnel, Bouy et Vaurenier, dans l'Aube, et Migé dans ITonne. Voyez le traité qui mit fin à la guerre, Mandements et Actes de Charles K, p. 107. Comparez ArcMoes de VYonne, V, 548, lettres du bailli de Sens, relatives au rachat des forteresses de Césy et de Saint- Aubin, et lettres du lieutenant de « Gauchier de Vannes, général, maistre des monaies du royaume de France », relatives au rachat du fort de Migé.
(2) Mandements et Actes de Charles V, p. 130-131, décharge accordée à Tancarville.
(3) Archives de la Côte-d'Or, B, 1417, f» 34, v<>. Parmi les seigneurs convoqués par le duc, je remarque plusieurs Francs-Comtois, Hugues et Louis de Ghalon-Arlay, le sire de Montmartin, Hugues de Rigney, Jean ^e Bourgogne, etc.
(4) Bibliothèque MUionale ^ ms. collection Clairambaut, vol. I•^ fo 42. L^analyse se termine par ces mots relatifs au sceau appendu à la pièce analysée : « un cerf et une bordure de gg (gueules?) de seize besans; support, deux lions; cimier, une teste et un col de cerf. «
importance. Outre qa'il ajoute à la biographie de notre personnage im trait jusqu'alors inconnu, il démontre que TArchiprêtre resta complètement étranger à d'autres événements qui s'accomplirent à la même époque, et dans lesquels certains auteurs lui attribuent un rôle qu'il était incapable de jouer.
Courtépée imagine de prétendre que c'est Arnaud de Gervole qui, au début de l'année 1365, s'empara tout à coup de Villaines-les-Prévôtés (1), et força le duc Philippe de quitter l'armée de Tancarville et de rentrer en Bourgogne, afin de protéger ses États contre les bandes de « son amé et féal compère ». Or il résulte de documents certains que Villaines^les-Prévôtés fut pris vers « le dimoinge avant les Feux», 23 ou 24 février (2) ; que le duc, revenu à la hâte, convoqua ses vassaux à Ghâteauneuf, le 21 mars (3) ; que le siège commença presque immédiatement et qu'il se prolongea jusqu'au 6 mai suivant , époque où les assiégés rendirent la place (4). En rapprochant ces dates précises de la quittance relatée ci-dessus, il est difficile de conserver le moindre doute. Comment admettre que l'Archiprôtre se soit trouvé, à la fois, en Champagne, combattant les Navarrais, et en Bourgogne, imitant leur exemple? S'il fallait une autre preuve pour corroborer cet alibi, nous la trouverions dans des lettres de rémission émanant de Philippe lui-même (5). Ces lettres, données à Dijon au mois de juin 1365, exposent l'accusation portée contre un individu, nommé Gilet, « accoutumé
(1) Nouvelle édition, t. III, p. 465. M. Ernest Petit, auquel je dois tant d'indications précieuses, a eu le tort de suivre le sytème de Courtépée dans son excellent livre sur les Sires de Noyers^ p. 186.
(2} Du moins, c'est le dimanche avant les Feux, ou, comme nous dirions aujourd'hui, le dernier dimanche avant le carême de 1365, que le bailli d'Auxois transmet aux capitaines des places de son bailliage la nouvelle de la prise. ArcMves de la Côte-d'Or, B, 2751.
(3) D. Plancher, t. III, p. 13.
(4) Courtépée, loco citato,
(5) Bibliothèque de la ville de Dijon, recueil manuscrit (xiv« siècle) de lettres du dac Philippe le Hardi. Je dois la connaissance et la copie de ces lettres, ainsi que de toutes celles empruntées au même recueil, à Tobligeance de mon ami, M. Emest Petit, membre du conseil général de l'Yonne.