RÉTABUSSEMENT DE LA PAIX EN FRANGE ET EN BOURGOGNE
de Viilemur. Voilà l'homme qui, après avoir contribué à la prise de Yillaines, gagna les tendres sympathies d'Agnès de Bazoche. Et le duc ferme les yeux ! Il est blasé sur de telles mœurs, parce qu*à chaque instant il en trouve de nouveaux exemples.
Mais un autre motif, déjà signalé par D. Plancher, encourageait Faudace des Navarrais. Ils avaient concerté leur expédition avec « les Comtois mécontents qui, sans avoir égard à la trêve ordonnée par le roi du consentement de la comtesse Marguerite, continuaient les hostilités contre le duc de Bourgogne (1) ». Au moment où Tarmée ducale commence le siège de Yillaines, Jean de Neufchatel, Tancien et fidèle allié du roi de Navarre, le serviteur pensionné d'Edouard III, attaque Pontailler-sur-Saône et parvient à surprendre cette ville. Ici encore le rapprochement des dates parait significatif. C'est le 21 mars 1365 qu'a eu lieu la réunion de Ghàteauneuf ; le 24 (2), Philippe le Hardi envoie un messager « pourter lettres hâtives... à Semur, vers mons. Jaque de Vienne, contenant qu'il s'en retournast à Dijon , ensamble toutes ses gens d'armes, pour le fait de la prise de Pontoillier, dont nouvelles estoient venues à mon dit seigneur ». Mais l'attaque des Comtois était si téméraire, si imprudemment combinée que les seigneurs bourguignons, accourus sur les bords de la Saône, n'eurent pas besoin d'attendre l'arrivée des renforts demandés à Jacques de Vienne pour remporter un succès complet, pour obtenir un résultat décisif. Des lettres ducales datées du « xxvi* jour de mars cccLxnn» (ancien style) (3), deux jours
(1) D. Plancher, t, III, p. 13.
(2) Archives de la Côte-ffOr, B, 1417, f» 35, vo. Les historiens bourguignons racontent assez exactement la prise de Pontailler et la dernière aventure de Jean de Neufchfttel. Mais , en général , ils donnent à ces deux faits une date vague ou inexacte, ce qui les conduit à en dénaturer le caractère. Cependant aucun doute n*est possible. Les dates précises sont écrites en toutes lettres dans le Compte de Dimanche de Vitel. h n*y a qu*à convertir le mois de mars cccLxnii , en mars 1365, parce que, cette année, Pflques ne tomba que le 12 avril {eodem, P» 36, ro), et que Dimanche de Vitel, suivant Tusage de son époque, ne commence qu*au 12 avril à employer le millésime ccclxv.
(3) Eodem, f» 54, r».
seulement après Tenvoi du message qui précède, ordonnaient de rembourser c( à plusieurs hostelainz de la ville d*Auxonne... les despans de mons. Guillaume d'Aigremont , mons. Guy de la Trymoille, de Guiot de Baux et des autres gens d^armes de leur compaignie, estanz à Auxonne» pour le fait de la prise de mons. Jehan de Neufchastel et de ceux de sa compaignie, que les dessus diz avoient poursuys, jusques à ce qu'il les amenèrent audit lieu. » Ainsi Jean de Neufchatel, entraîné par la fougue de son caractère et Tardeur de sa haine, était venu se jeter en quelque sorte dans la gueule du loup. Sa faute lui coûta cher. Guy et Guillaume de La Trémouiile, auxquels il s'était rendu, le livrèrent au duc moyennant la promesse d'une indemnité de 8,000 florins. Pendant que ses compagnons d'infortune étaient dirigés vers Ghalon (I), il fut conduit sous bonne garde à Semur, et vit se fermer derrière lui les portes du sombre donjon où. cinq années auparavant ses amis, Girard de Mairey, Jacques de Baudoncourt et autres avaient terminé leur carrïère : lui-même ne devait plus en sortir. En vain les historiens francs-comtois s'obstinent à soutenir qu'il recouvra sa liberté et qu'il mourut paisiblement dans ses foyers (2). Chaque année, depuis sa capture, les Comptes de Dimanche de Vitel et ceux du bailli d*Auxois enregistrent les « deniers bailliez... à |rhiebaut Le Fort, chastelain de Semur, sur la despance de mons. Jehan de Neufchastel estant en prison audit lieu ». Sa détention durait encore le 27 août 1369, puisqu'on acte conservé aux archives du Jura (3) constate qu'à cette époque ses amis, en tète desquels figure comme toujours Henri de Longwy, sire de Rahon, réglaient les conditions de sa délivrance avec les gens du
(1) Archives de la Côte-d'Or, B, 3567, fo 14, v». Le bailli de Ghalon, d'après les ordres du duc, envoie « Guillaume de Marigny et plusieurs autres gens d*armes... de Seurre à Dijon, pour emmener de Dijon à Ghalon certains prisons qui avoient esté pris avec mons. Jehan de Neuf-Ghastiaul. »
(2) Peu importe qu'en 1366 il ait confirmé les franchises de son bourg de Roulans. G*est un acte qu'il a parfaitement pu souscrire sans sortir de prison.
(3) Get acte a été signalé et analysé par M. Finot dans sa brochure sur les Incursions des Anglais et des grandes Compagnies en Bourgogne, p. 90. Mais il n*a pas la portée que lui donne M. Finot.