‹ L'Archiprêtre: épisodes de la guerre de cent ans au XIVe siècleChapitre 22 sur 36 · BÉTABLISSEMENT DE LA MIX EN FRANCE ET EN BOURGOGNE · texte numérisé non relu

BÉTABLISSEMENT DE LA MIX EN FRANCE ET EN BOURGOGNE

conseil ducal. L'occasion semblait heureusement choisie. Philippe le Hardi venait d*épouser Marguerite de Flandre. Les deux Bourgognes allaient se trouver encore une fois réunies sous le même mattre, et la grâce de Jean de Neufchatel, en effaçant la dernière trace des anciennes luttes, eût inauguré le nouvel ordre de choses par une de ces mesures de clémence que Tusage recommande en pareil cas. Néanmoins le duc hésita à ratifier les dispositions souscrites par son conseil. Ni la naissance, ni la bravoure du captif, ni Tintérét qu'inspirait le triste sort de Jeanne de Faucogney, sa jeune et belle épouse, ne permettaient d'oublier la longue série de maux qu'il avait fait subir à la France et au duché. Jusqu'alors incorrigible, était-il réellement corrigé? Quels qu'aient été les motifs, le résultat ne saurait faire l'objet du moindre doute. Dans un traité conclu avec Guy et Guillaume de la Trémouille, Philippe le Hardi déclare expressément (1) qu'il leur doit 8,000 d'or, « par accord fait de nous à eulx pieça, pour cause de la prise qu'ils firent devant Pontailler de feu messire Jehan de Neufchastel, jadis chevalier^ et de sa rançon, dont nous leur promismes rendre et payer ladite somme, pour ce que nous le preismes et meismes hors de leurs mains, et desteinmes en nos prisons, où il a été mort avant que nous eussions ordonné de lui en la manière que nous l'entendions à faire. » Jean de Neufchatel ne profita donc pas du traité provisoire conclu par ses amis, le S7 août 1369. Il mourut au donjon de Semur le 10 septembre suivant, avant d'avoir recouvré la liberté (â). On dirait même que la nature de cette mort inopinée excita quelques soupçons.

(1) D. Plancher, t. III, Preuves^ no l. Comparez, eodem, n» lxv, une autre pièce émanant de Philippe le Hardi, dans laquelle, à propos de Jeau de Neufchatel, il est dit que le duc « Ta tenu par longtemps son prisonnier en son cbastel ou donjon de Semur, auquel ledit messire Jehan, tenant illec sa prison, est allé de vie à trespassèment. »

(2) Mémoires pour servir à VMstoire de France et de Bourgogne^ t. Il, p. 36, note B. « Il est dit dans un compte de Nicolas de Gourbeton que messire Jean de Neufchastel, prisonnier au donjon de Semur, mourut le 10 septembre 1369. » J*avoue que je n*ai pasTérifié cette indication sur la pièce originale, mais elle est tellement précise, et concorde si bien ayec les renseignements ci-dessus, que je la tiens pour absolument exacte. «

300 CUAPITRB X (4364-! 365).

D. Plancher a publié le texte d'une cédule ou obligation consentie par la sœur de Jean, « Isabel comtesse et dame de Neufchatel. » Dans cet acte, le duc Philippe a soin de stipuler que ladite dame renonce à toute plainte, à toute réclamation « à cause de la prise, détenue, empêchement ou mort » de son frère (1). Au xrv* siècle, il arrivait parfois qu'un prisonnier embarrassant mourait tout à coup dans les fers sans l'intervention officielle du bourreau.

La comtesse Marguerite n^était pour rien dans l'échauifourée de Jean de Neufchatel. Depuis le 25 juillet 1364 elle avait réglé, sous la médiation de Charles V, tous les points litigieux réservés par les préliminaires de paix. Ses relations personnelles avec Philippe le Hardi devinrent si amicales qu'on vit les fonctionnaires ducaux « aler outre-SaAoe pour les besoignes de madame de Flandres (2) ». Il s'en fallait de beaucoup que tous ses sujets partageassent les mêmes sentiments. Un certain nombre de seigneurs francs-comtois continuaient à traiter le duché en pays ennemi. D'un autre côté, le comte de Montbéliard, n'ayant pu obtenir du roi de France le redressement de ses prétendus griefs, ne se considérait plus comme lié par les trêves et se disposait à recommencer la guerre. Dès qu'il apprit la déroute et l'emprisonnement de son neveu, il tint à honneur de le venger. A peine les troupes ducales avaient-elles chassé les soldats de Jean de Neufchatel hors des murs de Pontailler, « que aucunes gens se mettaient en peine de le repanre (3). » Au mois d'avril 1365, le bailli de Ghalon prévient les châtelains de Sagey et de Guisery « que messire le duc avoit mandez par ses lettres audit bailli que le conte de Montbéliard et ses alliés chevauchoient encontre mons. le duc (4) ».

C'est alors sans doute qu Henri de Montfaucon parvint à s'emparer de ÇhaussiU; qui était toujours l'objet de ses regrets ou le prétexte de ses rancunes. Je ne vois pas d'autre époque à laquelle on puisse rattacher deux faits attestés par des documents cer-

(1) D. Plancher, t. III, Preuves, n« lviu.

(2) Archives de la Côie-^Or, B, 1417, i9 41, r«, mention inscrite au 25 avril 1365. (3; Eodem, f« 36, r*, mention au 18 avril 1365.

(4) Archives de la Côte-d'Or, B, 3567, fo 14, v*, CompU du baiUi de ChaUm.

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