RÉTABUSSEMENT DE LÀ PAIX EN FRANCE ET EN BOURGOGNE
tains (1), à savoir : qu*un traître, du nom dePerrin Géliote, livra Chaussin aux ennemis de la Bourgogne, et que le comte de Montbéliard, devenu maître de la place, fit subir à ses anciens vassaux des traitements dont la barbarie caractérise les mœurs du xrv" siècle. Dix ans plus tard, le pays conservait la trace profonde des maux qu'il avait endurés, si bien qu'en 4375 Tadministrateur de la terre de Chaussin renonçait à y percevoir les rentes ou censives féodales dues par les habitants, « pour ce que, dit-il, ceux et celles qui souloient tenir les terres sont morz ou alez aultre part demourer, pour cause des guerres et de la prise de Chaussin, qui, par certain temps, a demeuré en la main du comte de Montbéliard, et ont laissé les dites terres en désert. » C'est à la même époque et aux mêmes circonstances que se réfère le message du 5 mai 1365, dont nous avons parlé au début du précédent chapitre, et par lequel deux seigneurs bourguignons avertissaient le duc , en résidence à Rouvres, « qu'il fust bien avisez de son corps garder pour aucunes nouvelles qu'ils avoient eues d'outre-Saone (2). » L'audace des assaillants ne connaissait plus de bornes, et le temps était venu d'y mettre un frein. Aussi le duc Philippe ne se borna pas à convoquer le ban et l'arrière-ban de la Bourgogne; il écrivit à tous les personnages, à tous les officiers royaux dont il pouvait attendre un prompt secours (3), et notamment au comte de Blamont, à Hugues et Louis de Chalon-Arlay, à Geoffroy du Bouchet, à Louis de Sancerre, à Guillaume d'Harcourt, à Guy le Baveux, aux gouverneurs de Blois et d'Orléans, à l'évêque de Troyes, au bailli de Vitry, à Jean de Vienne, sire de Roulans, à Jean de la Rivière, à Charles de Bouville, au sire de Beaujeu, à Jean de Vergy, à Guillaume le Bâtard de Poitiers, à Jean de Bourgogne, le beau-frère de l'Archiprétre , etc. Mais, tout à coup, voici des lettres expédiées aux mêmes pei*sonnes, « par les quelles mon dit seigneur, qui, par ses autres lettres les avoit mandez, les contremandoit. » Bien que la cause de ce changement subit ne soit pas indiquée par les documents qui le constatent, elle est facile à saisir. Unis
(1) ItwerUaire sommaire des Archives de la Côte-d'Or, t. II, p. 75 et 76.
(2) Archives de la Côte-d'Or, B, 1417, fo 36, vo.
(3) Eodem, f» 37, ro et v» (mai 1365).
dans un même dessein de conciliation , Charles Y et la comtesse Margaerite avaient interposé leur autorité. De nouvelles négociations s'étaient ouvertes. D. Plancher (1) dit que Sombemon conclut d'abord un arrangement provisoire avec le comte de Montbéliard. On les voit, en effet, dès le mois de juillet 1365, échanger des messages qui supposent une suspension d'hostilités. A cette époque, Henri de Montfaucon est sur les bords du Rhin, à Bâle (2) ; il ne parait plus songer à guerroyer en Bourgogne. Néanmoins, le traité qui posa les bases d'un règlement définitif entre les parties belligérantes ne fut arrêté qu'an mois de décembre suivant (3). Cette fois, le comte de Montbéliard recueillit le profit de sa longue ténacité. Il fit reconnaître qu'il avait droit à la moitié de la terre de Ghaussin. Seulement il promit d'abandonner cette moitié indivise avec la comtesse Marguerite, à la condition que celle-ci lui délivrerait en échange des domaines d'une valeur égale. Le roi Charles V, de son côté, se chargea d'indemniser la comtesse. Il attachait tant d'importance à la paix qu'il consentit à en supporter les dépens (4). Telle fut la conclusion de débats et de luttes dont l'origine remontait au temps d'Eudes IV. Encore fallait-il que l'échange convenu s'accomplit sans obstacle^ Quand tout fut terminé (5), quand le comte de Montbéliard, satisfait de son lot, remit la forteresse de Ghaussin entre les mains amies et sûres de Marguerite de France, la nouvelle de ce résultat, plus heureux que brillant, fut accueillie avec joie par le gouvernement ducal. On supposa qu'elle produirait à la cour une impression analogue, et aussitôt un courrier partit de Dijon
(1) Tome III, p. 15.
(2) Archives de la Côte-d'Or, B, 1417, i9 39, ro.
(3) « Jeudi jour de Noël (1365}, » un messager parti de Dijon , va « porter lettres closes du gouverneur à mons. le duc à Paris, sur le fait des trêves prises et accordées entre le comte de Montbeliart, ensemble la copie desdites trêves. « Eodem, B, 1423, ^ 31, r».
(4) Voyez D. Plancher, t. III, Preuves, n» xxxn. Pour indemniser la comtesse, Charles V lui céda la terre d'Ârcies en Champagne.
(5) Voir lettres de la comtesse, en date à Paris du 23 février 1365 (ancien style), relatives à réchange dont il s'agit, et lettres postérieures du comte de Montbéliard qui accepte. Archxoes de la Côte-d'Or, Recueil Peincedé, t. XXVIII, p. 75.