PROJETS DB CROISADE, L*ARGHIPRÊTRE A METZ ET EN ALSACE
décidant par la persuasion, soit en les contraignant par la force à marcher contre les Turcs ou autres infidèles. L'empereur est convaincu que rillustre roi Louis de Hongrie, notre très-cher fils en Dieu, fournira dans toute l'étendue de son royaume un libre et sûr passage aux dites Compagnies. En conséquence, il offre de subvenir, à ses propres frais, aux dépenses qu'entraînera leur nourriture depuis leur sortie de France jusqu'à l'entrée de la Hongrie, et sans qu'elles aient besoin d'y pourvoir elles-mêmes. Il demande seulement que la volonté du roi de Hongrie soit constatée par des assurances positives. C'est pourquoi Nous et l'empereur avons choisi noble homme Amoul, sire d'Andréhem, votre maréchal, et l'avons envoyé vers le roi de Hongrie luimême, avec mission d'obtenir son consentement exprès et la certitude qu'il accueillera les Compagnies susdites.' Si pourtant il leur refusait le passage à travers ses États, nous avons statué qu'elles seraient transportées aux pays d'outre-mer par les vaisseaux des Vénitiens ou d'une autre puissance maritime de l'Italie, ce qui néanmoins serait plus long et plus difficile. Pour couvrir les frais de leur transport, l'empereur ofi're généreusement la moitié des revenus de son royaume de Bohême pendant trois années consécutives. Enfin, Nous notifions ces détails à Votre Majesté, afin que, sans aucun retard, vous vous entendiez avec les Compagnies se trouvant en France, et qu'an retour du maréchal d'Audrehem elles soient prêtes à prendre le chemin de l'Allemagne ou celui de l'Italie, suivant que le roi de Hongrie consentira ou non à les recevoir. — Donné à Avignon le V des ides de juin (1365). » Ainsi le passage des routiers au delà du Rhin demeurait subordonné à la décision du roi de Hongrie. Mais cette décision ne paraissait pas douteuse aux yeux de l'empereur : credens indubte, dit le texte latin de la lettre pontificale. Etait-ce une erreur? L'ambassade du maréchal d'Audrehem n'eut-elle pas les résultats qu*on espérait? Rien ne l'indique ; au contraire, Froissart affirme que le roi Louis réclamait avec instance le secours des Compagnies: il ne se bornait pas à leur permettre le trajet de son royaume, il leur off'rait d'utiliser leurs services et de seconder leurs efi'orts. « Adonc avoit un roi en Honguerie qui les voulsist bien avoir de-lez lui, et les eust trop
bien embesognés contre les Turcs^ à qui il guerroyoit et qui loi portoient moult de dommages... (1). » Ce renseignement du chroniqueur concorde avec plusieurs autres faits certains. En juin 1365, le pape accorde au roi de Hongrie la publication d'une croisade spéciale contre les Turcs d'Europe (2). Au début de Tannée 1366, Urbain y répète à diverses reprises dans sa correspondance que ce même roi brûle d'attaquer les infidèles par la voie de terre, pendant que le roi de Chypre et le comte Amédée de Savoie les attaqueront par la voie maritime (3). Si les routiers n'ont pas suivi l'itinéraire que l'empereur et le souverain pontife préféraient comme le plus court et le moins difficile, c'est qu'un obstacle imprévu vint se jeter à la traverse, et cette éventualité semblait d'abord tellement improbable que les dispositions préparatoires , arrêtées publiquement, n'en tinrent aucune espèce de compte. L'Archiprètre se mit en mesure de concentrer les Compagnies dans une contrée voisine du Rhin, à proximité du lieu où il comptait franchir ce fleuve. Ni le pape, ni le roi, ni le duc de Bourgogne, ni même l'empereur ne le détournèrent de son plan. Le point de départ adopté par lui répondait aux espérances et aux désirs de tous.
Il y aurait autant d'intérêt pour l'histoire générale que pour la biographie d* Arnaud de Cervole à connaître exactement les bandes avec lesquelles il traita, l'endroit précis où elles commencèrent à se rassembler, leur nombre, leur organisation et la route que suivit chacune d'elles avant d'arriver, comme nous le verrons bientôt, sur les confins du Barrois, de la Lorraine et du pays messin. Les chroniqueurs parlent d'une véritable armée : ils s'accordent à lui attribuer un effectif énorme. Cependant son origine, sa composition et ses premiers pas sont enveloppés d'une obscurité presque complète. La portion des comptes de l'administration bourguignonne correspondant à l'époque
(1) Froissari-Buchon, t. !•', p. 502.
(2) « Eodem anno, in menée janii, dominus papa concessit régi Hungariœ, prsdicationem cnicis contra Turcos. » Baluze, Vit. pap. Aven., t. I»', p. 405.
(3) Annaies eccl, d^Odoric Rayn., ad annum 1366, § 1 et suivants.
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OÙ les faits qui pourraient nous éclairer ont dû s'accomplir, garde le silence à leur égard, comme s'ils s'étaient passés en dehors de la • province. Tout au plus quelques mentions, relevées çà et là, nous montrent TArchiprètre disputant à la justice ducale un écuyer, nommé Jean de Gomouailles, qu'il voulait, je suppose, emmener avec lui (i). C'était un aventurier de quelque valeur ; car Jacques de Vienne, sire de Longvy, recommandait de le traiter dans sa prison avec certains égards, et prescrivait «c qu'il ehust par jour deux pintes de vin, une bonne pièce de char, et du pain blanc tant comme il en pourroit manger». De son côté, TArchiprétre écrivait au duc en faveur de Cornouailles w et tendoit à sa délivrance », tandis que le bailli d'Auxois protestait, en rappelant les nombreux méfaits du captif, en appuyant de son témoignage les justes plaintes formulées par « aucuns seigneurs du pays ». Un jour Gornouailles fut conduit à Dijon, où' l'inflexible Aubriot le fit exécuter (2).
Les Registres secrétartaux de la ville de Màcon nous révèlent un incident plus curieux et plus instructif (3). Il s'agit de négociations ouvertes en 1365, « pour le profflt de la ville et du pays, » entre le bailli ducal et le chef d'une des Compagnies qui depuis longtemps infestaient les environs. Celui-ci était un capitaine anglais, que les mentions desdits registres désignent sous le nom, probablement altéré,
(1) Archives de la Côte^'Or^ B , 2751 , Compte de Guillaume de Clugny , bailli d'Auxois. Mentions sous la date des 24, 25, et 27 mai, !«' et 27 juin 1365.
(2) Archives de la Côte-ttOr, B, 1417, ^ 38, ro; 25 juin 1365, lettres du duc au bailli d'Auxois, « contenant que tantôt il amenast de (pour à) Dijon sehurement Jeban de Gomouailles pour le exécuter à Dijon. » Comparez la Notice de J. Simonnet sur Hugues Aubriot, page 22.
(3 Les mentions analysées ci-dessus sont extraites du Registre secrétarial, coté BB, 2. Elles ont été publiées pour la première fois par M. Michon, archiviste de Saône-et-Loire : Revue des sociétés savantes , 1870, t. !•', p. 165-166. Malheureusement, elles ne donnent pas la date précise des faits qu'elles rappellent. Mais des indices sérieux nous autorisent à croire que ces faits se rapportent à Tannée 1365. Ce qn*il y a de certain, c'est que les dépenses auxquelles ils ont donné lieu ont été acquittées an début de Tannée suivante : le dernier mandat de paiement est du 3 mai 4366.
de Fillefort. Il se rendit à Màcon, et, après quelques pourparlers, moyennant quelque indemnité pécuniaire, il consentit à renoncer au métier de pillard et à suivre en Orient Tarmée que rassemblait Arnaud de Gervole. Bientôt arriva rArchiprètre lui-même^ soit pour vaincre les dernières hésitations de Fillefort, soit pour arrêter avec lui les conditions expresses de son incorporation à la croisade. Il avait, d*aiUeurs, une autre affaire à régler dans ces parages. Il y attendait un représentant de la cour pontificale, avec lequel il tenait à s'entendre sur un point essentiel. La plupart des routiers qu'il essayait d'enrôler sons ses drapeaux réclamaient, comme appoint du marché débattu, Tabsolution plénière de leurs fautes antérieures. Il fallait nécessairement souscrire à leur exigence et calmer, par une promesse formelle, les scrupules un peu tardifs de leur singulière dévotion. Qu'on juge, après cela, les hommes et les choses du xiv* siècle selon les idées et les mœurs du xix* ! Un légat vint en personne à Màcon apporter la réponse d'Urbain V. Elle était, parait -il, absolument satisfaisante. Gervole obtint ce qu'il voulait; et dès lors, grâce à son intervention empressée, tout finit par s'arranger au mieux des intérêts de la ville, si bien que les bourgeois d'icelle payèrent avec reconnaissance les dépens qu'avait occasionnés le séjour en leurs murs de Fillefort, de TArchiprêtre et du légat. Mais, en définitive, Fillefort, comme Jean de Gornouailles, n'était qu'un routier de deuxième ou de troisième ordre, tandis que nous aurons occasion de constater (1) qu'Arnaud de Gervole embaucha les bandes les plus redoutables et les plus redoutées, les capitaines les plus tristement fameux de l'époque. Une notable portion de l'étatmajor des Gompagnies consentit à entrer dans les cadres de son armée. Gomment parvint-il à résoudre ce difficile problème? Par .quels efforts de patience et d'habileté? Voilà ce qu'il faudrait savoir et ce qui nous échappe. Les Grandes Chroniques disent bien (2) que le roi et le pape mirent à sa disposition les sommes dont il eut besoin « pour faire vuidier les dites Gompagnies hors du dit royaume ». Fidèles à leurs habi-
(1) Voir au chapitre suivant.
(S) Tome YI, p. t41.
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iudes de laconisme, elles ne fournissent aucun autre détail. Ajoutons que le concours du pape, et sans doute aussi celui du roi, ne se borna pas au versement de larges subsides. Us traitèrent personnellement, directement avec certains capitaines, sous la condition que ceux-ci prendraient part à l'expédition dirigée par TArchiprètre. Un exemple de stipulations de ce genre se rencontre dans le pacte conclu entre Urbain Y et Seguin de Batefol au sujet de la reddition des ville et forteresse d*Ânse (1). Le roi des Compagnies était un trop grand personnage pour se mettre aux ordres de son compatriote,, du petit gentilbdmme périgourdin , qu'il considérait comme son inférieur en naissance et en mérite. Il préféra passer les Pyrénées, afin d*y réclamer au roi de Navarre une indemnité dont il se prétendait créancier légitime. Son insistance lui coûta cher. Charles le Mauvais se débarrassa d'un visiteur importun au moyen d'une dose de « réagal », qu'il lui fit administrer « en coings ou en poires sucrée.s, ne scet lequel (2) ». Mieux avisés que leur chef, une partie des routiers que commandait Seguin de Batefol manifestèrent l'intention d'entreprendre le grand voyage d'outre-mer, « avec les autres qui y doivent aller en compaignie de l'Archiprétre; » et, suivant l'usage adopté, le pape leur promit qu'en échange il leur octroirait l'entière absolution de toutes les fautes qu'ils avaient commises.
Au milieu de ces négociations et de ces préparatifs, Arnaud de Cer* vole ne négligeait pas le soin de ses propres intérêts. Avant de se lancer dans les dangers de la croisade, il s'occupa d'apurer ses comptes avec le trésor ducal. On se rappelle que, le 27 août 1364, il avait avancé les 2,500 francs d'or nécessaires au rachat de la forteresse de La Vèvre (3). Le désir d'obliger son compère le duc Philippe ne l'em-
(1) Le texte de ce traité a été publié par M. Allut (Les Routiers et la bataiUe de Brignais, p. 157-159.) Une porte pas de date ; mais une des stipulations qu'il conttent indique qu'il a été conclu au mois de juillet 1365.
(2) Grandes Chroniques, t. YI, p. 429. « Réagal, » dit M. Paulin Paris en note de ce passage, « arsenic rouge. »
(3) Pour tout ce qui concerne l'affaire de La Vèvre , il faut consulter les pièces publiées par D. Plancher, t. III. Preuves n^ ix, x, xu et xnr. Toutes les
3i2 CHAPITRE XI (4365).
pécha point de prendre les précautions usitées en pareil cas. Guy de Pontailler, maréchal de Bourgogne , et Guy de Montigny, bailli d*Autun, se portèrent cautions vis-à-vis de lui. En outre, une convention formelle Tautorisait à tenir « la dite forteresse en sa main et à la gouverner » par lui ou par « ses gens». Malgré tant de garanties, quand il entrevit le moment du départ, il tint à rentrer dans ses fonds et à retirer de La Vévre la petite garnison à laquelle il en avait confié la garde; il réclama son remboursement immédiat. Toujours besoigneux d'argent, le duc de Bourgogne se trouva fort en peine de satisfaire à cette demande. Il avait compté sur le produit d*une imposition spéciaile établie dans TAutunois. Mais les contribuables s'étaient montrés «du tout rebelles et désobéissants ». Ils invoquaient, pour se soustraire au paiement de la taxe, une longue kyrielle de motifs plus ou moins plausibles. Le duc fut contraint de solliciter plusieurs délais successifs, qui prolongèrent Téchéance jusqu'au jour de Pâques (12 avril) 4365. A ce dernier terme, Gervole n'ayant rien reçu, somma les cautions de a tenir ostaiges à Ghàteauvilain à certain nombre de chevaux », comme elles s'y étaient obligées par l'acte d'emprunt. Le maréchal de Bourgogne, Guy de PontailJer, alors retenu par les affaires de sa charge, crut se tirer d'embarras en envoyant son frère, avec six chevaux, se constituer prisonnier entre les mains de l'Archiprétre. Celui-ci ne se laissa pas désarmer par cette demi-concession. 11 exigea que le maréchal vint en personne àChâteauvilain, où il le retint « par long temps »; et « finalement », dit le duc dans une de ses lettres, <( pour doubte du dit messire Amault, qui nostre dit maréchal tenoit en sa puissance et le menaçoit de l'envoyer prisonnier en son chatel de Lorraine, nostre dit maréchal se est obligé par sa foy envers le dit messire Amault, de li rendre et payer, dedans la feste Notre-Dame en aoust prochainement venant, ce qui encore li est deub. » Ce n'était pas uniquement sa créance originaire qu'Arnaud de Gervole prétendait recouvrer. 11 y ajoutait de nombreux accessoires, sous prétexte des frais
indications et citations qu'on trouvera ci-dessus proviennent de Tune ou de Tantre de ces quatre pièces.
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que lui avaient occasionnés la garde et conservation de LaYêvre, « combien que ses gens, » dit une autre lettre ducale, « aient fait moult de griefs et dommaiges sur le pays, dont nous avons eu moult de complaintes. » Néanmoins, Guy dePontailler ne fit aucune objection, et promit que la totalité de la note ainsi présentée serait soldée intégralement au terme convenu. Jean de Bourgogne et le sire de Ray cautionnèrent cette nouvelle promesse. Après quoi l'Archiprêtre se déclara satisfait, délivra son otage, restitua au duc la forteresse de La Yêvre ; « et du paiis se sont départis ses gens» (juin 1365). On serait tenté de croire que tant de rigueur nuisit aux relations que Cervole entretenait avec Philippe le Hardi. Il n'en est rien, du moins en apparence. Au début de Taffaire, dans l'obligation du 27 août 1364, le duc se contentait d'appeler l'Archiprêtre « son amé et féal chevalier et conseiller ». Dans ses lettres du !•' avril 1365, postérieures aux premières réclamations, il le nomme « son très-cher compère ». Lorsque tout est fini, lorsqu'il n'a plus de ménagements à garder, dans les lettres du 28 juin suivant, il lui prodigue les qualifications affectueuses; il en fait son «très-cher et amé compère ». Serait-ce qu'il n'était pas fâché d'avoir la main forcée, pour obliger à son tour les habitants de l'Autunois à s'exécuter sans retard ?
D'ailleurs les exigences d'Arnaud de Gervole s'expliquent par le juste désir de réaliser au plus tôt ses ressources disponibles en argent et en hommes. Le temps pressait. Avant d'avoir obtenu son règlement définitif, il fut contraint de partir. Il alla s'établir en Lorraine, peutêtre dans le château qu'il possédait là et où il menaçait de traîner le maréchal de Bourgogne. Son but était de réunir et d'organiser, de ce côté, avec l'aide et l'assistance de son ami le comte de Vaudémont, les Compagnies qui devaient prendre part à la croisade. Les unes l'avaient devancé, d'autres ne tardèrent pas à le rejoindre. Quelques bandes moins actives et moins scrupuleuses restaient seules en arrière et se permettaient de mettre à contribution les pays qu'elles rencontraient sur leur passage. C'est ainsi que le 6 juin 1365, le duc Philippe (1), ayant
(i) Archives de laCôU-d^Or^ B, 357, Mandement ducal « donnéà D^'on, le vi« jour
appris la conduite de ces traînards, expédie « messire de Pailly, chevalier, gruyer de Champagne et de Brie,... par devers (son) très cher et amé cousin le comte de Yaudémont, (son) très cher et amé compère messire Arnault de Gervole, seigneur de Ghàteauvilain , et par devers le bailli de Ghaumont, pour leur parler et dire, de par (lui), comment ils mettent peine et facent que les Gompaignies, qui sont es parties de par delà, se départent du pays. » Pourtant il ne faut rien exagérer. Les expressions que nous venons de reproduire n'impliquent ancnn excès grave, aucun désordre exceptionnel (1). Ge qui ressort le mieux an mandement ducal, c'est qu'alors TArchiprétre agissait de concert avec deux hommes dont Thonorabilité n'est pas douteuse, Henri de Joinville et le bailli royal de Ghaumont. Quand le duc de Bourgogne avait un désir à exprimer ou une plainte à transmettre, il s'adressait indistinctement à ces trois personnages; il faisait appel au dévouement de tous, bien sûr que chacun s'empresserait de lui donner une prompte satisfaction.
L'unique moyen de débarrasser la France des Compagnies, restées sans emploi depuis la conclusion d'une paix générale, consistait à les entraîner au delà des frontières, en offrant le plus tôt possible un bat à leur activité, un aliment à leur passion d'aventures. L'Archiprètre n'attendit pas, pour se mettre en campagne, que l'heure du grand départ eût sonné et que les dernières bandes fussent arrivées auprès de lui. La partie de l'Empire où il leur avait donné rendez-vous (3) offrait un assemblage confus de principautés ecclésiastiques, de villes
de juin, Fan de grâce mil ccc soixante et cinq ». Il a été publié intégralement par J. Simonnet, dans son Histoire des sires de Joinville, ce qui nous dispense de le comprendre dans nos Pièces justificcUives.
(1) Gomme le prétend le continuateur de Nangis, suivant lequel rÂrehiprètret ^ traversant la Champagne pour se rendre du côté de la Lorraine, aurait tout pilli et ravagé sur sa route, t. II, p. 5i9.
(2) Le continuateur de Nangis, eodem, après avoir raconté le passage de FArchiprètre et de ses bandes en Champagne, ajoute : « Tandem ducatum Barrensem, qoi ante pauca tempera comitatus dicebatur, adjnnctis sibi aliis societatibus prœdonnm, subintravit, et similiter ducatum Lotharingi» , et flnaliter circa partes Virdnnii. >
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libres, d'États ou de fiefs, réunis en apparence par les liens d'une même vassalité, divisés néanmoins par des querelles de voisinage ou de rivalité sans fin. Le fléau des guerres féodales y régnait à l'état chronique. Nous avons déjà vu Cervole, en 1363, appelé dans cette région, soutenir le parti d'Henri de Joinville contre le duc de Lorraine. L'année suivante (4364), le comte de Blamont, à propos d'un incident futile, se brouilla avec l'évéque de Strasbourg, le jeune seigneur de Salm et plusieurs barons d'Alsace (1). Aussitôt il embauche des Ck)mpagnies de Bretons qui erraient dans ces parages, se jette à Timproviste sur les domaines de ses adversaires, et les ravage « tout à sa volontey... par l'espace de trois semaines». Quand il eut assouvi sa vengeance, les Bretons, ses auxiliaires, « se rallont par de côté Morehanges et retournent arrière en l'aide de Pierre de Bar contre ceux de Metz. » La cause de ce nouveau conflit n'était guère plus sérieuse (2). Il s'agissait d'une terre de Norroy, sur laquelle Pierre de Bar prétendait exercer le droit de retrait en remboursant Pierre de Vie qui venait de l'acquérir (3). Les Messins, on ne sait par quel motif, y mirent opposition, et la guerre s*ensuivit. Mais Tappui de quelques routiers ne suffisait pas à Pierre de Bar pour lutter avantageusement contre une ville aussi importante que Metz et les nombreux alliés dont elle disposait; il invoqua le secours de l'Archiprètre. Sa demande fut accueillie avec empressement. Il était fils d'Henri de Bar, sire de Pierrefort, gouverneur de la Bourgogne à l'époque où Gervole y arriva (4). Comme son père, il avait toujours
(1) Cftroniqws ou Annales du doyen de Saint-Thibaut de Metz, commençant en 1229
et finissant en 1445. Elles ont été publiées par D. Calmet dans son Histoire de Lorraine, t. II, Preuves, p. 170 et suivantes (ancienne édition). Malheureusement, le texte donné par le savant historien fourmille dUncorrections qui le rendent parfois inintelligible. En ce qui touche les faits relatifs au comte de Blamont, voyez loco citato, p. 175.
(2) En ce qui touche le débat entre Pierre de Bar et les Messins, ainsi que Tintervention de l'Archiprètre et le traité qui mit fin à la querelle, voyez eodem^ p. 175 et 176.
(3) Norroy-le- Veneur, canton et arrondissement de Metz (Moselle).
(4) Histoire généaL du P. Anselme, t. V, p. 510-511. La grand'mère de Pierre de Bv était une Bourguignonne de la maison de Vienne-Longwy, et sa mère, la femme
manifesté vis-à-vis de la France des sentiments dévoués. En lui promettant de venir à son aide, rArchiprêtre éprouvait la double satisfaction de rendre service à une famille amie et d'offrir une occupation immédiate à lïmpatience des soldats déjà réunis sous ses ordres.
L'annaliste de Saint-Thibaut de Metz (1) est le seul chroniqueur qui fournisse sur cette expédition des détails précis et auxquels il soit prudent d'ajouter confiance. D'après lui, c'est aux environs de la Pentecôte (31 mai 1365) qu'Arnaud de Gen'ole consentit à marcher contrer les Messins, « avec aucune mauvaise genz sanz foy , en la somme de plus de XLM, qui ne prisoient leur vie une angevine (2). » J'ai de la peine à croire que son armée, même en y joignant les Bretons de Pierre de Bar, atteignît déjà de telles proportions. Quel qu'en fût le nombre exact, elle déboucha dans le « Yaulx de Metz, » en venant du côté de l'ouest, du côté de la Meuse, ce qui jette une faible lueur sur Tendroit où elle s'était rassemblée. Personne n'osa lui barrer le passage (3). Elle franchit la Moselle « encontre Moulin (4) », et vint camper à Magny. Dès qu'ils se trouvèrent en face d'ennemis si redoutables, « nos bons citoiens de Metz, » comme dit leur annaliste, réfléchirent que le moindre danger auquel les exposât une résistance prolongée , entraînait le pillage et la ruine de tout Is pays environnant. Ils savaient, du reste^ que les Compagnies n'étaient là que par occasion, et qu'elles accepteraient volontiers «une somme d'argent pour aller outre-mer, en sy comme le roy de France leur avait ordonné ». Un jour, « la vigile de Saint-Jean- Baptiste, » lès Messins, <( bien advisez de grand conseil, » se rassemblèrent a ou grand palais de Metz », et résolurent d'offrir tant à Pierre
> d'Henri de Bar, était également Bourguignonne , de la maison de Vergy. Toute la branche des Pierrefort a possédé de nombreux domaines en Puysaie.
(1) Voyez à Tune des notes précédentes.
(2) Nous dirions aujourd'hui : une obole, un sou vaillant.
(3) Voyez, à Tune des notes précédentes, le passage du continuateur de Nangis, d'après lequel le rassemblement final des Compagnies eut lieu « circa partes Vifdunis ».
(4) Moulin est une commune voisine de Metz, vers le sud-ouest; Magny touche aussi à Metz, du côté sud-est.
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de Bar qu'à l*Archiprétre un arrangement qui les désintéresserait tous deux. Il consistait à remettre la terre de Norroy entre les mains du comte de Saarbruck et à payer aux Compagnies une indemnité de 18,000 florins. Ces propositions terminèrent la querelle. Seulement il fallait trouver sans retard le montant de la somme convenue. On s'adressa d'abord à la riche abbaye de Saint-Symphorien, et l'on rencontra chez les moines une vive répugnance à s'imposer un sacrifice quelconque. Pourtant, « li conseil et les paraiges, tous ensemble, semoncez a oure de none ou grand moustier, » trouvèrent moyen d'amener les récalcitrants à prêter, « malgré eulx, » 10,000 florins, que le maimbourg ou économe de l'abbé se chargea de compter aux magistrats de la ville. Les habitants fournirent le surplus, et, les choses ainsi réglées, l'Archiprétre, emmenant avec lui les Compagnies, se dirigea vers l'Alsace (1).
Les bandes retardataires avaient eu le temps de le rejoindre : la concentration et l'organisation de ses troupes était maintenant complète. Bien d'autres que le duc de Bourgogne le suppliaient de les éloigner au plus tôt, et l'annaliste que nous venons de citer semble dire qu'il avait reçu du roi de France des ordres pressants. A la vérité , l'itinéraire qu'il devait suivre dépendait de la réponse du roi de Hongrie. Mais personne ne doutait de cette réponse. Déjà l'empereur avait permis aux routiers de se rassembler sur les terres d'empire, à proximité du Rhin. Peu importait qu'ils restassent à gauche ou à droite du fleuve, et le plus simple bon sens exigeait qu'on évitât de les laisser immobiles, inactifs, bientôt découragés et méfiants. Ces considérations décidèrent l'Archiprêtre. Au commencement du mois de juillet, il arriva devant Strasbourg (2), qui commandait le pont sur lequel il comptait
(1) Quant à Texpédition d'Alsace, on peut consulter avec fruit Touvrage de Zurlauben. C'est incontestablement la meilleure partie de cet ouvrage, celle où Fauteur s'est servi des documents les plus sûrs et a relevé le plus de faits nouveaux, je dirais presque inconnus en France. Bibl. mil. hist, et pol,, t. II, p. 114 et suivantes.
(2) Albert de Strasbourg dit que ce fut le jour de la Saint-Ulrich (4 juillet) ; édition de 1585, II« partie, p. 164. Kœnigshoven, dans sa Chronique d*Alsace, éditée
passer en Allemagne. La crainte d*y rencontrer un obstacle le préoccupait d'autant moins, que, peu auparavant, le 25 juin, Charles TV à son retour d'Avignon ayant traversé la ville, avait pu se concerter avec les habitants. Malgré ce nouveau motif de confiance, Gervole trouva portes closes.
Imaginez sa surprise et surtout son embarras. Qu*allait-îl faire de son armée? Les chroniques allemandes estiment qu'elle comptait alors « douze mille chevaux (1) ». D'autres documents lui attribuent trente mille hommes (2). Gomment parviendrait-il à contenir une pareille multitude? Il refusait d'admettre que l'empereur, naguère partisan si chaud delà croisade, si zélé dans ses paroles, si généreux dans ses offres, eût assumé tout à coup la responsabilité d'une résolution qui risquait de tout compromettre et qu'aucun avertissement préalable n'avait laissé prévoir. Il se plaisait à supposer que, contrairement aa désir de Charles lY, les Strasbourgeois n'avaient pris conseil que de leur égoïsme. Après s'être assuré qu'il était impossible de les fléchir par des déclarations rassurantes, il essaya de les effrayer par des menaces. Le 4 ou le 5 juillet 1365 (3), ses troupes s'emparèrent du faubourg Untervagener et le mirent au pillage. La nuit venue, elles incendièrent quelques maisons de Kœnigshoffen, village presque contigu à l'enceinte de la ville. Pendant la journée du lendemain, elles se portèrent du côté des fourches de justice, qui s'élevaient près de la porte de Saint-Pierre-le-Vieux. C'était en plein midi. Les routiers exaspérés s'avançaient résolument jusqu'au pied des murs et provoquaient les Strasbourgeois à combattre. Ceux-ci, dit-on, finirent par s'émouvoir. Les plus ardents se réunirent en armes sur la place de la cathédrale, comme s'ils voulaient répondre aux défis des assiégeants. Mais les magistrats de la cité n'eurent pas de peine à les détourner
par Schiller, p. 331, dit qae ce fut le lendemain de la Saint-Ulrich (5 juillet), «an deo nehesten Tage noch sant Ulriclies Tage. »
(1) « Hahens secum XII miUia equorum. » Albert de Strasbourg, hco eitaio^
(2) Zurlauben, p. 116.
(3) Tous les détails qui suivent sont extraits de deux chroniques d'Albert de Strasbourg et de Kœnigshoven, les seules qui soient dignes de confiance.