‹ L'Archiprêtre: épisodes de la guerre de cent ans au XIVe siècleChapitre 3 sur 36 · AVANT-PROPOS. III · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. III

pouvait pas avoir la prétention d'épuiser en quelques pages la matière d'un volume. Depuis 1848, la science historique a continué ses progrès. Le XIV* siècle, notamment, a été soumis à des investigations, à des études, parmi lesquelles chacun se plaît à distinguer celles de M. Siméon Luce. Maintes fois le savant éditeur des Chroniques de Froissart, Thistorien consciencieux de Bertrand du Guesclin a eu l'occasion de toucher à VArchiprètre. Il en a parlé sévèrement, beaucoup trop sévèrement (i); mais il a confirmé quelques-unes des révélations déjà faites par M. Dèssalles et il y a ajouté son contingent de nouvelles découvertes.

Est-ce à dire qu'il ne restait plus d'épis à glaner sur le champ que tant de mains habiles avaient moissonné avant nous? Malgré leurs efforts^ elles nous ont laissé, et malgré les nôtres, nous laisserons encore teaucoup d'obscurités à éclaircir, beaucoup de lacunes à combler dans la vie de l'Archiprêtre. Ses dernières années , celles qu'il a passées en Bourgogne, restaient les moins connues. Ni Baluze, ni Zurlauben, ni M. ûessalles, ni M. Luce n'en ont pénétré les détails et saisi le caractère d'ensemble. Ce sont pourtant les plus curieuses, les plus instructives, celles qui permettent le mieux de porter sur lui un jugement équitable. Elles se rattachent à des événements, elles soulèvent des questions qui n'intéressent pas uniquement l'histoire d'une province , mais celle de la France entière. Nous en avons fait l'objet de recherches spéciales. Les archives de la Gôte-d'Or sont assez riches pour prodiguer à ceux qui les consultent d'agréables surprises. Grâce à l'obligeance, aux conseils, je dirais presque à la coopération de l'éminent archiviste, M. Joseph Gamier, j'ai pu recueillir dans ce dépôt un certain nombre de faits, jusqu'alors inconnus ou négligés, et qui méritaient assurément d'être mis en relief (2).

A ces faits nouveaux, j'ai tâché de réunir tout ce qui a été écrit sur rArchiprètre, non-seulement par ses biographes, mais par les divers historiens qui se sont occupés de lui, qui ont discuté tel ou tel de ses actes, raconté tel ou tel incident de sa carrière. Combien d'observations

(1) Les exceUento travaux de M. Luce m'inspirent trop d'estime, et je reconnais trop franchement les secours que j*en ai tirés^ pour que j'hésite à critiquer avec la même franchise les rares erreurs de fait ou d'appréciation qui lui ont échappé.

(2) Je dois aussi de vifs remerciements à mon cher collègue, M. Ernest Petit. Depuis plusieurs années, il fouille les archives de la Côte-d'Or, et chaque fois qu'il y a découvert des pièces pouvant m'intéresser, il me les a signalées ou môme il m'en a procuré la copie.

IV AVANIV-PROPOS.

disséminées dans des œuvres auxquelles personne ne songe 1 que de renseighements enfouis dans les publications locales I II importait de grouper ces matériaux épars, de les contrôler Tun par Tautre, et d'en tirer les éléments d'une appréciation, sinon définitive, au moins plus complète et plus sûre que celle de mes devanciers.

Quelque soin que j'aie mis à ce travail, je ne me dissimule pas qu'il donne prise à de justes critiques. Il en est deux que je me suis adressées à moi-même et sur lesquelles je demande la permission de m'expliquer d'avance. A propos d'Arnaud de Cervole, je me suis étendu longuement sur les hommes et les choses de son époque. De là, des digressions dont le moindre défaut est de nuire à l'unité que réclame une composition bien ordonnée. C'est qu'au fond je n'ai passvoulu faille de la biographie d'un seul personnage le sujet exclusif de ce livre. Je l'ai considérée comme un cadre assez large ou assez élastique pour embrasser avec elle les épisodes de la guerre de cent ans qui s'y relient par quelques points. On trouvera peut-être que les accessoires empiètent trop sur le principal. J'ai du moins l'espérance que le choix de ces accessoires et l'intérêt qu'ils offrent me serviront d'excuse.

On ne manquera pas non plus de me reprocher la méthode que je me suis imposée, et qui consiste à fournir la preuve de tout ce que j'avance. Certes, il m'eût été plus agréable et plus facile d'exposer rapidement le résultat de mes études, sans embarrasser mon récit de discussions et de citations justificatives, sans multiplier les notes, sans pousser le scrupule jusqu'à la minutie. Mais, je relève tant d'erreurs accréditées, je me heurte à l'opinion d'auteurs si réputés et si respectables, que je ne saurais avoir la prétention d'être cru sur ma simple parole. D'ailleurs, je suis de ceux qui n'acceptent que sous bénéfice d'inventaire le vieil adage: Scribttur ad narrandum non ad probandum. Au point de vue littéraire, la règle est excellente ; en matière scientifique, elle est inapplicable. Or l'histoire est à la fois un art et une science, et, dans bien des cas, le devoir de l'historien, analogue à celui du savant, est de prouver ce qu'il raconte. Scrthitur ad narrandum et ad probandum.

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