‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 11 sur 133 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

i il convient de dresser audacieusement au-dessus de la

cathédrale la coupole du Panthe'on d'Agrippa. A celte proposition chacun se récrie tout d'abord, puis on délibère et, finalement, sur la vue d^un modèle en relief qu'il présente, on esta moitié convaincu. Brunellesco entreprend alors la construction de quelques pieds de mur, avec l'aide de Ghiberti qu'il s'est laissé adjoindre. Mais ce dernier, dont l'ignorance comme praticien, grâce à de nouveaux artifices de diplomatie, est mise dans tout son jour, se retire bientôt, laissant son rival déployer seul une telle activité que peu d'années suffirent pour achever presque entièrement les travaux. A la mort du maître (1446), il ne restait plus que la lanterne à exécuter.

La coupole de Sainte-Marie-des-Fleurs, un peu plus vaste, mais surtout beaucoup plus solide que celle de Saint-Pierre de Rome, est la première œuvre architecturale de la Renaissance, aussi bien par ordre de mérite que par ordre chronologique. Et pourtant, si nous ne sommes plus en présence d'une construction gothique, nous n'avons pas non plus sous les yeux une imitation du Panthéon d^ Agrippa, ni de tout autre monument romain. L'auteur a pris des anciens des leçons de goût; il leur a demandé les secrets de l'art de bâtir, il ne s'est pas fait plagiaire. Dans la décoration, les grands pilastres d^angle et le petit ordre ionique de la balustrade sont presque les seuls tributs payés aux formes gréco-romaines.

Dans les autres édifices religieux construits par lui à Florence et dont le plan lui appartient en entier, Brunellesco se sert davantage de la connaissance qu'il

aô L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.

a acquise dés cinq ordres. Comme les Romains, du reste, il préfère le corinthien et le composite. Au palais Pitti on le voit également remettre en honneur l'appareil à bossages dont l'emploi avait été négligé, mais non abandonné par le moyen âge. Enfin, à l'hospice des Enfants-Trouvés, en 142 1, le premier il place un fronton au-dessus d'une fenêtre, décoration qui, après avoir fait fortune dans tous les pays où la Renaissance a pris racine, est demeurée fréquente jusqu'à nos jours.

Plus encore par ses écrits que par les travaux de sa profession, Léon-Baptiste Alberti (1404-1472) fut le continuateur de Brunellesco. Tout entier à Timiiaiion de l'antiquité et n'admettant pas de compromis, pour guider ses confrères dans la voie où il s'est engagé il compose successivement plusieurs ouvrages, dont le principal, rédigé d'abord en italien, puis traduit en latin sous le titre De re œdificatoriâ (1452), à la demande de Lionel d'Esté, ne fut publié qu'en 1485. On y trouve cet aveu qui est tout un programme : « Je n'écris pas seulement pour les artistes, mais encore pour les esprits curieux de s'instruire. » Aussi, l'auteur accorde-t-il presque autant de place à des sentences prises çà et là aux philosophes et aux littérateurs, qu'aux aperçus esthétiques et aux règles de la construction. Il passe en revue les vieilles cités où il a rencontré les restes les plus remarquables : Rome, Ostie, Véies, Tivoli, Alatri, Spolète, Sienne, Ravenne, etc. Comme architecte, Alberti s'est distingué surtout dans la construction ou plutôt le rhabillage de cette singulière église de Saint- François, à Rimini, qui, par sa dédicace et son exacte imitation de l'antique, fut un vrai temple païen, le

Page 1