‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 13 sur 133 · LIVRE PREMIER. ap · texte numérisé non relu

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réaliser en partie les projets de rectification et d'embellissement des rues de Rome qu^avait conçus un quart de siècle auparavant son prédécesseur Nicolas V. L'exemple du pape entraîne les plus riches cardinaux : Joseph Riario, Marc Barbo, Guillaume d'Estouteville, j et surtout Julien de la Rovère, plus tard Jules II, dont

J» le règne devait établir la suprématie de Rome au temps

de la seconde Renaissance. Déjà au xv* siècle la papauté, loin de chercher à détourner de sa direction ? naturelle l'art et la littérature, les secondait jusque dans

les manifestations qui les entachaient de paganisme.

Les humanistes les plus célèbres étaient connus à Rome,

parfaitement accueillis quand ils y venaient; plusieurs,

comme Pomponius La^tus, Platina, Argyropoulos, y

eurent leur résidence; il se trouve des humanistes dans

le Sacré Collège et jusque sur la chaire de saint Pierre,

où nous avons signalé Pie II. C'est ce pape qui, un

jour, pour convaincre les princes et les soldats qu'il

voulait envoyer contre les Turcs, s'avisa de faire une

harangue savante et bien pondérée où les citations

d'auteurs grecs remplacèrent les textes évangéliques.

a Ceux qui mourront dans la croisade, s'écria-t-il en

r finissant, ne recouvreront pas la science de toutes

.1 choses, comme le prétend Platon, mais ils l'acquer-

J ront, d'après l'opinion d'Arisiote. »

l Le haut domaine de l'art, au xv® siècle, continue

i d'appartenir à Florence à laquelle Pise, malgré l'esprit

5 novateur de ses artistes, ne put l'enlever, et qui affermit

sa conquête parles aliments variés que seule elle pouvait donner au génie des artistes, d'ailleurs pour la plupart ses citoyens. L'humeur généreuse et l'esprit

jo L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.

cultivé des Florentins, le culte enthousiaste qu'ils avaient voué au beau sous toutes ses formes faisaient de leur société un milieu particulièrement favorable à Péclosion de Mécènes éclairés et d'esprits supérieurs. Les Mécènes, ce furent les Médicis, qui devaient finir si mal, mais qui commencèrent si bien! Il leur suffit de seconder les nobles tendances de leurs compatriotes pour obtenir bientôt la direction incontestée de Tarten même temps que celle des affaires publiques. Cosmc l'Ancien (1429-1464) fit élever par divers architectes, et décorer par divers peintres et sculpteurs, un grand nombre de monuments; il commanda à Brunellesco un palais auquel cel-ui-ci donna de telles proportions et .une telle richesse, que Texécution n'en fut pas entreprise, dans la crainte d'éveiller la susceptibilité des Florentins. Cosmeput du moins réunir d'importantes collections d'antiques qui devinrent peu à peu sous ses successeurs le noyau du célèbre musée des Uffizzi. Son petit-fils Laurent (1469-1492), non seulement a mérité de l'histoire le surnom de M agnifique, mais fut à presque tous égards un homme accompli. Caractère chevaleresque, habile politique, orateur gracieux et éloquent, docte avec les savants, plein de pénétration et de goût avec les artistes, il a résumé les plus heureuses qualités de son peuple et de sa famille. Après lui, la splendeur de Florence eût pu difficilement se maintenir au niveau où il Tavait portée ; d'ailleurs il n'y avait plus guère à construire, et ce fut à Rome qu'au xvi« siècle ses architectes, ses peintres et ses sculpteurs durent aller chercher des travaux dignes d'eux.

Certaines villes, témoins du mouvement merveilleux

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dont Florence e'tait le théâtre, voulurent y prendre part ; mais leurs efforts en ce genre produisirent des résultats très inégaux. Le trop grand nombre de monuments élevés au xiii** et au xiv° siècle, des traditions trop fortes, des ressources trop restreintes et une tranquillité publique trop' précaire ne permettaient pas ici une trop grande initiative, tandis que là, devant un terrain libre, sous la protection d'un gouvernement prêt à seconder tous les efforts, on pouvait se livrer aux entreprises les plus hardies. Nous allons rapidement passer en revue non seulement les plus prospères parmi les villes auxquelles il vient d'être fait allusion, mais encore celles qui, en dépit de leur faible étendue et du petit nombre de leurs habitants, n^en ont pas moins tenu une place considérable dans le mouvement artistique.

Au xv** siècle, Pise, qui a perdu la Corse ei la Sardaigne, qu'une mauvaise administration et les dissensions intestines ont ruinée, est à vrai dire une ville morte que Florence convoite et réussit un instant à s'annexer. On n'y peut donc songer aux vastes desseins. Orviéto est sous Tinfluence gothique, Sienne se ressent du pas-

1^ sage des premiers novateurs du xiii® et du xiv« siècle;

sa cathédrale est terminée et son plus grand sculpteur, j Jacopo délia Quercia (f 1438), est allé chercher ailleurs

I des travaux. On ne peut guère citer parmi les con-

I structions de ce temps que le palais Piccolomini (pri-

,j miiivement Chigi), oeuvre de troisième ou de quatrième

J, ordre, gauchement conçue par Rossellino dans la

manière d'Alberti.

X A Bologne, l'esprit local, lorsqu'il sortait de son in-

ja L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.

différence habituelle, se montrait généralement favorable |

aux traditions de Tart gothique. Néanmoins c^est dans cette ville que Jacopo délia Quercia a laissé ses plus belles œuvres : le portail de San Petronio (1425-1433) et un tombeau à San Giacomo Maggiore. L'un des •

Bentivoglio, Jean II (1462-1509), faisant trêve à l'humeur batailleuse de sa famille qui s'était depuis long- i temps emparée du pouvoir, prit même à la fin du À siècle hautement parti pour la Renaissance. ^

Dans les Marches, deux petites villes, Urbin et Rimini, ont une gloire méritée qui doit presque tout entière remonter à leurs souverains,

A Urbin, la Renaissance se personnifie en quelque sorte dans le duc Frédéric de Montefeltre (f 1482), une j

des figures les plus sympathiques de Tltalie au xv® siècle. Sa seconde femme, Battista Sforza, s'exprimait élégamment en latin; quant à lui, l'élève du savant et vertueux Victorin de Feltre, il faisait ses délices de la lecture des philosophes grecs, de Tite-Live et de saint Thomas d'Aquin. L'œuvre capitale de son règne est la construction d'un palais dû à Luciano da Laurana (1468), et tellement admiré même avant d'être terminé que Laurent le Magnifique en fit demander les plans.

Rimini, grâce aux Malatesta, joua un rôle important durant la première Renaissance. L'un de ses seigneurs, Charles, à la fois ami des lettres et des arts, se fit protecteur des humanistes et chercha à retenir près de lui Ghiberti. Un autre, plus célèbre, Sigismond (1429-1468), ayant eu le bonheur d'attacher Alberti à sa fortune, fit rebâtir ou plutôt transformer Téglise Saint-François. qui, par sa singu-

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