‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 45 sur 133 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tiquité, et le parti le plus simple était de renouer la tradition interrompue. Seulement, au premier moment, par un heureux effet des circonstances, sous l'impression du milieu ambiant, artistes et littérateurs n'entrevirent les merveilles de Rome et de la Grèce qu'à travers leur propre génie; .i4s n'eurent pas une compréhension assez nette et assez rapide de Pancienne civilisation pour se lancer dans l'imitation servile; une large part fut laissée aux manifestations individuelles qui, sans s'occuper des règles établies pour arriver à de savantes combinaisons de lignes, déployèrent beaucoup de verve et de richesse.

Aussi les œuvres des quattrocentisies, aux yeux des véritables amateurs, présentent-elles plus d*attrait que celles de leurs successeurs du xvi® siècle. Plus simples et moins étudiées en apparence, elles se font remarquer par plus d'effort réel, partant plus de vie, plus d'inattendu et plus d'originalité. Par cela même que l'ensemble est moins sévère et moins compassé, il paraît plus complet. Loin de dédaigner la sculpture d'ornements, on prodigue alors les rinceaux, les fleurons, les bas-reliefs et les statuettes; la nudité ne se confond pas encore avec la pureté et la grandeur. Colonnes et entablements, chargés de décorations variées, continuent à se produire dans des dimensions restreintes, tandis que, pour corriger ce que peuvent avoir de dur les angles des murs ou des baies, on multipliQ les colonnettes aux formes capricieuses. Cet heureux état de l'art, qui correspond à la domination intellectuelle de Florence, se maintint assez bien, durant la première partie du xvi^ siècle, dans les deux écoles où les influences gothiques avaient

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agi avec le plus d'intensité, nous voulons dire celles de Venise et de Milan. On n'a pas oublié, en effet, que, dans la dernière ville, au temps de Ludovic le More, Bramante s'était cru obligé de tracer l'ouverture de ses fenêtres suivant un arc brisé.

Avec la suprématie artistique de Rome, tout cela change rapidement. Les ordres d'architecture prennent de l'ampleur, enveloppent de toutes parts la construction et tiennent lieu de tout ornement. Où ils manquent, les bossages, déjà usités d'ailleurs au xv* siècle, les remplacent. La décoration délicate des quattrocentistes cesse d'être à l'échelle de ces monuments où la majesté vise à tenir lieu de la grâce et du charmant abandon. Tout au plus les Raphaël, les Palladio, les Sansovino trouvent-ils à loger quelques motifs entre lea triglyphes de leurs entablements doriques ou dans leurs frises ioniques et corinthiennes. Pour certains monuments, le chapiteau et le modillon corinthien sont les seules sculptures empruntées au règne végétal ; souvent on se passe même des ordres corinthien et ionique; le dorique sans triglyphes et le toscan réglementé par Vignola obtiennent la préférence. Il est à observer que c'est le prince des sculpteurs modernes, Michel-Ange, qui, par son amour du colossal, a contribué le plus à engager l'architecture dans cette voie. La statuaire a succédé à la sculpture décorative; seulement des statues ne sont pas toujours faciles à placer ; dans un édiftce privé, elles peuvent être ridicules.

Quel que soit le jugement que Ton porte sur les transformations indiquées, il faut reconnaître que les qualités d'invention n'ont presque janjais, manqué aux^

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