LIVRE PREMIER
architectes italiens des xv« et xvr siècles, même à ceux qui imitaient le plus étroitement Tantiquité. Et ces qualités se retrouvent non seulement dans les édifices civils, mais encore dans les églises, surtout peut-être dans les églises.
§ II. — ÉGLISKS.
On ne saurait trop le faire remarquer, seule en Europe Tltalie, au temps de la Renaissance, eut une architecture religieuse digne de ce nom. Quant aux causes d'une particularité aussi heureuse, elles sont au moins au nombre de deux. Lorsque le mouvement commença, la construction d'une église importante ne laissait pas d'intéresser toutes les classes de citoyens; c'était une affaire de premier ordre, aussi bien pour la noblesse et la bourgeoisie que pour le clergé et les gens du peuple; municipalité et fabrique rivalisaient de zèle; chacun donnait son avis sur les plans; on organisait des commissions où pleine liberté était laissée aux discussions; on convoquait de nombreux artistes soit pour adjuger l'œuvre au concours, soit pour recueillir toutes les observations. La forme des églises n'étant rigoureusement fixée par aucune tradition liturgique, bien des difficultés se trouvaient en outre évitées. Rien n'obligeait, comme en France, à disposer des ronds-points, à élever un étage supérieur de fenêtres, à chercher les moyens d'augmenter la lumière. Les architectes, presque en toute occasion, pouvaient agir sans entraves; ils n'avaient à lutter d'ordinaire que contre les irrégularités de l'emplacement.
ç8 L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.
Les premières églises, parfois même celles du XVI* siècle, gardent cependant, sans trop d'altérations, la forme basilicale. Bruncllesco à Saint-Laurent et au Saint-Esprit de Florence, Pietro Benvenuti à Saint- François de Ferrare, BernardoZaccagnià Saint-Sixte de Plaisance, Riccio à Sainte-Justine de Padoue, Peruzzi aux Servîtes de Sienne et tant d'autres que nous pourrions citer, ne se départissent pas de Tancicnne tradition à cet égard. Les chœurs rectangulaires adoptés de préférence par Brunellesco ne sont qu'une variante sans importance; il en est de même des absides multiples que Ton remarque au Dôme de Pavie, œuvre de Cristoforo Rocchi, à Sainte-Marie-de-la-Passion de Milan, bâtie par Cristoforo Solari, et à Saint-Jean de Parme, dû au talent de Bernardino Zaccagni. Les bas côtés sont souvent supprimés, mais les chapelles latérales subsistent presque toujours. Quant au transept, il dévient le point de départ des plus importants changements qui caractérisent Tarchitecture religieuse à répoque de la Renaissance.
Antérieurement, au centre de la croisée, en France, en Angleterre et en Allemagne, s'élevait d'ordinaire une tour, tandis que, à la même place, dans les églises grecques, s'arrondissait une coupole. Les Italiens cherchèrent le plus possible à se rapprocher de ce dernier type, tout en gardant d'abord le plan basilical avec ses trois nefs. Du reste, à Florence, dès la fin du xiii° siècle, Arnolfo di Lapo, au lieu de se contenter, pour réaliser ses projets, de la largeur donnée par la rencontre des bras de croix, n'avait pas hésité, en englobant les bas côtés, à jeter les bases d'un vaste octogone, que ses