LIVRE PREMIER. çç
successeurs ne surent ni raccorder élégamment au reste, ni rendre parfaitement solide. Pour les tirer du mauvais pas où ils étaient engagés, 11 ne fallut rien moins que le génie de Brunellesco. Peu après, à la cathédrale de Pavie, Rocchi suivit ce premier exemple; puis vint Solari, qui, à Sainte-Marie-de-la-Passion, à Milan, tourna la difficulté en soudant fort mal à Textrémité de la nef un octogone flanqué de trois grandes absides alternant avec trois absides plus petites. Mais déjà, depuis quelque temps, la coupole ne commandait plus seulement le plan de la croisée; son influence se faisait sentir par tout Tédifice qu'elle tendait à raccourcir, afin de mieux le dominer. Elle finit bientôt par devenir la partie principale, parfois même par paraître seule exister. v^
C'est pour donner plus d'importance à la coupole que la croix grecque est si souvent adoptée. Dès l'origine, on la retrouve à la chapelle des Pazzi de Florence, œuvre de Brunellesco, à la Madonna délie Carcerî de Prato (1485) et à la Madonna di San Biagio de Montepulciano (i 5x3), deux églises dues à Giuliano da San-Gallo. En outre, bien souvent, dans le but d'accuser encore davantage cette importance, les bras de croix sont réduits à de simples hémicycles.
Autour des églises changées en rotondes, la tendance, comme à la Madonna dell' Umiltà de Pistoja ou à Saint-Bernardin de Vérone, bâti par San-Micheli, est de n'avoir plus en quelque sorte que des annexes, de manière à ne pas troubler le plan général. Fatalement on devait arriver bientôt à envelopper les édifices d'une colonnade circulaire, ainsi qu'on le voit, près
loo L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.
Vérone, à la Madonna di Gampagna, ou à Rome, sur le Janicule, au petit temple de Saint-Pierre in Montorio.
Dans les grandes basiliques, lorsquUl y a nécessité d'obtenir plus d'espace, non seulement on conserve le plan en croix grecque, mais ce dernier est encore inscrit dans un carré. Comme exemples nous pouvons citer, d'une part, les projets de Bramante et de Michel-Ange pour Saint-Pierre de Rome, de Tautre, l'église Sainte- Marie-de-Carignan, à Gènes, considérée à bon droit comme le chef-d'œuvre d'Alessi. Du reste, bien qu'empruntées en apparence, soit à l'antiquité, soit à l'époque byzantine, toutes les dispositions indiquées témoignent d'une grande originalité. On a cherché seulement, en les variant à l'infini, à mettre le plus possible en valeur la coupole adoptée, nous l'avons dit, comme motif principal. Et, à ce propos, il est peut-être bon de rappeler que le moyen âge, dans les baptistères répandus un peu partout, a aussi eu ses rotondes. On continuait donc, les traditions en les développant, plutôt qu'on ne se lançait dans une voie absolument nouvelle.
Certaines coupoles sont élevées sur plan octogonal, ce qui les rend plus faciles à construire, car alors il n'est pas besoin de pendentifs. D'autres, comme celle de Sainte-Marie-des-Grâces, à Milan, affectent extérieurenient la forme octogonale, tandis que, intérieurement, elles présentent un cercle parfait. Enfin, au lieu d'une seule coupole, il y en a quelquefois plusieurs qui, eniployées dans des dimensions restreintes, servent Il établir plus solidement et plus élégamment une
RE PREMItlt
voilie. C'est ce que l'on voit, à Florence, dnns les bas côtes de l'cgiise Saini-Laurent, par Brunellesco ; il Venise, dans la grande nef de l'cylise Saint-Sauveur,
Fjg. ij. — Coupole de S>inr-Pierr!.
par Spaventoet Tullîo Lombardo; à Padoue. dans la grande nef er les croisillons de Sainie-Justine, par André Riccio.
Brunellesco paraît avoir invenié le système qui,
loa L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.
après son application à certains édifices secondaires, tels que le petit temple du Janicule, par Bramante, et l'église romaine de Notre-Dame-de-Lorette,par Antonio da San-Gallo, reçut à Saint-Pierre tout son développement. On avait remarqué, en effet, que si une coupole, à Textérieur, est d'autant plus imposante d'aspect que son élévation est plus considérable, à l'intérieur, au contraire, le regard se trouve fatigué par une sorte de perspective fuyante, une brusque interruption qui ne permet pas devoir tout ce qu'on voudrait. Pour remédier à cet inconvénient, deux coupoles emboîtées l'une dans l'autre, mais isolées à des niveaux différents, remplacèrent l'unique coupole d'autrefois. Rien n'empêche ainsi de varier les galbes, d'adopter intérieurement une courbe plus aplatie. Presque dès le point de départ, la séparation était établie et, sans arrêt jusqu'au sommet, allait toujours en s'accentuant. A Saini-Pierre de Rome, la distance entre les deux coupoles finit par mesurer 3«,3o.
Les Italiens, comme on le suppose bien, dans les voûtes destinées à couvrir les longues nefs de leurs églises, se montrèrent, au xv* et au xvi* siècle, presque partout imitateurs des Romains. Sauf à Saint-Jean de Parme,à Saint-Mauricede Milan (Monasterio Maggiore) et aux Servites de Sienne, où certaines influences ont prévalu, le système des croisées d'ogives, qui est un ressouvenir du moyen âge, ne se trouve nulle part pratiqué, La voûte gothique de l'église Saint-François, à Rimini, existait déjà au moment des transformations d'Alberti.
Quelle que fût la prédilection alors marquée pour