LIVRE PREMIER
un objet d'art, nous trouvons avant tout la pensée de Tauteur, et c'est un charme de plus qu'offre Te'tude de la Renaissance.
Il y a pourtant une marche générale qui s'impose aux artistes, qu'ils en aient ou non conscience, et elle résulte d'influences diverses auxquelles ils ne cherchent pas à échapper.
La littérature joua son rôle au xv" et au xvi'' siècle plus puissamment encore qu'elle ne l'avait fait au siècle précédent. Nous sommes maintenant à l'époque des humanistes. L'antiquité est savamment commentée par les érudits, qui s'efforcent de faire passer ses beautés dans leurs productions et qui se tiennent pour les plus grands hommes de leur temps s'ils sont parvenus à écrire dans le latin de Virgile ou de Cicéron. Sous Léon X, un prince de l'Eglise, le cardinal Bembo, recommandera à Sadolet, son collègue dans Tépiscopat, de bien prendre garde de gâter son style en lisant trop souvent la Bible. Des gens instruits en viennent à parler plus correctement dans une langue morte que dans leur langue maternelle.
L'art ne pouvait aller avec cette vitesse et cette désinvolture. Il est soumis à certaines nécessités, il lui faut subir certaines entraves qui Taffranchissent de tout excès. Du reste, pour atteindre à une imitation, même sage et réservée, de l'antique, un point de départ manquait encore. L'archéologie, sœur cadette de l'érudition et venue longtemps après elle, était une science toute nouvelle et toute rudimentaire au milieu du xv* siècle. On ne s'occupait que depuis assez peu de temps à recueillir, chaque fois que faire se pouvait, des frag-
»a L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.
ments de sculpture ei d'architecture. Une bulle de Pie 1 1 , promulguée le 28 avril 1462, est la seconde loi que Ton connaisse — la première est due au roi ostrogoth Théodoric — destinée à protéger ce que nous appelons aujourd'hui les monuments historiques. Les princes et les artistes eux-mêmes commencent seulement à se former des collections précieuses où les modèles peuvent être étudiés d'une façon plus rassise. Ghiberti, par exemple, possédait un riche cabinet de bronzes, de camées et de médailles. Les travaux de voirie, de restauration et de construction, à Rome, fournissent bientôt des fragments considérables ou des œuvres entières, et chaque découverte a la portée d'un événement. A leur tour, les papes créent ces magnifiques musées que viendront consulter tant d'artistes et admirer tant de curieux. Il est une étude qui procède à la fois de l'érudition philologique et de l'archéologie : c'est l'épigraphie. On n'eut garde de la négliger. Les inscriptions, demeurées en grand nombre très apparentes sur les monuments, furent expliquées; bien plus, leur texte, légèrement transformé, servit à indiquer de nouveau la date et la destination d'un monument, à composer une épitaphe. Celle que l'on voit gravée sur le tombeau du pape Eugène IV, mort en 1447, pourrait, à part les mentions qu'il a bien fallu accorder au personnage et au temps, convenir au mausolée d'un prêtre païen. ARimini, sur le frontispice d'une église élevée par les Malatesta, fut placée une dédicace qui semble s'adresser à une divinité de l'Olympe : divae isottae sacrvm, « à la divine Isotta ». Or il s'en fallait qu'il fût même question d'une sainte !