QUALITÉS INDISPENSABLES AUX PROJETS DE CONSTRUCTION
consistera la beauté d’une construction : il est donc convenable d’en tenir compte dans une mesure relative.
Il y a aussi une symétrie , une proportion des parties composant une construction, qu’il faut connaître et dont il ne faut pas se départir. Une ouverture de porte , par exemple , a une symétrie à elle propre pour être commode ou conforme à son but. Ainsi l’usage a prouvé que pour qu’une personne puisse y passer sans gêne , toute porte doit avoir au moins 2 mètres d’élévation ; mais il n’est pas nécessaire que sa largeur soit égale à sa hauteur. Comme une largeur de porte égale à la moitié de sa hauteur donne un passage commode , la plus belle proportion à donner à une porte sera que sa largeur soit en proportion avec sa hauteur comme 1 est à 2. L’expérience seule n’a pas révélé celte proportion, elle est encore sentie par l’homme de goût.
On sait que la plus grande quantité de lumière vient d’en haut; si l’on pratiquait une baie de fenêtre plus large que haute, on ferait par conséquent une absurdité, car dans ce cas on irait contre le but qu’on se propose d’atteindre. Il faut donc qu’une fenêtre soit plus haute que large, et comme la proportion de 1 à 2 est agréée par le goût comme belle et convenable, on fera urle fenêtre deux fois aussi haute qu’elle est large.
Les proportions 'des différentes parties d’un bâtimenl ont donc leur raison d’être dans la commodité et l’agrément qu’elles procurent. On voit donc encore qu’il serait absurde de ne pas tenir compte de ces proportions dans la construction d’un bâtiment quelconque, et cette prise en considération de l’usage de ces proportions pour ainsi dire naturelles , de cette symétrie ou équilibre dans les lignes et les surfaces dans toutes les parties d’un édifice ou d’une maison, est nommée eurtjlhmie, ou mesures correctes, régulières résultant de l’harmonie dans les proportions d’une œuvre d’architecture.
« L’eurythmie, dit Vitruve, est l’aspect agréable, l’heureuse harmonie des différentes parties de l’édifice. Elle a lieu lorsque les parties ont de la justesse, que la hauteur répond à la largeur, la largeur à la longueur, l’ensemble aux lois de la symétrie. »
L’eurythmie est une qualité dans l’art de bâtir qui ne né-
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ccssite aucune dépense en plus. Cette élégance de formes dans les surfaces et les vides, dans les lignes mômes, donne une beauté et une grâce qui peut suppléer à la richesse d’ornementation. Si la symétrie est la proportion qui règne entre toutes les parties d’une édifice, et le rapport de ces parties séparées avec l’ensemble, à cause de l’uniformité des mesures, l’eurythmie est l’aspect agréable , l’heureuse harmonie des différentes parties d’un édifice. Elle a lieu lorsque les parties ont de la justesse , que la hauteur répond à la largeur, la largeur à la longueur, l’ensemble aux lois de la symétrie, ainsi que le dit Vitruve.
Il faut donc ne point perdre de vue la symétrie et l’eurythmie dans la composition et l’ordonnance des projets de construction. Il faut s’efforcer de conserver des proportions agréables et une noble simplicité , et ne pas surcharger ni gâter, par exemple, les façades extérieures en y pratiquant des détails bizarres , des ornements inutiles qui n’auraient pas leur raison d’ôtre. Il faut qu’il y règne de la convenance , il ne faut pas qu’on y aperçoive des inutilités, de la présence desquelles on ne pourrait pas se rendre compte. Il faut enfin que les façades laissent pour ainsi dire deviner, par leur caractère, le but ou la destination.de la construction.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut , es ne sont pas seulement la symétrie et l’eurythmie qui constituent la perfection d’un bâtiment ou d’un édifice. La perfection consiste encore dans la commodité , la situation et la dimension qui doivent également y concourir. 11 ne faut jamais perdre de vue le but de chaque portion , de chaque détail , surtout dans les habitations particulières. Nous le demandons, à quoi servirait une belle maison, avec des chambres et des salles élégantes, à un agriculteur, si les dépendances indispensables pour ses exploitations y font défaut? ou bien que ces dépendances seraient disposées de manière à être incommodes et lui faire perdre un temps précieux?
La maison d’habitation est destinée au séjour du citoyen; il doit y trouver toutes les convenances pour l’exercice de sa profession et la pratique de ses mœurs et de ses habitudes. La plupart de ses exigences dépendent de la commodité du foyer
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domestique. De nos jours on ne demande pas seulement que la maison abrite du vent, de la pluie et des autres intempéries des saisons, on ne demande pas seulement des chambres à coucher et d’autres pièces pour le plaisir et les affaires; mais on demande aussi qu’on puisse y vivre avec ordre et propreté, on demande aussi des dimensions convenables pour les chambres, pièces et cabinets, on exige enfin que chaque chose réponde à sa destination d’une manière satisfaisante. On veut de plus trouver toutes ces exigences réunies dans le plus petit espace possible, ne point perdre de place et ne point faire de dépenses inutiles. Il va sans dire que la maison doit renfermer tout ce qui est indispensable à une famille.
Si le propriétaire est riche ou à son aise, il aimera à recevoir ses amis. Alors il faut une maison plus étendue , des pièces en plus grand nombre pour les loger et leur procurer des plaisirs et des distractions. L’économie domestique s’étend aussi, de son côté , elle demande à être satisfaite. Le maître de la maison pour entrer dans sa propriété se contente d’une simple porte ou veut pénétrer chez lui à travers une porte cochère ou une grille ornée. La cour de l’habitation doit être spacieuse, répondre avec ses dépendances aux besoins de la maison et de l’hygiène ; le bûcher, le four, les écuries et l’étable doivent être placés où l’ordre, la réflexion et la commodité l’exigent. Il faut de bonnes caves où se bonifie le vin , où se conservent les légumes et autres choses se rapportant à la cuisine ou au ménage. 11 faut que l’escalier conduise avec facilité et sûreté d’un étage à l’autre , il faut qu’il établisse une communication agréable entre les pièces du bas avec celles du haut. Il faut que la situation des pièces réponde au but qu’elles ont à remplir; il faut que le salon , par exemple , soit à proximité , à côté môme de la salle à manger, et cette dernière à proximité de la cuisine. Si le propriétaire a un bureau ou un cabinet, il faut que ces pièces soient situées au rez-de-chaussée, non loin de la porte d’entrée, afin que les étrangers pénètrent le moins possible dans l’habitation, au sein de la famille, qui dans l’antiquité , et surtout en Grèce , était entourée de respect et regardée comme sacrée. Il faut qu’il y ait dans une maison dont le plan est convenable un vestibule spacieux, ou une
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antichambre donnant accès à certaines pièces, au cabinet du maitre, au salon, à la salle à manger. Il faut que dans un plan bien conçu, il n’y ail point de pièces qui se commandent : on se sert à cet effet de couloirs et de corridors, qu’il faut éclairer par des fenêtres, des œils-de-bœuf autant que possible, ou par des jours pratiqués au-dessus des portes des pièces adjacentes.
Une maison commode et convenable se compose d’habitude d’un vestibule ou d’une antichambre , du cabinet ou chambre du maitre , d’un ou de plusieurs salons, d’une salle à manger, de chambres à coucher en nombre suffisant pour loger les membres de la famille ainsi que les amis qu’on reçoit et qui couchent. Ensuite il faut une cuisine avec son lavoir et son garde-manger, une pièce à l’abri de l'humidité pour la conservation des provisions sèches, comme sucre, café, sel, farine, etc. Les chambres de domestiques doivent être établies dans les combles. Nous avons déjà parlé des caves.
Dans les maisons où règne l’opulence, on doit trouver une salle de billard, une bibliothèque, un salon spécial de musique et de danse, destiné en général aux fêtes données aux amis et connaissances. On comprend qu’on peut augmenter à volonté le nombre de pièces d’une maison de quelque importance et que ce nombre répondra aux besoins des habitants. On comprendra encore que la maison d’un riche agriculteur ne peut et ne doit pas avoir la même disposition que celle d’un propriétaire rentier. Les besoins de l’agriculteur sont différents de ceux du rentier. II faut qu’un fermier puisse surveiller de son habitation les dépendances qui l’entourent. Si le rentier exploite ses biens comme le fermier, il doit comme lui être à même de construire certains bâtiments d’exploitation, connaître l’espace qu’il faut pour loger tant de chevaux, de vaches, de moutons, de voitures et d’instruments aratoires, etc. Il doit savoir former le cube demandé pour emmagasiner telle ou telle quantité de bottes de blé ou de foin, etc., etc.
Toute personne qui veut construire a donc, avant toutes choses, à dresser un programme dans lequel seront consignés tous les besoins avec toutes les convenances. C’est d’un bon programme bien étudié et bien réfléchi que dépendra plus ou moins la commodité comme l’élégance d'une maison. Ensuite,
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il ne faut pas trop se presser à exécuter le programme; il faut le reprendre, le revoir, le compléter avant de le convertir en plan dessiné sur le papier. Que la maîtresse de la maison soit consultée pour la situation et la dimension des pièces qui dépendent du service, car c’est à elle qu’en reviendront la surintendance et l’emploi dans la suite.
De l'orientation des habitations particulières.
Quand il s’agit de bâtir uire maison d’habitation à la campagne , il faut commencer par étudier avec soin le terrain, il faut en prendre une connaissance exacte, le parcourir en tous sens, se rendre compte de la direction de l’écoulement des eaux pluviales, prévoir la convenance de l’emplacement des bâtiments de dépendances si l’on a l’intention d’en construire, et enfin ne pas négliger l’orientation de la façade principale. En se promenant sur tous les points du terrain on découvrira les points de vue les plus étendus et les plus agréables ; car à la campagne ce sont en grande partie les points de vue qui doivent déterminer la position de la maison. On ne doit pas se contenter d’observer la vue, les pieds placés sur le sol : on fera bien au contraire de faire faire un petit échafaudage composé de quelques pièces de bois verticales et biaises et d’un plancher, sur lequel on se placera soit au niveau du rez-de-chaussée ou du premier étage futurs. On pourra alors avancer ou reculer plus ou moins si par exemple le terrain est en pente douce, afin de ne pas s’exposer à des regrets dans l’avenir sur la position malheureuse ou insolite de la maison bâtie, comme cela arrive assez fréquemment quand on se laisse aller à une première et unique impression.
Si l’on doit bâtir dans un village ou au sein d’une agglomération de maisons isolées , il faut s’assurer de l’endroit le plus avantageux pour profiter de la vue au moyen d’une échappée à travers les distances qui séparent les maisons voisines les unes des autres. Il faut étudier ces détails et d’autres, afin de « bien agir en connaissance de cause , et pour ne pas se repentir plus tard d’avoir procédé avec trop de précipitation.
Si le terrain affecte la forme d’une cuillère, s’il est creux au
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milieu, s’il est en un mot concave, ne bâtissez pas au centre si quelque considération vous y engage , sans vous être assuré auparavant des moyens propres à lui donner au contraire une forme convexe , soit par les terres que vous rapporterez des bords au milieu , soit par des terres venues du dehors. Si vous n’obviez pas à l’inconvénient de la concavité du terrain vous aurez une habitation humide et malsaine, comme cela ne se voit que trop souvent , faute de réflexion ou d’examen.
Il va sans dire qu’on peut bâtir une maison de campagne sur le penchant d’une montagne ou d’une colline , oii alors le rezde-chaussée forme souterrain d’un côté et où le premier étage forme rez-de-chaussée de l’autre. Ayez soin alors de vous assurer s’il n’existe pas de filets d’eau sur votre terrain ou dans son voisinage, et n’omettez pas de faire établir sur les trois côtés qui enveloppent la maison un drainage en règle et bien conditionné. Ne lésinez pas dans l’établissement de ce drainage : car si, par une économie mal calculée, on était obligé plus tard de recommencer l’opération, indépendamment du désagrément des travaux de terrasse, qui abîmeraient infailliblement les gazons, les plates-bandes, les plantations et même les chemins, on aurait à faire des frais plus considérables que ceux d’un excellent établissement primitif. Ayez encore soin de conduire le drainage dans une direction divergente des deux faces latérales de la maison, et cherchez à conduire encore les eaux dans des puisards beaucoup plus bas que le sol des caves ou du rezde-chaussée. ■
A moins que le terrain ne soit très-exigu, il convient en général de ne pas bâtir sur une rue ou une route. On évite ainsi d’abord le bruit et la poussière des passants, et l’on peut sans crainte laisser certaines fenêtres du rez-de-chaussée ouvertes dès le grand matin afin de rafraîchir les pièces qu’il renferme.
A moins que le terrain ne soit sur le versant septentrional d’une montagne ou d’une colline en pente douce, efforcezvous de placer la façade principale au sud ou au levant. Le sud et le levant sont de bonnes expositions pour un salon et des chambres à coucher, pièces où se passe la plus grande partie de la vie à la campagne quand le temps ne permet pas de jouir du grand air.
Digi