‹ L'architecture et la construction pratiquesChapitre 20 sur 161 · ROIS · texte numérisé non relu

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suit que dans la construction toutes espèces de bois peuvent être employées dans l’eau. Il n’y aurait qu’une exception à faire, et ce serait dans le cas où l’eau serait en communication avec des sources acidifères. Rien toutefois n’est plus préjudiciable au bois que l’alternance de l’humidité avec la sécheresse.

Si l’on expose au soleil du bois récemment abattu, il sèche, il diminue, s’amoindrit, sa circonférence se rapetisse; et si ce même boisreçoit ensuite de l’humidité, par la pluie parexemple, sa circonférence sera de nouveau altérée , elle se développera et le bois gonflera.

L’amoindrissement du bois provient de la disparition des parties aqueuses de la sève. La mesure de la .sève et de l’eau du bois récemment abattu diffèrent selon l’espèce de l’arbre, selon son Age et selon l’époque de l’abattage. Les arbres sont généralement haut montés en sève au printemps. Le charme contient environ 21) p. 100 d’eau, le chêne 35 p. 100, le sapin 37 p. 100,lepin 15 p. 100, et le saule même jusqu’à 60 p. 100. Quand le bois est resté exposé à l’air et refendu, il ne contient tout au plus que 20 à 25 p. 100 d’eau ; c’est ce qu’on nomme la dessiccation naturelle. La quantité aqueuse que contient le bois ne descend au-dessous de 10 p. 100 que lorsque le bois est refendu en petites parties minces et soumis à la dessiccation artificielle.

En se desséchant le bois se resserre : cet effet peut être la cause d’une dislocation des liaisons ligneuses (charpente), et d’une dislocation d’autant plus préjudiciable si elle amène en même temps le bois à se coffiner, se déjeter et se fendre. De semblables inconvénients résultent aussi du gonflement du bois. Il est donc important de prendre en considération les causes des inconvénients que nous venons de signaler, de les annuler et d’anéantir leurs résultats.

Le rapetissement et le gonflement du bois proviennent de la grande quantité d’eau que contient le bois tant qu’il est sur pied; ils proviennent encore de ce que certains principes de la sève, quand même le bois a subi une dessiccation , conservent la propriété d’attirer de nouveau l’humidité du voisinage.

On se sert donc pour obvier à ces inconvénients, ou pour diminuer au moins leurs mauvais résultats, de certains moyens, qui consistent :

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1° Dans l’abattage des arbres dans la saison où ils ont le moins de sève, c’est-à-dire à la tin de l’automne ou au commencement de l’hiver;

2° A débiter de suite le plus tôt possible l’arbre abattu dans les plus petits échantillons qu’on veut obtenir, afin de hâter leur dessiccation, que l’écorce retarde toujours ;

3° A chasser les parties hygroscopiques ou humides de la sève ;

4" Ou à les métamorphoser de telle sorte qu’elles ne conservent plus la propriété de pomper l’eau, ce qui s’opère en y introduisant d’autres substances.

L’abattage des arbres se fait en les entaillant avec une cognée pour les faire tomber ou bien en coupant leurs racines pour les enlever en les faisant pivoter, ou bien enfin en les déracinant. Quand on se sert de la cognée, on entaille l’arbre du côté où il doit tomber; l’entaille doit aboutir jusqu’au milieu du tronc. Ensuite on pratique du côté opposé une autre entaille, plus élevée que la première d’environ huit à neuf centimètres. L’arbre tombe d'ordinaire quand la seconde entaille a pour profondeur le tiers du tronc.

L’abattage se fait aussi en sciant les arbres par le pied. On scie d’abord d’un côté et ensuite de l’autre un peu plus haut, et dans ce second trait de scie on introduit des coins à mesure que le trait devient plus profond, afin de faciliter l’action de la scie et d’accélérer la chute de l’arbre. On peut, si l’on veut, diriger cette dernière au moyen de cordages dans la direction demandée. Quand on abat des arbres sur le penchant d’une montagne , il convient de les faire tomber en remontant et il ne faut jamais abattre d’arbres pendant de grands vents, parce qu’alors l’arbre tombe plus tôt qu’il ne doit et est susceptible de se fendre.

Les arbres abattus sont écimés : on en retranche la cime pour ne laisser au tronc que le bois destiné à la charpente. On doit éviter de renverser les arbres sur de grosses branches susceptibles d’êtres équarries , de peur qu’elles ne se brisent par le choc qu’elles éprouvent en tombant : et si la situation de l’arbre ne permettait pas de tenir compte de cette observation, il serait prudent de détacher les branches avant de provoquer la chute du tronc.

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Quand on a éeimé et ébranché l’arbre , on le faille régulièrement à quatre faces sur sa longueur : c’est ce qui s’appelle l’équarrir. Ensuite, comme plus les pièces sont petites, plus aussi la dessiccation a lieu promptement , il s’ensuit qu’il faut faire débiter le bois le plus tôt possible de la grosseur de l’échantillon ou des échantillons donton a besoin. Mais comme ordinairementles divers échantillons ont diverses mesures , il y a différentes manières aussideprocéder àla dessiccation. Les troncs non équarris sèchent plus vite dans leuraubier que dans leur noyau ; et comme l’aubier se retire plus que le bois, il se fait à la surface des gerçures longitudinales , tandis qu’aux extrémités se forment des fentes , dans la direction de rayons et qu’on aperçoit dans la coupe transversale du tronc. On peut empêcher ces fentes encollant du papier sur les extrémités, ou en les enduisant d’huile ou de glaise. Quant aux gerçures longitudinales , on peut les empêcher de se produire en ne les écorçant pas trop promptement, afin de ne pas précipiter la dessiccation. Pour que cette dernière se produise uniformément , on ne doit pas laisser le bois sur la terre, mais le placer sur des couchis en le laissant exposé à toutes les variations de l’atmosphère et disposé de manière à ce que des courants d’air s’établissent autour de lui avec la plus grande facilité. Il est convenable aussi de le changer de place et de le retourner souvent.

Les bois débités sont empilés, on les sépare lés uns des autres au moyen de cales. Plus la différence entre l’épaisseur et la largeur des bois est grande , moins aussi a lieu une dessiccation uniforme. C’est pour cette raison qu’il faut faire sécher lentement et à l’ombre les madriers et les planches et les changer de position.

On n’emploie pas ou on n’emploie que rarement les moyens artificiels pour la dessiccation des bois de construction. Nous serons donc très-abrégé à ce sujet. On sèche le bois dans des emplacements chauffés à cet effet, ou bien on introduit dans des appareils en fer où sont placés les bois, de la vapeur chauffée à 125, au plus à 175 degrés centigrades. Cette vapeur enlève aux bois leur humidité, ainsi que le ferait une atmosphère chaude et sèche.

Quant aux moyens d’enlever ce qui constitue la sève, on se

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sert de procédés mécaniques, comme pression atmosphérique, extraction des sels alcalins par l’eau ou la vapeur. Le premier procédé est très-restreint : quant au second, il est également long et difficile, parce qu’il consiste <\ placer un tronc d’arbre nouvellement abattu dans un réservoir dans lequel on conduit de l’air froid ou chaud : cet air chasse la sève aux deux extrémités tranversales et opère une dessiccation , seulement praticable si on se trouve à proximité d’une pompe à feu; alors aussi la chaleur de l’eau doit être élevée à 30 degrés environ. Quoique cette sorte de dessiccation passe pour être très-active et qu’on arrive à expulser un poids de sève égal au tiers ou la moitié du poids du tronc, elle présente cependant trop de difficultés pour être souvent pratiquée. Le moyen le plus usuel et le plus simple pour enlever la sève du bois, c’est de le faire flotter dans une eau courante; alors les divers fluides qui constituent la sève sont dissous peu à peu et lavés par le courant. Mais plus le bois a d’épaisseur, plus aussi ce procédé prend de temps. Avant la flottaison, il est donc préférable de lui donner les dimensions voulues pour le mettre en œuvre. Les bois d’un puissant équarrissage demandent rester plusieurs, années dans l’eau, quoique quelques mois d’été donnent déjil un résultat très-sensible. L’eau chaude, ou plutôt l’eau bouillante fait aboutir au même but, mais elle ne peut être employée que pour de très-petites dimensions.

Comme la sève et les sels ne peuvent être entièrement expulsés du bois par les moyens dont nous venons de parler, que, de plus, les fibres qui le composent conservent toujours l’inconvénient d’attirer l’humidité, il faut pour y obvier enduire le bois de matières impénétrables à l’eau , dont nous parlerons plus loin. Disons toutefois de suite que cet enduit ne doit jamais être employé avant que le bois ne soit presque entièrement sec à l’intérieur, autrement, il pourrirait.

La sève ne cause pas seulement l’amoindrissement et le gonflement du bois, elle amène encore sa pourriture, car elle provoque sans cesse l’humidité extérieure; ensuite la chaleur la lait fermenter et se corrompre , action à laquelle doivent nécessairement participer les fibres du bois. Selon le plus ou le moins d’humidité active , on pourrait classer la pourri-

nois.

turc en pourriture humide et en pourriture sèche. La dernière est une épidémie végétale, contre laquelle tous les préservatifs sont impuissants. La manifestation de la pourriture du bois est accompagnée de la croissance de champignons : comme ils se nourrissent des substances et fluides du bois, il est aisé ‘de comprendre combien ils en accélèrent la destruction. Le champignon fait son apparition sur le bois par des taches blanches, qui le recouvrent à la fin comme une peau blanchâtre , d’une odeur désagréable. Cette peau, à peine de quelques millimètres d’épaisseur, ressemble au liège en croissant; elle atteint quelquefois plusieurs centimètres d’épaisseur, et finit enfin par couvrir comme une masse l’entière superficie du bois. Les très-fines racines de ces champignons pénètrent profondément dans l’épaisseur du bois, et là aussi on aperçoit des points blancs, des champignons qui se sont logés dans les pores du bois. Cette sorte dicotylédones exhalent une odeur désagréable, malsaine et de corruption; ils infectent le bois sain du voisinage et couvrent môme quelquefois la pierre , le mortier, etc.

Ce dangereux champignon , qu’on pourrait appeler domestique, naît dans les endroits où le bois se consume , est en voie de se pourrir, où la lumière ne pénètre pas, où, enfin, l’air ne se renouvelle pas.

La manière la plus simple de se préserver de ce champignon est donc d’éviter l’emploi du bois dans des lieux où il pourrait être atteint de la corruption par le manque de lumière et d’air. Car depuis l’invention ou la découverte de la photographie , on sait quelle est l'action de la lumière sur les objets qu’elle frappe. Si l’on était absolument forcé par la nécessité d’employer le bois dans des conditions où il pourrait s’altérer, comme nous venons de le dire , on devra se servir de bois bien sain, ayant atteint sa maturité et surtout bien sec : en second lieu, tin fera en sorte d’en éloigner tout accès d’humidité, et dans le cas où on ne le pourrait, il faudrait au moins aviser à laisser pénétrer la lumière dans la place où le bois sera employé, et l’exposer de manière à subir de la ventilation. C’est ce qu’on néglige beaucoup trop en F rance.

Cependant il y a des cas où l’on ne peut tenir compte des précautions que nous venons de recomniander. Alors il faut

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choisir et préserver le bois en conséquence, et le mettre à l’abri des inconvénients dont nous avons parlé précédemment. En eux-mêmes, les bois de chêne, d’orme; de mélèze, de pin et de sapin , se pourrissent moins vite que les bois de Irène , du hêtre, d’aune, de bouleau ou même que les bois de peuplier et de saule. Le moyen le plus facile d’empêcher la pénétration de l’humidité extérieure dans le bois, c’est d’employer des enduits qui lui résistent : il s’agit d’enduire le bois de couches de goudron, de peinture à l’huile et appliquées sur le bois quand il est sec. Ensuite on peut encore empêcher pour un long espace de temps les effets destructeurs de l’humidité en passant au feu la surface ou l’extrémité qui doivent être cachées ou enterrées, jusqu’à ce qu’elles soient charbonnées.

Depuis l’établissement des chemins de fer, on a fait de nombreux essais pour découvrir le moyen de préserver le bois de la pourriture. On l’imprègne de matières empyreumatiques, qui agissent contre la corruption , tels que créosote, acide pyroligneux, goudron, etc. On a encore essayé l’instillation des solutions de divers sels : de deux sels, par exemple , qu’on présumait devoir se décomposer réciproquement et former dans le bois de nouveaux précipités, indissolubles dans l’eau.

Parmi les liquides qui ont été employés jusqu’à présent pour l’imprégnation des bois afin de paralyser en partie l’effet des substances corruptrices et d’introduire dans les pores du bois des matières susceptibles d’empêcher la pourriture, on connaît les suivants :

Le sulfate de fer ( acide sulfurique et fer) dissous dans l’eau ;

Le sulfate de cuivre (acide sulfurique et cuivre) dissous dans l'eau;

Chlorhydrate de zinc dissous dans l’eau ;

Solution de sel marin ordinaire.

Eau mère de sel.

Le choix de ces matières dépend de la nature et de la qualité du bois , ainsi que de la manière de l’employer. D’après les expériences actuelles, il est assez difficile de recommander lequel des liquides énoncés doit être préféré à l’autre dans la conservation des bois.

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On a employé cependant alternativement le sulfate de cuivre et l’acide chlorhydrique de zinc pour les traverses des voies ferrées.

L’acide chlorhydrique de zinc a sur tous les sels métalliques l’avantage du bon marché; il n’altère point non plus la couleur d’aucun des bois de sapin; il prend la couleur à l’huile et n’empêche point l’action de la colle-forte.

Le sulfate de cuivre rend le bois incapable de recevoir la couleur à l’huile, car au bout d’un certain temps cette couleur s’écaille et se détache.

Quant à l’acide chlorhydrique de zinc, voici comment on doit le préparer : on casse les plaques de zinc en petits morceaux, on les place dans les pots de terre, et on y verse de l'acide muriatique; l’ébullition produit, au moyen de l’acide muriatique, de l’oxyde de zinc. On laisse reposer la solution plusieurs jours, au moins quarante-huit heures, afin d’y conserver le moins possible d’acide superflu. Après cet espace de temps, la solution, préparée pendant un temps sec et chaud, atteint 56 à 58° Baumé, mais dans un temps humide et froid elle n’arrivera qu’à 52°. Au moyen d’un bain de sable chaud, on peut arriver également à la première température désignée. Trois parties pesantes d’acide muriatique suffisent pour dissoudre une partie de zinc. 11 est toutefois convenable d’avoir une plus grande quantité de zinc quand on fait la manipulation , afin d’empêcher une surabondance d’acide muriatique.

Les solutions du sulfate de cuivre sont employées de 2 1/2 à 4 degrés Baumé : elles se composent de 500 grammes de sulfate de cuivre et 12 kil. 500 d’eau, ce qui donne une solution de 2 1/2 degrés Baumé. »

Les solutions de sulfate de fer se font à 6 degrés Baumé , avec 500 grammes de sulfate et 9 kilogrammes d’eau.

Il nous reste encore à parler ici d’une cause fréquente de l’altération des bois, et qui n’est pas une des moins dangereuses; il s’agit des vers. On sait que des larves de plusieurs espèces et surtout 1 eptinvs attaquent la charpente; et le ver produit par ce dernier insecte est surtout pernicieux, parce qu’il laboure le bois en y faisant des trous longitudinaux, c’est-à-dire en suivant la direction des fibres et des petits canaux conte-

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nant la sève. La larve de ce petit scarabée établit de petites galeries parallèles dans la longueur du bois , séparées à peine les unes des autres par de petites cloisons fort minces. Cet insecte s'attaque surtout aux vieux bois réduits à un état mou par une cause quelconque, ou bien aux bois avec aubier.

Une longue expérience a prouvé que les vers attaquent les bois qui ont été abattus pendant l’été au moment de la plus grande activité de la sève et surtout si ces bois sont mis en œuvre trop tôt, sans qu’on leur ait laissé le temps de se sécher convenablement. On évite les vers en écorgant les bois avant de les abattre : on précipite la maturité de l’aubier, c’est-à-dire qu’on accélère sa conversion en bois. Le meilleur moyen d’éviter le ver, c’est dans tous les cas de n’employer que le cœur des arbres. Tout bois séché à une chaleur de 100 à 125 degrés centigrades n’est que très-rarement attaqué des vers. Il y a aussi tout lieu d’admettre que les bois imprégnés des matières dont nous avons parlé plus haut sont à l’abri de la funeste action des vers.

S’il s’agit de préserver de vapeurs ou d’émanations humides des charpentes apparentes d’intérieur, nous conseillons l’emploi d’une espèce de peinture très en usage en Suède. Cette peinture peut môme ôtre appliquée à l’extérieur sur des pièces de charpente exposées à l’air; elle se compose des ingrédients suivants.

Un kilog. 500 grammes de colophane dissous par la chaleur dans 10 kilog. d’huile de baleine.

Cinq kilog. de farine de seigle pétris en pâte dans 15 kilog. d’eau froide.

Deux kilogrammes de chlorate de zinc dissous dans 43 kilog. d’eau chaude.

La pâte farineuse est mêlée à la solution de chlorate de zinc et bien mariée avec elle ; ensuite quand le mélange est terminé on y ajoute la solution de la colophane et d’huile de baleine. Enfin, on pétrit le tout pour en faire une masse d’égale épaisseur. On prétend encore en Suède que cette peinture, à laquelle on peut ajouter du carbonate de fer, de l’ocre ou de la terre d’ombre ou enfin toute autre couleur terreuse, préserve le bois également de l’humidité et de l’action du ver.

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