DU MORTIER. KM
seulement en dernier lieu qu’il est utile d’employer la chaux le plus tôt possible après sa cuisson.
Quand la chaux nouvellement fabriquée est arrosée d’eau, elle pompe cette eau jusqu’à un quart de son propre poids (poids de la chaux) avec ardeur ou âpreté, et gonfle pour se réduire ensuite en peu de temps en une poudre blanche et sèche. Dans cette transformation de la pierre à chaux cuite en une poudre sèche et facilement triturable (hydrate de chaux), il se dégage une assez grande quantité de calorique, qui forme une vapeur d’une odeur particulière, et qui en s’échappant entraîne de la substance calcaire décomposée. Alors si l’on ajoute une plus grande quantité d’eau à la chaux éteinte, la poudre calcaire se change en une bouillie nommée lait de chaux , dont on forme le principal élément de la composition destinée à lier les matériaux entre eux dans la maçonnerie, composition nommée mortier.
De cette qualité ou propriété de la chaux, il s’en suit qu’on peut la transformer, au moyen de l’extinction, en un lait de chaux d’une parfaite égalité de fluidité. Mais comme les pierres calcaires sont de très-différentes qualités, leur manutention, lorsqu’elles sont réduites à l’état de chaux, sera également très-différente. Faisons remarquer qu’en général on ne peut déterminer la quantité d’eau qu’on doit employer pour l’extinction de la chaux. Le procédé le plus usuel employé dans l’extinction de la chaux ordinaire , où l’on aurait fait usage d’une plus grande quantité d’eau qu’il est nécessaire pour convertir la chaux en poudre en lait de chaux , repose sur l’expérience faite que la chaux éteinte gagne en qualité lorsqu’elle est préservée du contact de l'air et conservée pendant un certain temps dans des fosses humides. Dans beaucoup de localités, on a l’habitude d’éteindre la chaux dans une sorte de caisse carrée en bois, de deux mètres à 2™ 60 en tous sens, et d’environ 60 centimètres de profondeur, alin que le manœuvre puisse broyer ou triturer commodément la masse calcaire avec le croc à chaux. Le fond de cette caisse est un peu incliné vers le côté où l’on a creusé en terre la fosse destinée à recevoir la chaux éteinte. Sur ce môme côté on a pratiqué une ouverture destinée à laisser échapper la matière,
DES MATÉRIAUX PRINCIPAUX
ouverture qui est fermée au moyen d’une Irappe à coulisse.
On met dans la caisse en bois ou tout autre récipient, formé d’un fond de bois entouré d’un bourrelet de terre , par exemple, une quantité de chaux égale au quart du volume du contenant, puis on jette dessus autant d’eau que la chaux en absorbe : on la laisse ensuite reposer jusqu’à ce qu’elle crève, ou se convertisse en poudre. Alors on y môle assez d’eau pour produire une bouillie liquide et toujours en triturant la masse avec un croc ou rabot. Quand le tout est bien mêlé également et qu'on n’y remarque plus aucun petit morceau de chaux susceptible d’extinction , on peut alors ouvrir la trappe et laisser couler la chaux éteinte dans la fosse disposée à cet effet.
Dans le cas où l’on aurait mis trop peu d’eau dans l’opération de l’extinction de la chaux, et où l’on apercevrait encore des parcelles de calcaire non éteintes, on verrait le môme fait se produire que lorsqu’on jette l’eau sur la chaux en premier lieu, et des grains resteront au fond de la caisse ou du contenant primitif. Ces grains non encore dissous se dissolvent alors peu à peu dans la fosse en question.
Quand la chaux qu’on a laissée couler dans la fosse est assez évaporée, il s’y l'orme des fentes ou gerçures à la superficie ; il faut alors la préserver de l’action de l’air, qui serait nuisible parce que cette action de l’air y introduirait de l’acide carbonique. On peut facilement obvier à cette action, en couvrant la fosse d’une épaisseur de sable de 40 à 60 centimètres. Par un séjour prolongé de la chaux dans une fosse humide et recouverte de sable, on obtient non-seulement une masse homogène, mais la terre calcaire fait intimement corps avec l’eau. Or, le mortier composé avec de la chaux préparée ainsi dans une fosse où elle est restée un certain temps est préférable au mortier fait avec de la chaux éteinte à l’instant de son emploi. Le premier est pins compacte, plus serré et plus dur.
11 est prudent de ne pas jeter l’eau trop précipitamtnent sur la chaux qu’on veut éteindre, car il est prouvé que les parties chaudes et non encore dissoutes de la chaux se fondent mal, surtout si l’extinction se fait avec de l’eau froide. Plus cette eau est froide, plus aussi son action est nuisible dans l’opéralion de l’extinction de la chaux échauffée. La condition de cette