‹ L'architecture et la sculpture de la renaissance à Venise (volume 2)Chapitre 18 sur 19 · PLAFONDS · texte numérisé non relu

PLAFONDS

Dans les habitations, dans les palais publics et privés, dans les Églises, dans les couvents (') et dans les confréries ( en particulier dans les Scuole Grandi ). la décoration des plafonds, surtout en ce qui concerne 1' art de la sculpture, atteignit au XV<= siècle un développement considérable.

Il existe encore de cet art appliqué dans un but secondaire à celui de charpentier plusieurs souvenirs auxquels j' ai déjà fait allusion çà et là dans ce livre; mais quant aux grands travaux décoratifs exécutés dans la période dont je m' occupe, soit à cause du peu de durée du matériel employé, soit à cause des démolitions et restaurations d' un grand nombre d' édifices, il ne nous reste aujourd' hui que peu d' exemples sur lesquels appeler 1' attention des amateurs.

Le 3 Octobre 1441 le Chapitre de la Scuola Grande de S. Jean l'Evangéliste décidait de s' occuper du travail du sofità; mais le manque d'argent ne (12 3) Texte It., p. 83.

PERIODK DE TRANSITION

permit pas, ce semble, de mettre la main à une œuvre de cette importance, et r on indique non sans un sentiment d' envie ou de dépit pour le sofilado meravijoso qui était exécuté à la Scuola de Saint-Marc (*) et à celle de la Charité que Sala et sofitado ahia falo over faifl far de f^ran valor a figure destajade suxo la voila (').

Il ne faut certainement pas confondre le plafond de la Confrérie de S. Marie de la Charité, dont parle ce document (*), avec celui qu' on admire aujourd'hui dans la (grande salle et qui fut au contraire commencé en 1461. Je dis commencé cette année-là, car dans un résumé pas très ancien du Catastico de la Confrérie il est dit qu' il existail autrefois un Libretto in quarto ( aujourd' hui introuvable ) ove sono descritli lutli quelli che offersero per la spesa del soffità nelli anni 1461 sino al 1484 {*).

Ces données doivent évidemment correspondre au travail du grand plafond, comme le confirme, du reste, le testament rédigé le 13 Février 1461 par Tommaso Cavazza, lequel laissait en mourant 100 ducats pour la f abrita del sofitado de cette Confrérie (').

Ces témoignages détruisent aussi en grande partie les assertions anecdotiques de certains historiens vénitiens. Voyant la décoration de ce plafond composée en grande partie de têtes de chérubins à huit ailes, ils ont voulu y voir une allusion à la générosité d' un Cherubino Ottali ou Aliotti, membre de la Confrérie, aux frais duquel le plafond aurait été construit, ou lequel, selon d' autres, aurait accepté la direction du travail et y aurait largement contribué à la condition d'y faire figurer son nom; mais les règlements ne permettant pas d'accéder directement à ses désirs, l'ambitieux confrère obtenait son but favori en faisant sculpter en guise de rébus les susdits chérubins (*).

Le plafond divisé avec une grande simplicité a beaucoup d'autres mérites artistiques. Ce qu'il faut admirer surtout, c'est la manière dont les divisions de la partie plane se combinent en se raccordant avec les arcs à la mi-voiile en lunettes.

Dans le ciel vers les angles il y a quatre enfoncements circulaires et dans le milieu un plus grand avec peintures exécutées en d' autres temps. Dans chacun des autres compartiments rectangulaires se trouve, comme je l' ai dit, renfermé un chérubin à grandes ailes, dont la tête, en rapport de hauteur, fut sculptée uniquement dans un but décoratif.

La décoration à feuilles entortillées, de bâtons qui encadrent ces champs et qui constituent aussi l'ossature de la mi-voûte, était aussi souvent employée dans les modénatures analogoes qui partageaient en rectangles les fermetures en bois des portes de nos palais.

La frise à touffes de feuillages, mouvementés et exécutés avec élégance

( 1 ï 3 * 3 c ) Texte It., p. 83.

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et désinvolture, courant sous la demi-voûte de ce plafond a, par le type des lobes végétaux, des analogies avec ceux (toutefois autrement combinés) qui servent à diviser les stalles des chœurs en bois de S. Zacharie et des Frari ; mais surtout elle possède une étroite affinité avec le fragment d' une belle corniche provenant de Venise, qui se trouve aujourd' hui au Musée de Lyon

Dans le plafond de la Carità, la Renaissance est visible dans les cimaises des corbeaux, dans les modénatures de la frise et sur ce point encore dans r adoption des dentelures classiques (i).

Nous n'avons aucune donnée sur l'auteur de ce travail, mais si l'on tient compte qu'en 1461, alors qu'il était question de le commencer, prenait rang parmi les membres de la Confrérie m." Marco di Gian Pietro sculpteur {^) (comme c'était précisément alors l'usage dans ces corporations quand il s'agissait de confier une entreprise à un artiste n'appartenant pas à la compagnie) il est bien permis de supposer que même celte œuvre fut confiée au maître désigné ci-dessus. Je dis même cette œuvre, parce que d'autres travaux l'avaient déjà fait apprécier beaucoup.

Il n' est pas improbable qu' une part de ce plafond ne revienne aussi à son fils Giovanni de Cozzi, à quelques autres de ses parents et à un m.» Matteo Bianco sculpteur inscrit aussi sur les registres de la confrérie mais seulement r année suivante.

Toutefois les registres de la Confrérie nous donnent l' indication suivante (^): 1477, f Ser Matio bianco intajador a san lio. Son mort in la marcha e fo fato el seqiiio adi 2 mar\o 14'jj.

Je parlerai ailleurs de ses fils Luca et Lodovico Bianco.

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