‹ L'architecture et la sculpture de la renaissance à Venise (volume 2)Chapitre 6 sur 19 · LA CA D'ORO · texte numérisé non relu

LA CA D'ORO

Dans ses travaux intitulés La facciata délia Cà d' Oro dello scalpello di Giovanni e Bartolomeo Buono et nomi di pillori e lapicidi antichi ('), Cecchetti a fait connaître cinq documents relatifs aux constructions de ce palais. Mais il s'est borné à ces importantes découvertes, et n'est point allé plus loin dans la recherche ou exposition d' autres documents concernant cet édifice.

Peu après l'architecte Giacomo Boni publiait dans la même revue une étude spéciale sur les crénelures et sur la polychromie de ce palais, examinant avec soin ces deux travaux caractéristiques, et y ajoutant en même temps quelques pages d'érudition p).

Mais dans une étude approfondie de ces vieux papiers, j' ai pu découvrir de nouvelles choses .et d'une si haute portée artistique qu' il ne faut pas s'étonner si j' ai cru utile d' en donner au moins le résumé.

Il ressort de ces documents que les travaux de la Domus Magna des Contarini, à Sainte-Sophie, qu'on appelle aujourd' hui Cà d' oro, commencèrent en 1431. Ce nom de grande maison n'était pas toutefois une appellation donnée tout d'abord et en vue de l'importance de 1' édifice qu'on voulait élever, mais un titre relatif qu'il portait déjà anciennement, et, comme on le verra, plusieurs parties architectoniques et décoratives de la vieille Domus Magna furent remises en œuvre dans la reconstruction du XV« siècle, dont je donne ici les extraits des principaux documents pour la plupart inédits P) :

1421, Mai. On fait des paiements à Maestro Matleo Reverti da Milano lapicida domicilié à Venise à S. Felice ('').

1421, Août. Apparaît dans les registres le nom de m.» Marco di Amadeo maçon, lequel, malgré son humble titre, figure ensuite souvent comme directeur de plusieurs travaux (^).

En 1422, au 18 Janvier figure la.Copia . . . . di Alguni patti scripti per nian di ser Nicholà Bonifacio ....

Sia tnanifesto chôme maistro Zane Bon taiapiera se a accordato lui e so

fio citm 2 so gar^oni che sta al prexenle cttm esso .... sa ben lavorar del so meslier, cum miss. Marin Contarini fio del nohelle homo miss. Antonio .... el perchollator, cum qiiesti pati ....

.... Miss Marin Contarini j promete de darli per suc salario per luj e per sito fio, e per y siio gar%pni ducati CXL e vin quarte (en blanc) a lanno, cum questa cundicion chel dito maistro Zuanne cum ij diti e tegnudi di lavoralj, tuti ij di che se lavora da I" marangona a laltra, e, se per chaxo avegnisse 0 per morte 0 per

(I J 3<5) Texte It., p. 20 et 21.

PERIODK DK TRANSITION 55

ichadatina chossa che y sua garioni ij fallijsse (vînt à manquer) e stio fio, luy y de far Refar y di che y avéra falidi, e se non i podesse far Refar siando vivo luj y die

Xrejar J" de y di che liivora maislro Zanne vada per 2 di dj y sfuo garçon

Vdandoli la ferma per J" anno, e sel dite matslro falisse anche luy i die schontar e ïrefar chôme 0 dito.

Ht dilo maislro Zane impromete .... prima de non lavorar luy ni far lavorar \algun suo gardon ni el fio ne de di ne dj note ad altri, y die lavorar se non i la-

^orieri del dito miss. Marin Cuntarinj che sel dito miss, marin Cuntarini, non

podesse la sua chaxa compir in questo anno el sia in libertade del dito miss.

tarin de iegnillo per fina che lavera compida non pagando a raxon di Anno

bluy del prexio dj sora . . . . e Yo Nichollo bonifacij 0 scripto questo e son testemonio ^a far far y dili pata de compagnia de Maislro Amadio murer. I die cumenxar a lavorar adi 1" \ener 1422 (m. v.) ('). Malgré la date ainsi anticipée et sans doute à cause de l'importance [donnée ensuite aux autres œuvres de maçonnerie et de charpente, les Bono ne commencèrent leurs travaux que dans la seconde moitié de 1424. Toutefois, le I2S mars de cette même année, Marino Contarini versait 40 ducats ( sans douté titre d'acompte) à Giovanni Bono pour acheter une maison et comme celui-ci le savait pas écrire, la quittance était faite par son fils Bartolomeo (').

1425. M." Zuane Bon taiapiera . . . . schomenxfl a lavorar chon mj (Marino

[Contarini) lui chon suo fio Bartolameo e Zane suo fante, e Rosso suo faute (') adi

I4 de Avosto 1424 e die lavorar anno j" per ducati 140 d' oro a raxon de anno e

lianto die aver pluj quanto dira ser Nicholo dehonifaxjo e m." Marco de amadio per

\tsser i suoi fanti maiorj questo secondo anno chel primo me lavora. E tutto qiiello

che el ditto Maistro Zane 0 detti suoi fanti falirà che non lavori in ditto anno qui

Idi solto ne farô notation de dj lavoranli (*). F,t en effet au bas de cette note je

'trouve enregistrées les sommes à déduire de leur compte pour les jours non

employés par eux pour le susdit Marino Contarini, qui en énumérait ainsi

les raisons :

Maistro Zane Bon perché lavora a cha barbaro — en tout ducats / —

Zane e Rosso suoi fanti qui travaillent aussi à Cà Barbaro » 10 —

Bartolomeo so fio che lavora ala misericordia » 11 —

Rosso fante qui travaille à la Miséricorde » i —

Bartolomio so fio che lavora suso una sepoltura » i —

Bartolameo Bon perse per ser Vido da Canal » i i/i

Maistro Zane perse che lave mal e che lavora

piere de mio pare che andi a Pieve » ^o '/j

Bartolamio so fio, Zane so fante che lavorano per mio pare che andb a Pieve » 11 —

(1 2 3<) Texte It., p. Jd et 21.

De plus il est tenu compte de beaucoup d' autres journées de paie perdues pour maladies, fêtes et pour causes non indiquées.

Le 28 Avril 1425, Giovanni au service de Giovanni Bono notifiait à Contarini qu'il cessait de travailler avec ce maître, et faisait sa déclaration 18 jours après 1' autre garrotte nommé Rosso, peut-être son apprentissage terminé.

1325, Maislro Marco de Amadio Murer, ( qui avait déjà fait un contrat pour le puits ) et de aver per passa i^j pie 2 de miiro i quai mesura Maislro lacomo Zelega {}) c M." Marco d' Amadio e M." Zanin Zaraiin (-) ensemble avec mess. Marino Contarini, per L. } s. 10 al passo (3) monta L. /jj s. ij. Par suite toutefois de ce compliment et pour avoir bien servi on lui donna en plus 25 ducats.

La même année, maistro Stefano Fasan taiapiera che sta a S. Severo (■'), père de Gasparino, Fit tore e Zanim, s'engageait afornire i schalini deslavoradii .... .se-

CONDO LE MISURE M.» MARCHO DE AMADIO CHONSEIRA, per la fondametita ; . . . .

le coperte ; . . . . le piere deslavorade per far i pergoli .... de bon nembro de la man grossa in fondo de Rovigno; délie piètre per mensole e gorne, et plus tard, una base

deslavorada, e pie 60 di cornisse che va de sora. soto i archetj dy merli a

soldi ij el pe.

1425. Piane de piera viva le quai... » compra in /' istria m. Matio de Roverti da Milan taiapiera, le quai die esser miera 15 (1500 livres).

Ces lits de pierre furent cédés en 1426 à m. Zane Bon per quelo che le Costa ..... faxflndome 1" straforo per ducati 20 a so piera.

1425, 19 Mai. On paie 20 ducats à maistro Mattio Ruverti da Milan per parle ducati )0, s. 10 j die dar quando .... avéra dado la scala compida

Sous les ordres de Matteo dei Reverti avaient été employés les tailleurs de pierres suivants; M.° Antonio Busatto e m." Antonio Foscolo (ce dernier vénitien), qui travaillaient à la porte principale commencée en Mars 1425, et aux balcons et aux colonnettes de l'escalier dans la Cour;

M." Paolo che lavorà lui aussi aux colonnettes;

M." Gasparino Rosso detto da Milano e m." Giacomo da Comoj qui furent employés aux travaux des campanilij ( tourelles ou piliers suspendus avec aiguilles) placés aux côtés de l'arc de cette porte; aux colonnettes de l'escalier susdit, aux arches et jours de la balchonada (rangée de fenêtres à loggia) du premier étage, et aux gorges des arceaux des fenêtres aux côtés de la balchonada. Ces deux artistes furent ensuite envoyés aux carrières d'Istrie, pour apprivisionner des matériaux nécessaires les lavorieri de maistro Mattio ;

M." Marco da Segna qui sculpta six chapiteaux et sopiè (bases) pour les pilastres supportant les voûtes de l'escalier;

M." Giorgio da Como qui exécuta des piédestaux pour colonnes et la rampe d'un coin;

(1Î3 4) Texte It., p. 21.

wr

M." Niccolo di Giovanni degli Angeli {') dit Romanello qui sculpta la fleur au-dessus de la grande porte;

M." Antonio de Rige\xp du Como ; M." Pietro de Frisoni da Como ;

M." Marliuo fralello di Frisom, qui sculpta les feuillages des corniches et qui en 1429 travaillait encore aux corbeaux. Toutefois le plus grand nombre de ces maîtres <//«' étaient avec Mattio Reverti travaillèrent là durant les années 1425-26, et comme nous le verrons, m." Gaspare Rosso et m.° Nicole Romanello exécutèrent encore après une foule d' œuvres pour leur propre compte.

En 1425 figurent des paiement faits à Ztiane Frison e Frison fio de Vielmo

da Milan (-) .... per parte dei 4 archi grandi du quai. Le dernier paiement qui

leur est fait pour ce travail est daté du 14 septembre de cette année; cependant un Frisoni travaillait encore à la Cà d'Oro en 1430.

En 1437 le 4 avril: Frisono lapicida qiiondam do?nini ser Guiglielmi habitant le quartier de S. Vital assiste à la stipulation d'un acte par-devant le notaire Tabarino Odorico (■'); et un Marcus de Frisono lapicida du même quartier figure comme témoin d'un testament en date du 30 Janvier 1449 (*).

Sur les rapports de ces Frisoni avec la famille artistique du lombard arco detto Friscne e Solaro mort après 1398, signalé par Cafli (^), et avec les utres artistes de la Renaissance de la même maison, je ne sais rien de précis; je citerai toutefois encore un magister Domenicus Frisonus ou de Frixonibus, inisor lapidiini marmoreanim, de Ciimis, filins quondam Antonij, et civis ferrarie de ont." S. M. de Fado, ville où il travaillait en 1474 avec les Rusconi et où, le 23 Avril 1482, il testait encore par-devant notaire (^). Dans cette même ville à la fin du XV<= siècle et au commencement du XVI* travaillait encore un Gabriele Frisoni di Giacomo dit toutefois de Mantoue C). 1426, 22 Janvier (suite des travaux de la Cà d'Oro), Bartolomio taiapiera cbe me toise a far do arcbj di volti che va le cholone . . . . e non chompy et ande via e i era /." so chompagno curim cl quai chompira .... / ditli archi .... délia riva. Pieifi aislro Andréa taiapiera da Milan che lavora i lidij al pala^xp (*). L'un de ces arcs fut achevé par un certain m.» Giacomo Passerotto.

De 1425 à 1428, maistro Nicole taiapiera dito Romanelo lavora 4 lidij me die far in la balchonada en haut, c'est-à-dire dans la loggia supérieure. Et comme ans ce travail il fit bien son devoir, Marino Contarini lui donna en plus un quart de ducat.

Du nombre et de l'étude comparée de ces chapiteaux il est facile de dé-

uire quels furent ceux auxquels travailla le maître susdit. Le motif du feuil-

age, à nervure très accusée, qui entoure transversalement le vase (v. P. 1,

1. 21, fig. 5), est répété trois fois dans cette même loggia et s'écarte com-

(1 Î3 45(i7 R) Texte It.. p. 21 et 22.

plètement des types congénères des décorations architectoniques vénitiennes. Un chapiteau presque semblable mais mieux conservé se trouvé aujourd'hui dans les collections du Musée Civique de Venise, et servait autrefois de support à un bénitier dans l'église de Sainte-Marie-des-Miracles de cette ville; c'était sans doute un don d'un des Procurateurs chargés de la fabrique.

1426, 4 Avril. On paie 22 L. 6. s, au portefaix che porta la porta

granda da chaxa di maistro Matio ed il straforo de la halchonada granda, c'est-àdire la riche porte du premier étage.

Parmi les billets et notes détachés renfermés dans les deux registres de cette fabrique, j'ai trouvé le mémoire suivant sans date, qui d'ailleurs me semble coïncider approximativement avec la mise en œuvre de ces travaux:

Maistro Mathio ne resta a far e prima a compir do teste de do schalini delà schala, ( probablement les ornements des glaces ) ; Item resta a Cumpir delà porta granda, ( qui était un peu plus grande que le plan primitif) i champanielj, el straforo con /' agnolo e /' arma, el foiame va susio per la gropa del archo.

De cette porte qui conduisait de la rue dans la cour, il ne reste plus aujourd' hui en place que le contour rectangulaire à cordons très peu accusés. Dans la muraille où elle se trouve manquent aujourd'hui les crénelures caractéristiques en briques construites en 1452 par m." Cbristofolo murer dei orsinj da Milan ('), lesquelles, d'après le contrat, devaient être exécutées par m." Zuane Ben%pn murer, qui au contraire s'en alla 7." mio de sera de muan (Mogliano?) in suso el trevisam a una possession da cha di hruolo. Les clochetons, la fleur et le susdit feuillage placés sur la porte après 1431, comme d'ailleurs les revêtements en marbre vert dans le fond du tympan, ont été dispersés. En examinant les cinq parapets de la rangée de fenêtres au-dessus du portique à plate-bande ligneuse qui dans la cour fait face à cette entrée ( v. fig. 26 C. et P. I, pi. 21, fig. 1), j'ai pu constater que deux d'entre eux datent encore du XV: siècle, tandis que deux ont été remplacés au contraire, chacun par des segments d'une archivolte accouplés, et l'autre au milieu d'eux, par une figure d'ange mutilée, tenant encore une partie d'écusson ('). Comme il n'y a dans le comptes d'alors aucune indication de deux figures analogues, on peut en conclure que l'ange et les fragments arqués proviennent des démolitions du grand arc de la porte; hypothèse appuyée par le fait que ces fragments ne furent placés là que pendant les restaurations de la Cà d'Oro commencées vers 1847-

Matteo Reverti devait encore : compir j cholone lavorade e fregade de piera da ruigno a longera e grossena de quele se in la mia halchonada grande del primo soler ; Item .... compir 5 soche de piera da ruigno per far i lidi va suso le dite

cholone (morceaux équarris) intérieures; Item compir due piane con i suo

mudiony le quai dovea andar ai laj (aux côtés) la suo halchonada lavorado per

choi

to chôme sie qneh delà chasa de ser Nicholo moresinij fo de miss. Gasparin del ito soler de erto. C cst-à-dire du palais voisin Morosini actuellement appelé Saciedo, aujourd'hui très défiguré mais encore remarquable pour les fragments

des différentes époques qu'on voit sur la façade. Item compir due arme

chon do mie limieri le quai dovea andar sora le dite feneslre.

Le 7 Juillet 1426, Barlolamio fio de maislro '/.une Bon taiapiera déclarait

oir reçu 30 ducats d'or de Marino Contarini s' engageant ainsi à chompir la

haxa del dito miss, marin, de taiapiera al mudo del ditto miss, marin, ed in H-

<ertà da dar a mio padre e a mi de noslra fadiga quelo vora.

La même année Bartolamio taiapiera e maistro Zane bon sa pare .... pro-

mete de dover far Inlli do fiori de marmoro intaiadi a fiorami che va solo i

quatre strafori de i pergoli, c' cst-à-dire sous la jonction ou imposte suspendue des deux arceau.x de chacune des ouvertures des quatre fenêtres k balcons au premier étage. Aujourd'hui à la place de ce?, fleurs qui, à mon avis, différaient peu à l'origine de celles de la grande fenêtre du Portail de la Carta, on voit de pauvres dessins qui n'ont rien de commun avec les types vénitiens.

Les Bono s'engageaient encore à exécuter i." fenestra va in soler di soto il lutto chon so pierc e lutte so fature pour 6 ducats d'or.

En même temps on commençait à mettre en œuvre dans la façade le pin^e (disques) de marmori et à cela s'employaient m." Bortolamio di choTJ da Milan et m." Cristoforo {*) maçons.

^^ De 1426 à 1427 m." Xuam Piero sculptait pour 43 ducats de nouveaux ^^modioni avec têtes de lions pour supporter les bases des balcons. ^B 1426-28. Maistro Antonio huranello sta a muran, exécutait sous les ordres ^Hes Bono des modénatures pour les arcs des fenêtres à balcon et un Canton ^Bdouble pierre angulaire) de la Casa da hasso'fino al primo soler. ^H 1426-28. ni. Luca taia piera faute de Giovanni Bon et beau-frère d' un

^P^rtain m." Daniele murer faisait des travaux d' équarrissage et modénature |)our marches, pour arcs, etc. Dans le même temps travaillait encore un m." Zuanne taiapiera da Verona.

Le 9 Avril 1427. Bartolameo Bono, toujours au nom de son père, reconnaissait avoir reçu de Marino Contarini 20 ducats d'or, lesquels xe per parte

del po\al (margelle) el quai mi Bortolamio i die far per soldi 20 al di ;

et un peu au dessous et à la table se trouve le détail de ce quelo ha lavorado maistro Bortolamyo fio de maistro Zane bon el dito poxal, c' est-à-dire, dj 20 j a s. 20 l dj monta in tuto L. 20J.

1427, 9 Novembre. — [Rosso fante che fo de Zane bom) che fe%e le soaie \tl. . . . poxfll e fo stimado per i gastaldi di V Artc de i taiapiera, che fo maistro 'artin e maistro Z.or%i e maistro Tony e 'Bortolamio gruato ; die aver ducali 6. C) Texte It., p. 22.

6o PREMIERE PARTIE

Cette margelle malheureusement a été vendue en 1892 à M. Carrer marchand d' antiquités, très célèbre par son habileté à se procurer et à 'revendre des objets d'art vénitiens, dont quelques-uns occupent aujourd'hui une place d'honneur dans les collections étrangères (').

Heureusement cette margelle a été reproduite dans l'importante Raccolta délie vere da poxjo di Veneiia, éditée par M. Ferd. Ongania, et j' en ai tiré l'héliotypie n.° 2 de la Planche g.

Grevembroch au siècle dernier en a fait le sujet d'une aquarelle, y ajoutant l'inscription suivante: Le Virtii Cardinali sedenti sul Dorso de Veneti Leoni, servono di misterioso ornamento al pono di Coloro, che fabbricarono Palano a Santa Sofia oggi dal N. H. Bressa p).

Cette vera ou margelle, comme la plupart de ses congénères postérieures à la période byzantine, rappelle surtout dans son ensemble les formes d'un chapiteau. Le motif principal de sa décoration est donné par quatre têtes correspondant aux angles de la cimaise, et dans trois de ses champs intermédiaires, par les susdites figures allégoriques en bas-relief. La couleur rouge diaprée de la brocatelle de Vérone dans laquelle elle a été sculptée, les corrosions qu'a subies cette espèce de conglomérat, et enfin les mutilations accidentelles dont elle a souffert, contribuent à donner aujourd'hui à ce travail un aspect de forme quelque peu confus.

Les susdites quatre grandes têtes jeunes qui sortent des feuillages, sont (autant qu'on peut en juger par leur état de conservation) bien modelées, et les chapitaux disposés avec un certain laisser aller se distinguent par leur désinvolture. Il faut surtout remarquer la tète bandée à cause de sa ressemblance avec les statues inférieures du Portail de la Carta.

Les trois figures centrales ont en général de bonnes proportions, et malgré les difficultés d'exécution inhérentes à la matière sont assez bien exécutées. L' amour nu soutenu par la Charité, dont les hanches manquent de profil, est charmant, et le mouvement, ici assez peu gracieux, de ses jambes, rappelle, comme un motif préféré, le Bambino sculpté dans le tympan de la porte qui donne sur la Place de S. Zacharie (v. fig. 24). Quoique dans les travaux du genre de cette margelle la figure soit en général exécutée décorativement, toutefois comme il s' agit de la première oeuvre connue du plus grand artiste vénitien de cette période, je dirai ici un mot de certaines autres caractéristiques spéciales de ces sculptures. Sur les visages on observe que l' espace compris entre le sourcil et l'œil est plutôt ample et le contour de l'orbite relevé fortement vers l'angle extérieur: l'intervalle entre les yeux est trop petit et leur forme est très oblongue, les paupières supérieures sont minces et mesquines, rappelant ainsi certaines têtes des groupes des chapiteaux de la loggia Foscara

(■ i=) Texte It., p. 22.

ur la cour du Palais Ducal; elles ressortent faiblement de la bulbe sur laquelle 'iris et la pupille sont indiqués par des incisions circulaiies et une petite avité: près des glandes lacrymales les joues s'abaissent fortement tandis que ous les trompes elles se renflent quelque peu. Dans l' ensemble la figure tend s'élargir mais est surtout conventionnelle, spécialement sur certaines exémités.

L'expression du regard des Lions est entièrement humaine. Les feuillages, ui en certains points remplissent peut-être trop richement les fonds, sont dans les parties supérieures plus saillants, bien disposés et lobés avec une variété suffisante de forme, tandis que dans le bas, par la continuelle répétition des lobes uniformément arrondis, du type de nos Brassiche, ils sont plutôt mono-

Itones. Il est à remarquer que le chapiteau de la colonnette supportée par la figure représentant la Force, est du type dit classique composé. Le groupement des modénatures de cette cimaise, spécialement l'emploi des dentelures à petites consoles, constitue un type déjà en usage alors depuis nombre d'années spécialement pour les corniches divisionnaires et terminales de nos édifices (^).

De 1427 à 1428 ser Cristofolo gardon de maisiro Zane bon travailla sur' le sopede e h erte délie firiestre del tneiado, c' est-à-dire aux endroits divisés en ;deux par les murailles et les planchers, formant de petites pièces, appelées pour cette raison mena, et destinées à l'étude des affaires {v. fig. 26). Comme la majorité des riches Vénitiens s'adonnaient au négoce ou commerce, ces endroits formaient partie intégrante de leurs habitations. Mais tandis que pour plus de commodité on réunissait, comme on disait, la maison et le magasin, on sacrifiait les dimensions des pièces inférieures au profit des étages supérieurs, dans lesquels au contraire s'étalait le plus grand luxe d'espace possible surtout en hauteur; et c'est pour cela que les palais vénitiens antérieurs à la moitié du XVI« siècle offrent, même extérieurement, des défauts de proportions, qui tout en caractérisant les habitudes et les mœurs locales, choquent cependant trop l'œil de l'architecte.

Les fenêtres sur le Grand Canal du rez-de-chaussée de la Cà d'Oro étaient autrefois construites comme on le voit sur la fig. 29. Les corbeaux à têtes de lion qui supportaient les solives dans les ouverturs de ces pièces divisées, furent exécutés par le susnommé m." Nicoli dello romanello, comme on le voit par le document suivant: 1428, 25 Septembre — m." Nicholo romanello die aver chel .... fosse 4 teste di lionj va in soto le dofenestre de mie mexadij sora el canal grande ptr L. 8 s. 10 di pixpli. Ces fenêtres sans doute à cause de leur forme

Iqui rappelait les grilles mobiles à 1' entrée des vieux châteaux, étaient appelées saracinesche ou herses.

1428, 3 Juin. — On donne un acompte à m." Corradino tagliapietra per parte de cholone } et vu die far lustre.

1428, 19 id. — maistro Nicholo dito romanelo me die far j lidi de la balchonada da baso che die far maistro Maltio.

Et en effet le 17 Septembre 1429 on payait au nom di m." mattio di reverti ducati 20 a maistro nicholo romanelo per 4 lidij, .... andà in la ... . halchonada del primo soler.

On voit par là que le cinquième chapiteau sur les colonnes de cette loggia, c'est-à-dire le dernier à gauche, qui paraît sculpté par une autre main et semblable à ceux de la cour, avait été exécuté par Reverti, et pour cette raison je le présente au lecteur afin qu'il puisse avoir l'idée d'un autre travail d'un maître, dont on avait jusqu' alors révoqué en doute le titre d'artiste (') et aussi parce qu'il appartient à une autre école que celle de Venise et accuse déjà dans la sculpture une certaine tendance au classique (v. P. 1, pi. 21, fig. 2).

1429, 30 Juin. — On paie 26 ducats à m." Giovanni Bono per il bordonal (architrave) de piera viva che va (soto laloTji) ala porta di la riva, c'est-à-dire sur le pan de mur derrière les colonnes de la galerie (v. fig. 26 B).

Je rappellerai ici pour la généalogie des Bono, que le 20 Juillet 1429 un \uane Bom di ^iliol recevait 20 ducats d'or pour itn maran {^) de pierres de taille destinées au susdit m." Giovanni Bon.

En 1429 on enregistre diverses parts au crédit de m." pantalon taiapiera (qui avait un frère dont nous parlerons plus loin) pour marches, chaînes et lambourdes, dont deux furent employées dans lespergolj deportego del primo soler.

La même année Giovanni Bono sculptait les corniches avec feuillages, che andà in cima ai chantony del soler da basso, le piane rosse che va in el soler de sora, le due fanestre de studio nel soler de solo in lalbergo grando. Con\û ij lidi ( provenant de la vieille Domus magna) de marmoro che ando a le cholône grandj de soto da la riva pour 36 L. 8 s. — Et il fit pie }o */« di gorne intaiade che va in la chale da cha Zustignan per ducati }8 s. 2.

Cette ouverture à entrelacs bien combiné et assez élégant {v. fig. 2y), qui a un certain rapport avec une des grandes fenêtres du Palais Ducal sur le canal, fut mise en place en Février 1431, et on la voit encore dans le mur derrière le portique du quai, sous l'architrave mentionnée ci-dessus.

L' annotation suivante de Contarini est également importante, quoique un peu confuse: 1430, 8 Janvier, Fransescho da padoa {taiapiera) che lavora al palaxxp, lequel devait fournir les colonnes de pierre rouge pour ; pergoli, die aver. . . . che so compare Bortolamio de Zarlo de monselice me de piere grande }o6o . . . monta L. ji s. 16. — E die aver adi primo de Fevrer che a mj de le soe piere rose ducati j d' oro. — E die aver adij dito che de le dite piere rose jo avij do poij

( 1 « ) Texte It., p. 23.

biroly che va da i ladij, e I." peixp de poggio rolo che Iule non valevci meio diicalo

te per non citrgar la mia coscienyt melo le valia ducati uno.

1430, 20 Avril. — Un contrat est passé entre sieur Marino Contarini

l« m." Giovanni Bono, lequel s'engageait à exécuter les travaux que voici ('): Faire les grands chapiteaux au-dessus des coins de la dite maison (et par conséquent aussi le grand avec figures allégoriques, à l'angle du côté de la cour) de manière que la sua tola che liga la cornixe vechia soit saillante; mettre en œuvre la susdite vieille corniche e sel hexognasse chonxar alguna chossa de la

iita hover che el ge manchasse .... de conxar e compir. Faire les arceaux

le pierre d'Istrie {v. fig. 28) i hexognerà in la dita fayi, dont hechadelli bexo- ^nerà sia lavoradi chôme se el desegno e die esser a tnuro pien, et saillir de la susdite corniche un demi-pied et deux doigts. Ces arceaux devaient encore avoir pie do in luxe per chadauno e vol levar intro el terxp el quarto, e si vol sporger fuora da i diti bechadeli quarte tre de pe da ladi de sovra, voltando a muodo elittica ie niexfi vêla e si vuol inlrar pe uno suxo el muro, intendando che i diti archeti

sia de peTJ do in tre luno e non plui sova^adi chomo apar in sul desegno, . . .

fargi per mexp in la fara davanti suxo i bechadeli, lesquels devaient être un dedo grosso pluj largy per hogni fa^a che non se grosso el pe del archelo, e chussi. ...» archeti e bechadeli sur les deux rues, qui à cette époque flanquaient cet édifice. Intentando che inexp archeto vegua per ladi a i chantoni e suxo i diti chantoni voie uno lion sentado chon la mia arma tn le \afe tanto grando quanto el pora vegnir in li diti archeti. Aujourd'hui il ne reste plus qu'un de ces lions, placé plus haut que l'endroit qui lui était destiné, c'est-à-dire au-dessus d'un fragment de la

Icorniche supérieure des susdits arceaux ('■*), laquelle originairement devait s'étendre d'»« chavo a V altro chon el voltar de le chale .... grossa quarte tre de pe e larga a muro pien, saillant de celui-ci d'un pied et demi avec une bande semblable à la bande faite en brocatelle, déjà existant au-dessus de l'étage du milieu, haute d' un demi-pied avec au dessus une dentada che sia grosso una quarta de pe.

La crénelure, qui devait aussi s' étendre sur une longueur de 10 pieds au-dessus de chacun des côtés vers les rues, devait être composée en tout de 64 créneaux grands et petits (^). Vers chaque angle et au milieu de la façade ils devaient être un peu plus élevés; toutefois cette tentative de mouvement dans la ligne supérieure, ne donna pas, comme on peut le voir, pratiquement un grand résultat.

Ordre fut donné de mettre ces créneaux angulaires de manière à former un angle de 45° avec l'alignement de la façade et par conséquent aussi avec les côtés. On voulait encore que chacune des extrémités à feuilles plates de

(' « 3) Te.\te It., p. 23 et 24.

ces créneaux fût ornée d'une boule de pierre rouge, et toutes, en outre, devaient être fregade e lustrade per miiodo che la para in suo cholor.

Maestro Giovanni Bono s'engageait enfin à construire la gouttière. Tous ces travaux devaient être faits pour la somme de 210 ducats d'or, et le 29 Juillet de la même année ce maître recevait le premier acompte.

1430, 24 Octobre — m." Stefano Fasan taia piera a fato marchado . . .. de

porle 10 che va entra i . . . . albergo del primo Soler. . . , e die esser pagado in

qiiesto muodo chel dilo miss. Marin dara al dite .... le porte vechie .... e de Tfinta s. 20 del pc chusi dele erle chomo dj soierj . . . de rtiigno . . . e mi Velor taiapiera fia del djto maistro Stefano Fasan ho fato qiiesto scrito .... Ces travaux devaient être achevés pour Noël de la même année (').

1431, Mai — Contrat entre Contarini d'une part et Antonio di Martine a S. Sien a cha Diedo c m." Giovanni Benxpn, a S. Sten, déjà nommé, tous deux maçons, de l'autre (et non pas m.° Almoro Coppo comme l'écrit à tort Cecchetti), per investir di malmoro tttto quello che manca a rivestir, e saldar le chomessure di merli e archeti, e meter le dentade (') che manca e imhochar la fassada da la lima fino a basse, smallar tout ce qui en a besoin à l' intérieur avec calsina da Padoa, métier el straforo sotto el bordonal delà riva, saliiarne le portique à carreaux, protéger par des bancs de craie les caves et mettre en œuvre les marbres de l'architrave dans la cour et enfin le grand arc sur la grande porte du côté de la terre.

En Juin et Juillet 1431, »».° Tommaso di Chrislofolo y travaillait à raison de 20 sous par jour.

A la riche polychromie naturelle des porphyres, des verts antiques, des brocatelles, aux bigarrures des colonnes et des revêtements en marbre de cette façade, n'offrant plus l'aspect que donne la pierre ponce, comme ceux du nuovo Fondaco dei Turchi ou des façades latérales de S. Marc, mais -brillants et riches de toute la beauté pour lesquels on les recherchait et estimait tant, Contarini voulut ajouter la polychromie artificielle et l'éclat de l'or; aussi le 15 Septembre 1431 passait-il un contrat avec maistro Zuan de Fran^a, peintre de Sant' Aponal {^). pour la peinture et dorure de la façade ('').

De ce qui est stipulé dans cet acte signé par Fnincesco fio del ditio maistro Zuane de franTji, et du compte des dépenses pour ces travaux, nous relevons ce qui suit: dans les crénelures les boules de pierre d'Istrie, (et par conséquent différentes de ce qui avait été commandé d'abord aux Bono), furent dorées; on dora également les petits bâtons des étranglements sous les groupes de feuilles plates des créneaux, les médaillons sur le ruban à spirale placé sous ces derniers, les roses alignées en bani3e sous les arceaux, les deux chapiteaux angulaires (5) avec les lions qu' ils soutiennent, les champs des écussons,

(1 « 3 4 5) Texte It., p. 25.

s cimiers ou fleurs au-dessus des arcs infléchis, les corniches à corde ou relorii nfermant les patèrcs ou disques de marbres de couleurs disposés latéralement a ces arcs dans les caractéristiques champs rectangulaires des fenêtres et dans les panaches extérieurs entre les archivoltes du canal, et enfin les balles enfoncées dans les disques. On peignit au contraire en bleu outremer très coûteux et les fonds entre les arceaux du couronnement, en les parsemant d'étoiles dorées, et les trois bandes traversant chaque écusson Contarini. On peignit en blanc k l'huile (cérusc) tout le reste du couronnement, mais pour les créneaux,

IjBUX aussi en pierre d'istrie, on voulut de plus qu'ils fussent omhriytdi a muodo Me marmoro ctitn qiiakhe segno negro alorno des bords, pour en alléger l'aspect, ■épourvus qu'ils étaient de tout relief ou modénature; on peignit également kn blanc toutes les ruose et vide dans les bandes de type byzantin, tandis que sur les fonds, tant de ces dernières, que de celles de la corniche inférieure et dans celles entre les arceaux du couronnement, on mit au contraire du noir pour simuler des jours ou pour donner plus de relief aux ornements. Enfin pour toutes les parties extérieures en brocatelle on prescrivit d'employer un mélange d' huile et de vernis avec color che le para rosse.

Ces travaux, pour lesquels avait été prévue la somme de 60 ducats d'or, tous frais compris, étaient terminés en 1434.

Giovanni di Francia n'est cependant pas le seul peintre cité dans les papiers de Contarini, car pour les travaux de décoration intérieure ou autres je trouve encore les suivants: m.° Nicole di Giovanni da S. Sofia, m.° Pignuolo sta a riva di Hiasio, m.° Girardo a San Luca et un Maistro Vascho penlor spagnuol, lequel en 1432 recevait à titre de prêt une somme de Contarini.

En 1431, maistro Gasparin laiapiera rosso da Milan me toise a far tuta la investison de i archi de la mia faia de la mia chasa d' avant j de h rive e di tutj i pergolj e de le due fenèstre saracinesche (v. Jig. 29) del meyido e de tiito qnelo manca. A la même époque on prenait note de ce qui lui était dû pour 1° pe\o de piera el coijipra da maistro Maitïo per melter i fondy verdij de l'arma, dans le tympan de la grande porte.

1431-34 maistro nicholo romanclo taiapiera .... me toise a far i mie tre pergoli e la mia chaxa del mio soler da basso de piera viva dagandoli mi piere e malmorj : liitj Ire die esser a mnodo de qnelo de la chasa fo di ser Choslantin de prioltj •uelo e siiso al chanloii inverso sam Zacharia. C'est-à-dire celui (aujourd'hui manquant du parapet primitif) d'une des pittoresques baies géminées angulaires du Palais Priuli à S. Severo [v. Jig. 30 et P. 1, pi. 31, fig. 4). Même les abaques ou tablettes des chapiteaux de ces ouvertures offrent un profil analogue à ceux des loges de la Cà d'Oro (').

1432, 39 Février — m.° Gasparino rossp riceve dncati 4 '/g per la investisom (') Texte U., p. 25.

de la halchonada delà chorie da basso chon do saracittesche ( v. fig. 29 ) fese

maislro matio taiapiera el mercbado . . . . e per lavorier meso de plui duc : '/a-

1434, I^'' mai. — Maistro Nicholo Romanelo taiapiera a tollo a forme Ire pergoly de erto (di siora) de la mia chasa, dagandolij my i marmory. . . . per ducati j6 d' oro, i quai pargolij le cbamere he i lidij e le sopede die esser lavorado chôme se el poTfi da erto de la mia schala ( c'est-à-dire le balcon au-dessus de l' escalier de la cour) e die segutr el cholomelo (colonne ou finca di conti) che la fato luij de i pergolij da basso (désignés) e die meter in uohra .... ; témoin, mi Matheo de Rueverti taiapiera .... (').

1434. — Maistro Piero taiapiera dito pela fio de maistro Nicholo (*), che toise a far do nape de piera de malmoro de i mie do albergy grandy de la mia chasa granda .... chôme per lo desegno he patj apar per ducati 60 luna. . . . doro, le quai el me die dar /.«.... adij 26 d' Avosto i^^ e l'altra adij 26 de fevrer . . .: Il a pour garant d'un acompte qui lui est fait maistro Marsiglio penctor Verip domicilié à S. Giuliano.

Je n'ai rien pu savoir sur le sort de ces deux cheminées, lesquelles m'auraient certainement facilité les études comparatives avec d'autres travaux de paternité inconnue ou douteuse existants à Venise. Je ne crois pas toutefois me tromper pour ce qui regarde les formes typiques de ces œuvres décoratives en présentant une des consoles ou supports recourbés existants au Musée Civique [v. fig. jz), lesquels peuvent parfaitement être des fragments d'un fronton convexe de quelque cheminée exécutée à cette époque (').

1436, 5 Août. — Maistro Nicolo romanelo. . . . se achorda a lavorar chon mi Marino Contarini, i." anno ferma per ducati 26 d'oro alano e dielij far le spese di bocha e per (deux) }.° di chaire. Et en effet ce maître continua d'y travailler jusqu'en 1440.

En 1437, maistro Piero taiapiera da Milan sculpta divers morceaux pour quatre pergoleti sur les rues. Ces travaux qui ne furent pas exécutés selon la mostra, étaient estimés d'un m." Zanin de Milan et du susdit m.° Gasparino Fasan.

Le 28 Février de l'année suivante on prend note que le susdit m." Pietro die aver per lidij e sopede e cholomne el.... me fexe per J° pergolo chôme fa maistro Nicholo da i angoly taiapiera dito Romanelo.... L. 26, s. 8.

Énormes furent les dépenses faites dès le commencement pour l'achat et le travail des bois de charpente en grande partie de larix, dont plusieurs de dimensions absolument colossales, et le principal maître charpentier occupé à cette partie de la construction fut sans contredit Giovanni Rosso.

Dans le compte des diverses sommes pour achat et travaux de fer et autres métaux, figure spécialement il fahbro m. Nicolb Liice, que nous retrouverons à S. Zacharie; et évidemment les plus grandes préoccupation statiques

(» 2 ^> Texte It., p. 26 et 26.

PERIODE DE TRANSITION l^^P <57

ans r emploi de ces matériaux furent pour les angles extérieurs et les arcades de la galerie.

D'autres sommes sont encore mentionnées dans les papiers de Contarini, mais elles concernent des travaux de peu d'importance. Toutefois je terminerai ici l'examen de ces dossiers en citant les artistes qui suivent: m." Michèle Fanle Ji Giovanni Jlotto (1437); m.° Francesco lapicida a S. Severo ; maestro Lorenxp;

.° Giacomello Ragno lapicida aux SS. Jean-et-Paul {*) ; m. Griego da S. Soffia qui en 1426 exécutait les retortolj de la charpente delV alhergo de sotto ou du rez-de-chaussée, et enfin tn.° Jachomello inlaiador che sta a S. Lio {^), lequel en 1429 recevait divers paiements pour la sculpture dei retortolj (dans les poutres ou bordonali) parte tondi e parte cavadi, c'est-à-dire en alternant les vides et les pleins comme dans les corniches de pierre de la façade au-dessus de l'étage

u milieu et dans les colonnettes latérales des fenêtres supérieures.

Il reste maintenant à dire quelque chose de l'aspect général de l'édifice,

r les rapports architectoniques et décoratifs, sur la paternité artistique et sur les vicissitudes et altérations qu'il a subies.

La façade de la Cà d'Oro rappelle dans son ensemble les palais typiques

énitiens du XIII<= siècle, composés, comme je l'ai déjà dit, de galeries et loges, flanquées ou enfermées entre deux ailes ou corps parfois en forme de tours

ais sur le même alignement frontal, et dont la vue de Jacopo de'Barbari 1500), déjà citée, offre de nombreux exemple^. Toutefois dans ce palais l'absence de l'une des ailes en rompt la symétrie et le divise en deux parties d'aspect différent, qui ont pour trait d'union les bandes ou corniches régnant le long des divers étages, la dentelure et la répétition de certaines formes arcliitectoniques.

L'unité d'ensemble ainsi obtenue est cependant troublée à son tour par la sensible variété de proportions des ouvertures et par le défaut de correspondance verticale entre les colonnades des loges et celles de la galerie

uvertc, non moins que par les dissonnances des détails ornementaux, dont plusieurs, quoique retouchés en différents endroits, se font encore remarquer comme appartenant à une période artistique antérieure même au XI\'<= siècle)» ce qui est dû à une sorte d'anachronisme caractéristique des tendances des Vénitiens vers les formes byzantines.

Comme proportions, la hauteur du rez-de-chaussée (c'est-à-dire du niveau de la marée ordinaire jusqu'au-dessus de la première corniche) peut être considérée comme égale à celle du piano nobile, qui est un peu plus élevé que ce dernier, non compris bien entendu les parties de couronnement à arceaux et les dentelures.

IDans la loggia centrale les colonnes, v compris le chapiteau et la base.

sont un peu plus grandes que la hauteur du champ ajouré qui est égal et au double intervalle des axes de deux colonnes consécutives du même ordre, et à la hauteur de celles de la loggia supérieure dans laquelle au contraire l'entrelacs à jours est moindre que les deux tiers de leur hauteur. La partie inférieure de ce dernier entrelacs se compose d'arcs aigus en tiers-point, tandis que ceux d'en face, en haut, sont à arc aigu aplati. Ce genre d'entrelacs commençait alors à se répandre dans l'architecture vénitienne.

Le riche ajour dans l'ordre inférieur n'est qu'une dérivation, peut-être trop agrandie, de celui de la loggia extérieure du Palais Ducal, et tandis que dans l'air majestueux de ce dernier triomphe l'idée architectonique, dans l'autre au contraire l'extrême ou plutôt la minutieuse recherche du jeu et de l'inflexion des courbes accuse un décorateur influencé par les combinaisons du gothique. Le grand ajour du palais des Contarini, comme expression ornementale, rappelle celui de la rangée de fenêtres du palais Arian à l'Ange Raphaël, édifice qui, d' après quelques-uns, aurait été complètement construit dans la première moitié du X1V« siècle ; toutefois cet ajour et autres parties de style ogival à r intérieur sont peut-être d' une date un peu moins ancienne.

Et ici se présente la question : quel fut à proprement parler l' architecte de laCà d'Oro?

En suivant aveuglément Cecchetti et en s'en tenant aux quelques indications fournies par lui et par conséquent sans pousser plus loin les recherches, on a écrit que la « façade de ce palais avait été élevée sur l' ordre des Contarini « par Giovanni et Bartolameo Bon, père et fils, de 1424 à 1430 (') ».

Dans les papiers relatifs aux constructions que firent exécuter en ce siècle les particuliers (désireux d' avoir en résumé le mérite de toute chose) on trouve très rarement le titre de proto maestro donné à l' architecte réellement chargé de la direction et exécution des travaux, et les notes et registres de Marino Contarini ne nous offrent aucun maître honoré de ce nom. D'un autre côté nous n'avons pas certainement tous les contrats, qui durent nécessairement être passés pour les nombreux travaux qu' il s' agissait d' exécuter ; et il faut lout particulièrement déplorer la perte de ceux qui auraient pu contribuer à mieux délimiter l'action de Matteo Reverti et du conseiller de Contarini, c'est-à-dire de Marco d' Amedeo, à qui revient sans doute le mérite de la première conception architectonique de la reconstruction. Première conception seulement parce que, avec le système adopté par Contarini de répartir entre différents maîtres les travaux de pierre, et par conséquent étant donné la rivalité cherchée et assurément inévitable entre ces groupes d'artistes d'écoles différentes, et à laquelle Marco d'Amadeo ne pouvait prendre part qu'indirectement, le grand déploiement de richesses architectonico-décoratives, qui

(') Texte It., p, 27.

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donne surtout à cet édifice un caractère artistique, fut principalement l'œuvre des maîtres tailleurs de pierres. Et comme cela ressort des documents cités plus haut, jusqu'en 1430 la tâche des Bono et de leurs fanti ou servants est incontestablement inférieure à celle de Reverti, chef d'un nombreux groupe d'artistes presque tous lombards, dont plusieurs d'un mérite réel, et auxquels on doit la plus grande partie des travaux intérieurs et bon nombre des travaux extérieurs.

Le travail le plus important des Bono est certainement celui de la corniche et de la dentelure, mais l'ajour de l'étage supérieur, sans doute fait par eux, est toutefois moins important que celui du piano nohile exécuté par Reverti, maître auquel on doit encore le grand escalier de la cour, la porte d'entrée avec ses sculptures, les galeries ouvertes et autres parties intérieures. Il ne faut pas non plus oublier que le nom des Bono ne commence à figurer sur les registres que postérieurement à celui de l'artiste lombard et y disparait bien auparavant. Aussi, malgré tout leur savoir, ne peut-on leur assigner le mérite principal d'une œuvre, qui, comme tant d'autres de la même époque, n'est que le produit collectif de plusieurs maîtres et du goût et du bon sens artistique de ceux qui y prirent part.

Nombreuses furent les modifications qu' on apporta dans la suite à la Cà d'Oro, à commencer par l'adossement d'autres constructions. Il est certain toutefois que les plus grands changements datent de ce siècle.

La planimctrie du rez-de-chaussée (v. fig. 26), remarquable par la disposition des galeries, des passages et des pièces destinées à servir de magasins, peut encore donner une idée de la manière dont était disposé à l'origine le grand escalier découvert de la cour, que Ruskin (') a qualifié de glorieux et proclamé le monument gothique le plus intéressant en son genre à Venise. Mais dans les retouches et les dégâts subis par le palais vers 1847, cet escalier qu'on pouvait encore, malgré son mauvais état de conservation, et qu'on aurait dû restaurer, a été au contraire démoli et ses fragments (moins les lionceaux accroupis de ses appuis-main qui ont été replacés dans les nouveaux escaliers intérieurs, v. fig. 26, A), ont été tous dispersés çà et là dans d'autres constructions. Toutefois j'ai pu savoir en m' informant auprès de plusieurs des capi masiri, qui exécutèrent ce genre de restaurations, qu' il était, quoique ,e dimensions moindres, identique à celui que l'on voit encore aujourd'hui ans la Cour du Palais Contarini à S. Giustina dit aux portes de fer ('), con- .temporain de la Cà d'Uro (v. P. I, pi. 9, fig. 1).

Une des parties les plus caractéristiques de la construction des anciennes urs vénitiennes était l'escalier conduisant au piano nobile, parfois à ciel ouvert :t parfois abrité, comme je l'ai déjà signalé, par un petit toit.

(' «) Texte It., p. -'7.

Quant au type, les escaliers intérieurs les plus en usage dans la première moitié du XV^ siècle se composaient d'une ou plusieurs branches adossées d'un côté aux murailles et supportées par des arches à cintre aigu écrasé ou encore à plein cintre, reposant, bien entendu, sur pilastres progressivement de hauteur différente.

Toutefois l'escalier ne s'appuyait pas toujours, comme à la Ck d'Oro, sur sa partie supérieure à la construction, formant au contraire parfois un gracieux palier défendu dans T antestature, comme les branches, par des parapets composés de colonnettes portant des arceaux trilobés et partagés par de petits piliers, surmontés (comme les balcons des fenêtres) de groupes de feuillages, de grappes, de lionceaux parfois tenant des écussons; souvent aussi ils se terminaient par des têtes humaines la plupart du temps aggroupées. Les colonnes portant la toiture étaient en général de proportions sveltes, et sur leurs chapiteaux était reproduit le système des soutiens à doubles consoles de bois et architraves.

Il reste encore quelques escaliers de ce genre, sinon très commodes, certainement très pittoresques, mais pour la plupart modifiés en raison de leur vétusté ou de l'époque à laquelle ils ont été restaurés.

Parmi les plus intéressants je citerai ceux des deux Cours du Palais Soranzo (Van-Axel); le magnifique du Palais Berabo Rue Magno à S. Ternita; celui du Palais Rizzo ou Maison Goldoni à S. Tomà ; d'une maison sur le Fondamenta dei Tolentini ; du Palais Lorédan aux SS. Jean-et-Paul ; celui à r extérieur des vieilles maisons des Molin à S. Fantino ; celui des Cappello à S. Jean-de-Latran et l'autre de la même famille à S. Maria Mater Domini, commencé après 1382, etc. (i).

Cette forme d'escaliers commença à tomber en désuétude vers la fin du XV* siècle; on adopta de nouveaux types et parfois même ceux' en limaçon tournant en tourelle ; mais nous parlerons de ces derniers dans la seconde partie

Dans les riches habitations on n'employait pas toujours les escaliers de pierre, mais on en faisait encore en bois. .Malheureusement de ce genre de constructions nous n'avons plus aujourd'hui à Venise qu'un seul modèle qui remonte au XV« siècle ; modèle qui a été acheté par le Comm. Ferdinand Ongania et cédé par lui au Musée Civique ('), après que je l'ai eu enlevé de l'endroit où il était menacé d'un sphacèle imminent.

Cet objet précieux, qui se trouvait dans la vieille habitation appartenant autrefois à la famile d'Agnella à S. Maria Mater Domini, se partage en trois branches ou rameaux, dont le dernier, disposé trop à pic, conduisait à une vaste mansarde. Chaque parapet se compose de bandes de planches emmor-

(' «) Texte It., p. 28,

taisées les unes dans les autres, entrecroisées et découpées, de manière à former pour chaque rameau un ajour différent. Les appuis-main, les soutiens terminés par des lionceaux accroupis tenant des brebis, les corniches et les autres parties étaient, ^tant qu'on peut encore aujourd'hui s'en rendre compte, travaillés avec richesse et bon goût (v.fig. j}). Les ornements de la frise du milieu, laquelle s'étendait encore sous le parapet du palier, en partie préservés par plusieurs enduits de chaux, trahissent la main d'un habile sculpteur (v. fig. 34), et par la composition, forme et découpure, rappellent, dans de plus grandes proportions, ceux des coi niches encadrant les fonds à demi-figures dans le IhcEur en bois des Frari (v. P. I, pi. 36). Pour cela et autres détails, il est à lupposer que cet escalier à été également exécuté après 1450. Le bois employé ^st le larix et le sirmolo de la Vénétie (Piniis Ceinhra L.).

Sur plusieurs points des fonds, on voit des traces d'azur, et dans les sliefs des ornements, même l'apprêt pour la dorure.

Dans les fouilles faites pour l'emplacement des escaliers actuels de la "à d'Oro (v. fig. 26, A) on a retrouvé à peu de profondeur du pavé, des piles 3e briques alignées sur deux rangs également espacés, de manière à laisser supposer qu' elles avaient servi de fondations à des pilastres ou colonnes, probablement d'une galerie antérieure à la reconstruction du XV« siècle.

Dans le côté de la cour opposé à l'escalier démoli, on voyait encore "en 1847 une galerie avec plate-bande de bois, semblable à celle qui aujourd'hui fait face à la porte d'entrée, mais formée au contraire d'une seule file de colonnes de marbre grec, lesquelles, enlevées de place, ont passé sous la scie pour servir de marches dans l'intérieur d'autres palais comme celui-ci, alors propriété de la ballerine Taglioni. Cette galerie est aujourd'hui murée.

L'ingénieur architecte Meduna, le pseitdo-restaurateur de ce monument et autres qui ont été maltraités, réformait encore les anciennes pièces divisées dont j'ai parlé plus haut, non seulement en enlevant les planchers et démolissant les herses des deux fenêtres donnant sur le canal, mais encore en accouplant à celles-ci deux autres et y ajoutant, pour comble, cette galerie informe qui les met aujourd'hui en communication.

Si la forme architectonique de ces deux vieilles ouvertures pouvait paraître étrange, l'accouplement des nouvelles et la construction et forme de cette espèce de balcon sont absolument en contradiction avec les lois stalicoesthétiques et avec le caractère de l'édifice. D'autres dégâts et mutilations ont encore été çà et là imposés à la façade, spécialement par l'adaptation d'autres balcons, qui ont été placés même sans respecter l'harmonie de la couleur locale.

Au cours de ces restaurations, d'autres parties ont été emportées, et de ce nombre sont les ])laques ajourées (toutefois exécutées bien après) qui servaient

autrefois comme de parapets dans les entrc-colonnements latéraux de la galerie sur le Canal, lesquelles ont été placées sur' le palier du quai du palais Corner Spinelli, alors appartenant à la susdite Taglioni.

Les deux chapiteaux de la Renaissance qu'on voit dans la porte du côté de la terre de ce palais, viennent, eux aussi, de l'intérieur de la Cà d' Oro.

Je ne parle pas des marbres, des brocatclles et autres matériaux ornant autrefois les pièces de cet édifice et qui ont été presque entièremeut disséminés dans d'autres maisons, non pas toutes à la même propriétaire.

Ce qu'on déplore aujourd'hui d'une manière spéciale, parce (jue cela rend toute la partie supérieure du palais extraordinairemcnt lourde et sans lien architectonique, c'est l'absence des arceaux de la corniche dont le hasard nous a épargné un fragment {') qui a été étudié, il est vrai, mais jusqu'à ce jour inutilement ou du moins sans profit aucun pour un tel monument ou autres applications.

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