I. AIKHITECTURE EGEENNK HEI.LENKU'E
VIe siècle.
Une première grande époque de production architecturale correspond au vi° siècle : elle existe du fait de i'Ionie continentale et insulaire et de la Grande Grèce — alors en pleine prospérité, bien plus que de la Grèce même, et elle manifeste un égal élan de l'art ionique et de l'art dorique.
Topographie monumentale rie l'Hellade.
An débul du siècle, s'élèvent le temple dorique d\t\\as, singulier par le parti exceptionnel d'une architrave historiée, et deux monuments ioniques remarquables par une ampleur de proportions qui ne fut jamais dépassée : le premier Artérnision d'Ephèse, œuvre de Kersiphron de Knosse et de son lils Métagène — incendié par Érostrate en 351) : à Samos, un Eiéraeon à qui tirent pendant, dans l'ordre des constructions utiles, le célèbre port de la cité et un aqueduc, admirable pour l'époque, exécuté par Eupalinos, vers 550, pour le compte de Polycrate, tyran intelligent et magnifique. A ce groupe, il convient d'annexer un temple d'Apol-
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Ion érigé dans la ville égyptienne de Naukratis, concédée aux Grecs par Amasis au milieu du siècle, et que le style des rares débris subsistants apparente à l'Héraeon samien.
A l'autre aile du monde grec furent bâtis : au débul du siècle, à Syracuse, dans l'îlot d'Orlvgie, un temple d'Apollon (improprement dénommé
C I i r ] i •'■ Alinari.
Itil . — Le temple de la Concorde à Agrigente
d'Artémis) et un Olympieion ; à Métaponte, celui d'Apollon Lvkeios, dit, Ghiesa di Sansone; le temple de Invente; à Sêlinonte, les temples distingués parles lettres Cet D. La deuxième moitié du siècle vit construire, à Péestum, le temple connu sous l'appellation de la Basilique el, un peu plus tard, celui de Déméter ; à Métaponte, le sanctuaire nommé Tavole paladina; à Sêlinonte, le temple d'Apollon, étiqueté G ou T dans la nomenclature monumentale du lieu. A ces diverses applications de la foi-mule dorique s'oppose un exemplaire de l'ionique, offert par le premier temple de Locres.
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La contribution de la Grèce propre, continentale el insulaire, apparaît bien plus modeste. C'est, édifié par Corinthe, alors la plus florissante de ses cités, un temple d'Apollon: à Délos, un sanctuaire du même dieu, centre religieux de l'Ionie; un autre à Delphes, bâti dans la seconde moitié du siècle, ruiné par un tremblement de terre en 373, et aussi deux édicules de style ionique, un trésor et un hall, consacrés, le premier par les Cnidiens (F. 163), le second par les Athéniens; un temple à Tirynthe, dont il reste des fragments. Sous le gouvernement éclairé de Pisistrate (561-528) et de ses fils (528-510), Athènes, organisée depuis le début du siècle par Solon, préludait à ses destinées artistiques, en élevant sur l'Acropole son premier temple à Athéna, l'Hékalompédon (le « temple long de cent pieds »); en amorçant la réalisation d'un programme d'Olympieion conçu en des proportions exceptionnelles, en dressant sur l'Agora un Autel des douze dieux, en installant une fontaine dite Ennéakrounos ou Kallirrhoé.
Au cours du vie siècle se développa l'adolescence de l'architecture grecque : encore incertaine et tâtonnante au début de la période, elle était, vers la fin, en voie de mettre au point la formule des ordonnances dorique et ionique.
Ve siée le.
La maturation s'acheva au cours du v" siècle, favorisée par un concours heureux de circonstances morales et politiques.
Les deux premières décades furent une période singulièrement critique pour l'hellénisme, également menacé, du côté de Test, par les Perses et, à l'ouest, par les Carthaginois. L'Ionie d'Asie Mineure succomba et il lui fallut un siècle pour se relever : aussi ne trouve-ton à citer à son compte que la construction d'un temple de Cybèle à Sardes (vers 440). Par contre, la même année 480, les Hellènes de Grèce et ceux de Sicile repoussaient l'assaut avec un même bonheur, les premiers à Salami ne, les seconds à Himera.
L'élan pris pendant la lutte, l'ivresse du succès, une exploitation avisée de la victoire déterminèrent un merveilleux essor matériel, moral et intellectuel. L'architecture en bénéficia, d'ailleurs bien servie par l'ardeur bâtisseuse de quelques hommes d'Étal supérieurs, passionnés pour l'embellissement de leur cité : tels, à Agrigente, Théron, maître du pouvoir en 488 ; à Syracuse, Gélon et son fils Hiéron (485-407) ; à Athènes, Périelès, au cours d'une administration de trente années (461-429).
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L'effort des villes siciliennes fut magnifique. Agrigente mérite une mention spéciale en raison du nombre et de l'importance de ses entreprises que sa ruine par les Carthaginois en 406 ne lui permit pas de parachever : temples des Dioscures, de Déméter, d'Asklépios, de Zeus Polieus, d'Héraklès ; de «liera Lakinia », spécimen remarquable de l'art dorique; de la Concorde (F. 161), un des mieux conservés parmi les monuments
Itii. — Les Propylées de l'Acropole d'Athènes.
grecs; de Zeus, supérieur, par la taille, aux plus grands édifices d'Asie Mineure. Viennent ensuite : Sélinonte avec ses temples catalogués A et /? et son « temple d'Empédocle »; Ségeste, avec son temple dont la construction, commencée vers 430 et réalisée dans le meilleur style, fut interrompue en 409 par l'invasion carthaginoise; Syracuse, avec son théâtre colossal...
De son coté, la Grande Grèce se signalait par l'édification sur un promontoire, à proximité de Crotone, du temple d'Héra Lacinia, sanctuaire commun des cités achéennes d'Italie, dont il ne reste plus qu'une
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colonne, et surtout, vers le milieu du siècle, par celle d'un des chefsd'œuvre de l'architecture dorique, le temple de Poséidon à Pœstum (F. 159, 200).
La métropole aurait été éclipsée par ses colonies d'Occident, si Athènes ne lui avait assuré - — à défaut d'une égale quantité de monuments — l'avantage de la qualité. À la vérité, trois peuples péloponnésiens sacrifièrent à l'architecture : avant le milieu du siècle, les Éléens lirent bâtir par leur compatriote Libon le temple de Zeus à Olympie qui, renversé par un tremblement de terre au vr siècle de notre ère, ne montre plus que les premières assises de son élévation ; les Eginètes, sans doute après Salamine où leur Hotte s'était couverte de gloire, érigèrent un temple à la déesse Aphaia; les Phigaliens lirent les frais d'un sanctuaire consacré à Apollon Epikourios à Bassse, œuvre de l'Athénien Iklinos qui l'acheva vers 430, Les premiers montraient le style dorique, que le dernier associait à l'ionique. A la même époque, le groupe monumental de Dé/os s'accroissait d'un temple bâti par les Athéniens et celui de Delphes de deux « trésors », construits pour le compte, l'un de Sicyone, l'autre d'Athènes, celui-ci datable des années qui suivirent Marathon et qu'il a été possible de restituer.
Durant le deuxième tiers du ve siècle, YAttique fut une terre d'élection pour l'art de bâtir et l'Acropole de sa capitale offrit l'aspect d'un chantier. Exallée par des triomphes militaires qui lui avaient assuré' l'hégémonie île la mer Egée, enrichie par une pratique intensive de l'industrie et du commerce, maîtresse de disposer d'un trésor où affluaient tributs de sujets et contributions d'alliés, favorisée par la possession, à proximité de ses murs, decarrières de calcaire et de marbre, entraînée enfin par un homme qui voulait qu'elle fût, pour employer ses propres termes, « dans les temps à venir l'objet de l'admiration du monde », Athènes prodigua les millions aux architectes : à Kallikralès, pour une chapelle d'Atbéna Niké commandée vers 450, complétée par une balustrade en 408 (F. 164) ; au même artiste et à Iklinos, pour l'édification, poursuivie de 447 à 438, d'un temple appelé « le Grand » ou d'Atbéna Polias et qu'une extension à l'ensemble du nom d'une de ses parties, la « salle des vierges » [Parthënon a doté d'une dénomination de glorieuse mémoire (F. 197 : àMnésiklès, pour l'ordonnance, réalisée de i37 à 432, au prix de douze millions, d'une entrée triomphale de l'Acropole, les Propylées, une merveille de Fart, au juge-
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ment de l'antiquité (F. 102, 218) ; à dos maîtres, à nous inconnus, pour un Odeion contemporain du Parthénon; pour un temple d'Héphaestos, improprement dit Théseion, achevé vers 421 (F. 305, 213) : pour un Asklépieion, fondé vers 420; pour un sanctuaire, dit Erëchthéion, commun à Athéna, à
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163. — Le Trésor des Cnidiens à Delphes. Restauration de Tournaire (dans llomolle, Fouilles de Delphes).
Poséidon, à Erechthée, commencé vers 420, partiellement incendié vers 400, achevé au début du iv" siècle (F. 165). Hors de ses murs, elle lil encore les frais, vers le milieu du siècle. à Eleusis, d'un « télestérion » commencé par Gimon, doublé par Périclès; à Rhamnus, d'un temple de Némésis ; un peu plus tard, au cap S'ounion, d'un temple de Poséidon...
C'est à Athènes, dans le troisième quart du v' siècle, que l'architecture
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grecque, sous l'espèce ionique comme sous la dorique, accomplit sa splendide maturité. Prédestinée par sa position à la frontière des deux grandes provinces du monde hellénique, favorisée par la chance d'un essor à une époque où tous les problèmes avaient reçu des solutions très approchées, incitée aux raffinements par l'ampleur des ressources dont elle disposa et par l'exceptionnelle faculté de construire tout en marbre, l'école attique atteignit, dans l'exécution des détails comme dans l'ordonnance des ensembles, un degré de perfection technique et formelle qui lit d'elle la reine incontestée de ses émules nationales et un modèle pour la suite des temps1.
Première moitié du IVe siècle.
Avec le ve siècle se clôt l'ère héroïque de l'architecture grecque. La première moitié du suivant est marquée par une évidente réduction de la commande monumentale. C'est que désormais c'en est fait, ou presque, de la production jusqu'alors si régulièrement abondante de l'Hellade d'Occident, en hutte aux assauts répétés des Carthaginois, des Etrusques, des indigènes et bientôt des Romains. Seule Syracuse prospère et s'embellit sous Denys I (406-367).
L'Ionie d'Asie achève de se remettre des malheurs qu avaient déchaînés les guerres médiques. Dans la Grèce propre, Athènes est sous le coup des désastres subis pendant la guerre du Péloponnèse : du moins ne trouvons-nous à lui attribut1!' pour cette période que l'achèvement de YErechthéion en 395 et l'érection, dans la Marmaria de Delphi'*, d'une gracieuse <■<■ tholos », dorique au dehors, corinthienne à l'intérieur. Le Péloponnèse supplée dans une certaine mesure, en élevant, au début du siècle à Némée, son centre religieux, un temple de Zens ; à Tégèe, un sanctuaire d'Athéna Aléa, œuvre du sculpteur parien Scopas ; à Olympie, unMétroon; surtout, à Épidaure, un ensemble important de monuments religieux et civils : un temple d'Esculape. des bâtiments à l'usage des pèlerins, une « tholos », objet de l'admiration des anciens, enfin un théâtre, considéré par l'antiquité comme le chef-d'œuvre du genre T. 174), l'une et l'autre
1 Rappelons l'exael synchronisme de cette splendide (loraison.architecturale avec un essor intellectuel que mesure la production d'un Sophocle (vers 4'jo-4U6). d'un liuripide (480-407), d'un Aristophane (vers 430-après 390), d'un Thucydide (470-vers 3'j:> . d'un Soerale (4t>'J-400) . Notons encore qu'elle fui contemporaine de l'époque on Athènes assuma le rôle de capitale de la civilisation hellénique., de centre de ralliement pour les maîtres de la pensée. C'est, en effet, vers le milieu du v» siècle qu'Anaxagfere de Clazomène inaugura dans ses murs l'enseignement des sciences. Hippocrate de Chios celui de la gé Strie, l'rotagoras d'Abdère — que
devait bientôl concurrencer Gorgias de Léontium — celui de la rhétorique, etc.
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devises par l'architecte Polyclète vers 350. Ajoutons, au compte de la Macédoine, à Palaiitza, les ruines d'un palais attribuable au règne d'Archélaos. Le style de ces monuments, qui sonl de belle qualité, tend vers plus d'élégance dans les formes et plus de richesse dans le décor.
Depuis le milieu du IVe siècle.
Cette évolution se précipite au cours d'une cinquième époque, qui