Allée couverte de Bagneux
giles essais de cette enfance de l'humanité, pour que soit possible une exacte délimitation du domaine de l'architecture néolithique.
Tout au plus peut-on noter que dans l'état présent de la connaissance, l'aire des dolmens préhistoriques — dont la parenté semble incontestable — constitue une zone allongée depuis l'Irlande, la Bretagne et le Portugal, jusque dans l'Inde et au Japon, englobant, outre les pays précités: l'Angleterre, la France, l'Espagne, l'Afrique du Nord, la Scandinavie, l'Allemagne du Nord, les îles Baléares, la Corse, le sud-est de l'Italie, Malte, la Bulgarie, la Grimée, le littoral nord de l'Asie Mineure, la Syrie, l'Egypte
CHRONOLOGIE ET TOPOGRAPHIE MONUMENTALES 3
méridionale, le Soudan égyptien, le Caucase et la Perse. Toutefois, sous le rapport de la densité et de l'importance des monuments, ces diverses contrées apparaissent très inégales. Les plus riches appartiennent à l'Europe occidentale et nord-occidentale. En tète se place la France, où se
Cliché .les Monuments Historiques.
Menhir de Peninarch.
distinguent : la Normandie — allées couvertes de Fontenay-le-Marmion (Calvados) ; les îles anglo-normandes — dolmen de YAncressë à Guernesey ; le bassin parisien — allée de la Justice à Presles, grotte sépulcrale artificielle de Jouy-le-Comte (Seine-et-Oise) ; la Champagne — crypte de Mizy (Marne), hypogées de la vallée du Petit-Morin (arrondissement d'Épernay) ; l'Ouest — allées couvertes de liagneitx près Saumur (1), de Bournand près
4 L ARCHITECTURE PREHISTORIQUE
Fontevrault, dolmen de la forêt de la Boire (Charente), etc. ; les confins méridionaux du Massif Central — dolmen de Liuernon (Lot), cromlechs de la Can-de-Ceyrac (Gard), allée couverte de Collorgues (arrondissement d'Uzès) ; dans le sud-est — Grotte des Fées au nord-est d'Arles, dolmen de Draguignan ; le sud-ouest pyrénéen — dolmen dit Caxa de Rot/and à Arles-sur-Teeh (Pyrénées-Orientales) ; la Corse — dolmen dit Stazzona de Fontanaccia, près Sartène; mais surtout la Bretagne, notamment dans le Morbihan et le Finistère — alignements et allée sous tumulus du Mont- Saint-Michel à Carnac, Pierre de la Fée et dolmen des Pierres plates à Locmariaquer, menhir de Plésidy (Côtes-du-Nord), cromlechs à'Er-Lanic (Morbihan), allée couverte de l'île Gavrinis (Morbihan), etc. En seconde ligne viennent les Iles britanniques, grâce aux monuments de l'Ecosse; de 1 Angleterre — cromlechs à'Avebury à Test de Bath et de Stonehenge au nord de Salisbury; du pays de Galles — dolmens dit Arthur s Stone, dans la presqu'île de Gower près de Swansea et de Penter-Ifan dans le comté de Pembroke ; de l'Irlande — allée couverte de New-Grange près de Drogheda, etc. Long- aussi est l'inventaire des constructions mégalithiques de la Péninsule ibérique, surtout dans le nord du Portugal — dolmen dit Lapa dos Mourus près d'Ancora, et en Espagne - - allées couvertes à'Antequera, au norddeMalaga et de LosMillares, près d'Almeria. De même pour le Danemark, le Schleswig, le Holstein — tumulus à'Uby; pour la Suède — allée couverte de Karleby ; pour l'Allemagne, etc.
Des restes de logis terrestres existent en Allemagne — station de Grossgartach à l'est d'Heilbronn ; en Hongrie, station de Lengyel (comitat de Tolna) ; en Bosnie — station de Butrnir (à l'est de Serajevo) ; en Grèce — station à'Orchomène ; dans l'Archipel, etc., etc., tandis que des débris d'habitations lacustres sont livrés par les lacs du sud-est de la France, de la Suisse, de l'Italie septentrionale, de l' Allemagne du Sud, de l' Autriche- Hongrie...
11 paraît bien que, dès l'époque néolithique, le bassin oriental de la Méditerranée fut le siège d'un foyer dont le rayonnement se lit sentir vers l'ouest par la voie de mer et vers le nord par la route du Danube, de la Moldau et de l'Elbe. Ce qui, d'ailleurs, n'exclut nullement la notion d'un développement original dans les autres contrées aboutissant, clans des conditions analogues, à des résultats voisins, mais cependant inférieurs par la faute de circonstances moins favorables. N'oublions pas, du reste, qu'en ce chapitre, les précisions chronologiques ne sont pas moins difficiles que les topographiques. Non seulement nous manquons de repères certains,
LES PROGRAMMES ET LEURS REALISATIONS 5
niais encore nous risquons d'être trompés par la persistance des modes et des procédés de l'époque néolithique au cours de l'ère historique, voire jusqu'il nos jours, chez des populations ou peu douées ou mal loties ou à l'écart des courants de la civilisation1. En se référant aux calculs les plus prudents de la chronologie, on peut, provisoirement, localiser, pour l'Egypte vers le milieu du quatrième millénaire avant notre ère, pour la Crète quelques siècles plus près de nous, le passage de la phase préhistorique à la période protohistorique de l'architecture.
LES PROGRAMMES ET LEURS RÉALISATIONS
L'habitation de l'homme néolithique consistait communément en une petite case, plutôt circulaire que carrée et en partie creusée dans la terre. Le progrès de la civilisation suscita une ébauche de distribution distinguant une cuisine avec foyer et fosse à détritus, et une chambre à coucher; la différenciation résultait, suivant les régions, d'une division de la hutte en deux locaux isolés par une cloison — celui à usage de dortoir ayant son sol surélevé — ou de la juxtaposition de plusieurs cabanes.
L'essentiel du tombeau préhistorique est un réduit généralement carré ou rectangulaire, parfois circulaire ou polygonal (3). Tantôt — il reçoit alors la dénomination de ciste — il a la forme et les dimensions d'un caisson ; tantôt — alors on l'appelle dolmen — il offre celles d'une chambre plus ou moins spacieuse qui peut mesurer : en surface, de moins de 4 mètres carrés à plus de 70 ; en hauteur, de 1 mètre à 3m,50, et dont l'entrée est close par une dalle généralement mobile, souvent percée d'un trou circulaire (3, xiv); parfois existent des caveaux annexes. Souvent la chambre est précédée d'un vestibule ou plutôt d'un couloir, plus ou moins long et large, d'ordinaire rectiligne, parfois coudé : à l'île Gavr'inis, il mesure 12m,o0 par lm,30 (3, xn) ; à Bagneux, 20 mètres par 7 mètres (1) ; à New-Grange, 31 mètres (3, ix ; 7, iv). L'ensemble d'un dolmen et d'une avenue prend le nom à! allée couverte.
Rares sont les hypogées, d'ailleurs, — sauf dans le cas d'une extrême friabilité de la roche, — interdits à des hommes dont l'outillage était
1 Cf., par exemple, la persistance du dolmen chez les Hovas de Madagascar et chez les Khasias de TAssam.
L ARCHITECTURE PREHISTORIOUE
misérable : comme exemples, nous citerons les grottes sépulcrales artificielles delà vallée duPetit-Morin et celle de Jouy-le-Comte (3, xvi . Plus fréquentes sont les « allées couvertes » réalisées par rétablissement d'un plafond au-dessus d'une fosse creusée dans la terre ou dans le roc : telles les
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