DEUXIÈME PARTIE
LES PREMIÈRES ARCHITECTURES DE L'ASIE ANTÉRIEURE
Nous avons déjà eu l'occasion de signaler la situation et le rôle historique des premières architectures de l'Asie antérieure par rapporta celles de l'Egypte et de la Mésopotamie : situation à la fois de dépendance certaine et d'originalité relative ; rôle d'émissaires vers l'Occident des inventions réalisées aux bords du Nil et de l'Euphrate. Nous allons voir qu'elles tiennent de manifestations nombreuses et significatives de savoir et d'initiative des droits à notre attention sympathique.
Les peuples hittites ou hétéens — ■ ceux que la Bible nomme Hittim, les textes égyptiens Khiti, les assyriens Khàti — avaient pour domaine propre : d'une part, la région orientale de l'Asie Mineure qu'arrose le Kyzil Ermak (Halys) et qui était leur berceau; de l'autre, la Syrie septentrionale entre l'Euphrate et le golfe d'Alexandrette. Mais il fut des époques où leur empire s'étendait, vers l'ouest, jusqu'à la mer Egée et, du côté du sud, jusqu'aux confins de la Palestine.
TOPOGRAPHIE ET CHRONOLOGIE MONUMENTALES. LES CONDITIONS HUMAINES ET NATURELLES. DÉPENDANCE ET RAYONNEMENT
C'est aux étapes ou aux carrefours des routes naturelles de l'Asie antérieure, empruntées de tout temps par l'expansion commerciale ou guerrière
soit des empires mésopotamiens vers la mer Noire ou la Méditerranée, soit de l'Egypte vers l'Asie mésopotamienne, que se rencontrentles monuments connus de l'architecture hittite. Sur le plateau anatolien, vers le centre de la grande courbe de l'Halys, au lieu dit Boghaz Keui, nœud de toutesles communications avec les mers et les contrées voisines, se voient les ruines d'une capitale, Ptéria, ceinte de fortes murailles à l'intérieur desquelles se distinguent les soubassements d'un palais ; en des sites voisins, dits Yasili-Kaija et Euijuk, s'offrent un sanctuaire et un palais ; à
Ghiaour Kalesi, au sud d'Angora, subsiste une forteresse. En Syrie, au coude que dessine l'Euphrate après sa sortie des monts, la ville forte de Carchemis ou Gargamish commandait le meilleur gué du fleuve. Sur le chemin de Carchemis au golfe d'Alexandrette, au sud de Kazen-Ali, les positions de Sakje Geuzi et de Sendjirli étaient gardées par des cités solidement cuirassées. Ce même rôle était tenu par Kadesh sur la grande route que la vallée de l'Oronte ouvre du nord au sud vers la Palestine et l'Egypte.
Dans l'état présent de la connaissance historique, c'est à quinze cents ans au moins que nous pouvons évaluer la durée de la civilisation hittite, du début du deuxième millénaire avant J.-C au milieu du premier. Jusqu'au xne siècle, la tète de l'empire hittite fut en Asie-Mineure, à Ptéria, dont l'enceinte est datable du xive siècle et le palais du xne. Les ruines de Sakje Geuzi et de Sendjirli, évoquent une période comprise entre le xine et le vu" siècles. Au ixe siècle la puissance hittite entra en décadence et la prise de Ptéria par Crésus, au milieu du \T siècle, mit fin à son histoire.
Sur l'importance de la demande monumentale d'ordre religieux nous manquons d'informations; mais nous savons que la commande laïque fut considérable, déterminée, d'un côté, par le besoin de fortifications consécutif à un état endémique de guerre étrangère ou civile; de l'autre, par le luxe de souverains dont la puissance et les ressources s'induisent du fait qu'au début du xviii6 siècle avant notre ère, l'un d'eux saccagea
Aire de l'architecture hittite.