LES PREMIÈRE ET DEUXIÈME ÉPOQUES DES ARCHITECTURES ÉGÉENNES
Au groupe d'écoles orientales que nous venons de passer en revue, l'historien de l'architecture antique trouve à en opposer un occidental dont l'aire couvre l'ouest de l'Asie mineure depuis le Bosphore jusqu'à la hauteur de Chypre (Troade, Phrygie, Lydie, Carie, Lycie); la Grèce, l'Archipel, l'Italie centrale (Etrurie) et méridionale (Grande Grèce et Sicile).
La mer Egée, en bordure ou à proximité de laquelle sont situés ces divers pays, joua dans leur vie un rôle si essentiel qu'on est fondé à choisir son nom pour la rubrique d'une présentation globale de leurs pi'oductions architecturales.
La légitimité de cette conception unitaire résulte de la communauté relative de civilisations qui se développèrent dans des conditions physiques et humaines analogues, furent en relations plus ou moins étroites et subirent à des degrés divers une même influence artistique.
Toutes en effet furent, surtout durant leur phase de croissance, dans la dépendance de l'Orient, dont l'action se trouvait d'ailleurs singulièrement facilitée, voire nécessairement déterminée par la géographie. Sans parler de la fatalité de leur infiltration en Asie Mineure occidentale et maritime par le canal des civilisations hittites et syriennes limitrophes, les inventions mésopolamiennes et, à partir du xu° siècle, les traductions et les adaptations phéniciennes, devaient se répandre au loin par la voie du cabotage, grâce à la configuration de la région égéenne, toute en péninsules et en îles disséminées à court intervalle ; d'autre part, la régularité des vents étésiens alternativement orientés du nord au sud en hiver et du sud au nord en été, permettait des relations directes avec l'Egypte plus lointaine.
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Cependant, s'il y eut dépendance et emprunts, il n'y eut jamais imitation servile et la part de l'ancien Orient dans l'œuvre des architectures égéennes consista surtout dans l'apport de ferments eflicaces et de quelques germes qu'elles naturalisèrent en leur domaine. Finalement, elles aboutirent à la constitution d'une personnalité artistique qui rayonna à son tour bien loin de son berceau, réagit même sur l'Orient et proposa des modèles dont vingt siècles écoulés n'ont point aboli le prestige.
Le développement historique de cette famille d'architectures peut être remonté jusqu'aux confins de l'âge néolithique, soit jusqu'au ive millénaire avant notre ère. Mais on ne saurait lui faire honneur d'une production artistique avant le début du 11e millénaire. Comme sa vitalité se prolongea jusqu'au xve siècle de notre ère, c'est par environ trente-cinq siècles que se mesure sa place dans le temps.
La totalité de la région égéenne fit preuve, à des degrés divers, d'aptitudes à l'exercice de l'art de bâtir : toutefois, certains cantons privilégiés se distinguèrent par des facultés supérieures : en tète, la Crète, l'Asie Mineure ionienne, l'Attique, Byzance; une place en deuxième ligne revient à la Grèce, à la Sicile, à la Grande Grèce et à l'Etrurie.
Bien que, dans une bonne mesure, l'histoire collective des deux premières époques des architectures égéennes manifeste un développement un et progressif, on y distingue deux grandes périodes.
Une première, antérieure au xir siècle avant J.-C . , est celle de la production de deux écoles sœurs, la Cretoise et la mycénienne, celle-ci cadette de celle-là et n'ayant pris essor qu'après que son aînée se fut éteinte vers le xv° siècle. Elle fera la matière d'une première partie coupée en deux chapitres.
La seconde qui débute vers le ixe siècle appelle également une division de son étude en deux sections : une préhelléjiique comprenant les architectures de l'Asie mineure phrygienne, lydienne, carienne, lycienne et de l'Etrurie, entre le ix° et le v' siècles avant notre ère ; une seconde, affectée à l'architecture hellénique, depuis ses débuts au vin" siècle jusqu'au terme extrême de sa vieillesse au 111e siècle après J.-C.
Quant à la troisième lloraison des architectures égéennes — celle qui s'accomplit, en fonction de la civilisation byzantine, du vie siècle de notre ère au milieu du xve — nous en réservons l'examen pour le tome second de cet ouvrage.