LES ARCHITECTURES PRÉHELLÉNIOUES DE L ASIE MINEURE OCCIDENTALE
De sa brillante civilisation qui ébloui! le momie égéen, il reste de grands souvenirs, mais peu de vestiges : c'est, à Bélévi, sur la route d'Ephèse à Sardes, un grand tombeau sous tumulus ; c'est, surtout, à 12 kilomètres au nord de Sardes, près du lac Coloé, une nécropole que domine de liaut le tombeau d'Alyattes, le père de Crésus, mort en 50 1 .
Carie - En possession du territoire fertile de la vallée du Méandre et du littoral découpé à souhait qui se développe entre Samos et Rhodes, bien situés à l'angle sud-ouest de l'Asie Mineure pour rayonner à volonté vers la Grèce, la Crète, Chypre, la Syrie et l'Egypte, les Cariens s'adonnèrent de bonne heure à la navigation, de l'invention de laquelle la tradition leur faisait honneur et, après le déclin de la puissance Cretoise, ils dominèrent un temps l'archipel ; volontiers, ils louaient leur courage aux Pharaons.
Lue architecture plutôt fruste les fournit de tombeaux dont la presqu'île d'Halicarnasse conserve des spécimens elles munit de fortifications remarquables, que rappelle le « mur des Lélèges », au nord d'Iassos.
Lycie. — Isolée dans ses montagnes boisées dont la niasse déborde la côte méridionale de l'Asie Mineure entre les golfes de Makri et d'Adalia, la Lycie posséda de bonne heure une civilisation très originale. Les Lyciens s'entendaient à élever des fortifications, témoin celles de la position de Pydnai à l'ouest de Xanthos, à creuser et à tailler le roc: enfin à construire en charpente des bâtiments dont de nombreux tombeaux en pierre à Phellos, à A?itiphellos, à Mf/ra, h Pinara, à Hoiran, à Xa/it/ios, à Gjôlbaschi-Trysa, nous ont conservé l'image fidèle et détaillée.
Les civilisations égéennes d'Asie Mineure étaient tout imprégnées d'éléments orientaux, d'origine égyptienne, syrienne et inésopotamienne. Elles les recevaient par voie de terre et par voie de mer : par contagion, si l'on peut ainsi dire, à cause du voisinage des Hittites et des Assyriens — ceux-ci, installés en Gilicie dès le milieu du ixc siècle; par importation, du fait du grand courant commercial qui, par Carchemis, Ptéria, Sardes et Milet, charriait jusqu'à la mer Egée les produits de l'industrie inésopotamienne, comme aussi du fait des navigateurs phéniciens ou ioniens — le* seconds familiers, dès le milieu du vue siècle, avec les ports du delta du
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Nil; il faut, enfin, tenir compte des communications fréquentes que provoquaient les relations politiques des princes lydiens avec les souverains assyriens et saïtes et les rapports réguliers de la Carie avec l'Egypte. La dépendance est trahie notamment par la tournure syrienne des cultes orgiaques que pratiquaient ces peuples et par un goût marqué de leurs décorateurs pour des motifs chers à l'Egypte, à la Mésopotamie, à la Phénicie.
Toutefois ces populations, celles de la côte en particulier, possédaient des tempéraments propres et subissaient des servitudes physiques particulières. Le concours des effets de l'un et des autres avec ceux des influences orientales constitue le caractère dominateur des architectures de l'Asie Mineure de la deuxième époque égéenne.
LES PROGRAMMES ET LEURS RÉALISATIONS
La partie la mieux connue de leur œuvre est celle dont la destination était funéraire. Selon qu'elles opéraient dans les régions montagneuses ou dans le bas-pays, elles préféraient tailler un tombeau dans le roc ou le construire.
Dans le premier cas, ce qui fut fréquent en Lvdie, normal en Phrygie, en Paphlagonie, en Lycie, le monument se composait d'un frontispice à l'image d'une façade de maison ou de temple — c'était tantôt un écran aveugle, tantôt un portique — et d'un caveau dont, parfois, l'accès était ménagé par une cheminée débouchant au sommet du rocher (143, iv, v, m. vu ).
Là où la nature du sol est contraire à l'application du svstème rupestre, on constate une survivance remarquable des formes de l'âge néolithique.
Celle du « ciste » est représentée en Carie par des coffres rectangulaires en pierre ou en terre cuite, mesurant en moyenne 0m,4o par 0m,3G et faits de quatre dalles verticales et d'une cinquième horizontale, formant couverture (138, vi).
Celle du dolmen sous tumulus apparaît dans la région du Sipyle, où le tombeau de Tantale en offre une réalisation remarquable sous l'espèce d'une chambre sépulcrale, large de 2m,ll, haute de 2m,85, occupant le centre d'un cône de pierraille (138, i; 142, m; 143, i).
Quant au type de l'allée couverte, il parait avoir obtenu la faveur de
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la Lydie et de la Carie. Sous un tumulus artificiel, un couloir long de quatre à cinq mètres, large de un à deux, menait à un caveau rectangulaire dont les cotés mesuraient en moyenne de deux à cinq mètres et la hauteur trois : sa situation dans la butte est, en Carie, centrale et, en Lydie., excentrique ce qui permettait de mener de front les travaux de construction et ceux de terrassement (138. n, m). Le tumulus était sur-
138. — Programmes funéraires réalisés par les architectures préhelléniques d'Asie Mineure.
I. Tombeau de Tantale. — II. Tombeau d'Alyatles. — IV. Tumulus à Bélévi. — V. Tombe rupestre à Ayazin. VI. Tombeau caiieu. — VII. Tombeau [ires île Phocée.
monté d'un ou plusieurs termes simulant le phallus, symbole de vie (143, i). En Carie, le monument occupait parfois le milieu d'un enclos circulaire défini par un muret. Les principaux spécimens du genre sont le tombeau d'Alyattes, près de Sardes et celui, anonyme, de Bélévi, près d'Ephèse (138, h, iv ; 142, i, iv).
Enfin, exceptionnellement dans le canton du Sipvle. fréquemment en Carie, couramment en Lydie, se rencontre le tombeau en forme d'édicule. Dans les deux premières régions, il consiste en une chambre rectangulaire, en partie enfoncée dans la terre ou creusée dans le roc, limitée par deux murets, couverte par des dalles et parfois surmontée d'un monù-
ment, ou encore en un caveau dans la masse d'un rocher sculpté en forme d'édicule (138, vu; 143, vin) ; en Lycie, le logis d'un mort est une copie exacte de la maison d'un vivant (140, i; 141 ; 143, ix).
Une fortification, du type qui se voit en Carie et en Lycie, comprenait un mur de un à trois mètres d'épaisseur flanqué de tours crénelées. Le plan normal de celles-ci est quadrangulaire : cependant le « Mur des Lélèges » près d'Iassos était muni de bastions demi-circulaires.
En Phrygie, on taillait dans le roc sur des « lieux hauts », des autels constitués par une estrade à plusiers degrés menant à une table que couronnaient une stèle ou une niche (139). Une cavité quadrangulaire à flanc de rocher au centre d'un frontispice simulant une façade construite, servait de tabernacle (137).
LA CONSTRUCTION
A l'architecture de l'âge lydien l'Asie