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Combien de «châtelains» n'ont-ils point réagi pareillement aux impératifs économiques? Et de préserver, tout en l’amendant au besoin quelque peu, un volume «archaïque», ce qui évitait d’écorner outre mesure le patrimoine seigneurial et, qui sait, ne perdait pas toute intention pratique. Pourquoi raser jusqu’au sol un vieux donjon, alors qu’on pouvait y trouver le point d’accrochage, robuste, d’ailes d'habitation et de service plus à la page, et même y bénéficier lors des dangers d’un lieu commode de repli et de résistance au moins passive? Quitte, entre autres, à en abaisser le faîte pour mieux l'intégrer aux Jeunes constructions, à réduire aussi sa fréquentation régulière. D'autant plus que niveler semblable masse de pierres n’était pas une si mince affaire. Les cas sont nombreux de ce comportement : citons, en Belgique, les châteaux de Hodoumont, Rutten, Bolland, Lavaux, Harzé, Fanson, Spontin, Fontaine, Rolly, Laarne, Fosteau, etc., où survit la maison forte du moyen âge, empâtée avec plus ou moins de bonheur à l’intérieur d’un complexe résidentiel des Temps modernes ?#.
Bien entendu, cette attitude fut aussi celle de gros «censiers » qui n’ont pas manqué de réutiliser des zones plus ou moins importantes de leur vieille ferme. Encore leur richesse, au moins dans certaines régions, les incita-t-elle dans plus d’un cas à la rénover de fond en comble en abandonnant toute idée de remploi, en particulier au XVIIT* siècle.
En somme, il fallait des arguments percutants et solides : grande prospérité matérielle, essor démographique, création neuve, volonté de prestige, bouleversement des fonctions, ruine très avancée, pour faire fi des remplois et concevoir un édifice «ex fundamento» qui éliminerait son devancier totalement.
C’est ce qui nous vaut, finalement, d’avoir gardé, après de longs siècles, malgré les modes, les guerres, les dévolutions, les usures et les découvertes, autant de réalisations médiévales qui s’affichent toujours comme telles ou, du moins, qui révèlent encore un gros œuvre à
?$ Le grand livre des châteaux de Belgique, t. 1, Châteaux forts et châteaux-fermes, Bruxelles, 1976 (sous la direct. de L.F. Genicot), passim. À titre comparatif : C.L. SALCH, J. BURNOUF et J.L. FINO, Atlas des châteaux-forts en France, Strasbourg, 1977, et A. CHATELAIN, Donjons romans des pays d'Ouest, Paris, 1973.
l'abri du masque protecteur d’apports ultérieurs : enduit, stuquage, parementage, greffe, crépissage, surélévation, éventrement, etc.
La structure entière des nefs du XII°-XIII° et du chœur du XVII siècle subsiste en parfait état derrière l'habillage magistral qu'a dirigé l'architecte Laurent-Benoît Dewez dans l’abbatiale norbertine de Floreffe, à dater de 1770, pour en faire, avec les moyens du bord, un bel intérieur néo-classique 2°.
Un décortiquage minutieux des vieilles maisons de Prague a permis d’en retracer les strates chronologiques et d’identifier parmi elles un remarquable échantillonage de vestiges médiévaux.
Autrefois, le sens du passé et le respect de son héritage architectural étaient bien différents des nôtres. L’éclectisme du XIX® siècle en a modifié la teneur. Un de ses effets principaux est d’avoir, un peu faute de mieux, revalorisé le patrimoine précédent en le désignant pour modèle. Du même coup, quelque chose a basculé définitivement : cette logique de vie qui faisait qu’autrefois, on était plus de son temps et qu’on ne craignait aucunement le «scandale» d’une substitution précoce ou de ce que nous qualifierions aujourd’hui de défiguration de l’œuvre. La restauration était alors bien rare.
Un autre mode possible d’altération, générateur d’équivoques et de méprises, provient précisément de restaurations. Le phénomène de la «restauration» dans une acception large appartient à tous les temps. Toujours il fut nécessaire de réparer, refaire, refondre, redresser, réfectionner, remodeler, remanier, etc. On ne s’est point refusé ces opérations d’entretien sans cesse indispensables. Les dégâts des hommes et des éléments, les dommages accidentels, le vieillissement et l’usure naturelle les imposaient. Dès sa naissance, le bâtiment a connu des retouches plus ou moins profondes. Rares sont les œuvres intactes. Plus elles sont anciennes, moins elles ont de chance d’être homogènes. Hormis lorsqu'elles ont été enfouies depuis longtemps, ce qui leur confère une valeur très particulière, mais renvoie aux fouilles qui débordent le cadre présent.
29 J. JEANMART et L. CHANTRAINE, L'église abbatiale avant l'intervention de Dewez, dans Les constructions médiévales de l'ancienne abbaye de Floreffe, Louvain, 1973 (coll. «Centre d’histoire de l’architecture et du bâtiment », U.C.L., n° 2).
30 D. LiBAL, Méthodes d'analyse des valeurs artistiques des monuments historiques des villes et villages, dans Monumentum, 1 (1967), p. 52-71.
La restauration au sens moderne du terme est une discipline relativement jeune. Ses fondements eurent partie liée avec les mouvements nationalistes et romantiques du XIX® siècle, au-delà de la vogue de l’exotisme du XVIII. L'activité des Victor Hugo, Lamennais, Pugin, Châteaubriand, Goethe, Louis II de Bavière, Arcisse de Caumont, Ruskin et de bien d’autres, notamment folkloristes, n’y a pas peu contribué. L'utilité d’enraciner le sentiment patriotique dans l’héritage culturel du pays et le besoin, face aux positivistes, de revivifier la pensée religieuse au contact des modèles réputés chrétiens par excellence, ont été tour à tour des arguments favorables à l'examen et, par extension, à la conservation, puis à la remise en état des constructions du passé, avant tout du moyen âge gothique «indigène». De proche en proche, l'intérêt s’est étendu à tous les secteurs au point de n’en plus négliger aucun.
La philosophie de la restauration moderne est foncièrement différente de celle d’autrefois. Elle vise à remettre «en situation» une bâtisse dont l’état physique ne donne plus satisfaction. Elle déclenche une campagne plus ou moins grave de revalorisation archéologique. Une œuvre ainsi touchée témoigne assurément, mais au juste de quoi? Au vrai, tout autant de l'idéologie du restaurateur, même en cas d'abus, que de l’état antérieur de la construction, en cas d'intervention correcte. Bien entendu, les doctrines ont évolué en cent ans de pratique. Dans les principes, d’abord. Elles sont allées de l’outrance et du dogme de «l'unité de style» qu'ont durci les émules d’Eugène Viollet-le-Duc (f 1879), à la tolérance et à la notion toute fraîche de «conservation intégrée ». Elles ont oscillé entre la reconstitution la plus sèchement archéologique et la réhabilitation la moins farouchement idéaliste. Dans leur champ d'application, ensuite. Au cours du dernier demi-siècle, elles sont passées d’une attention vouée exclusivement au grand monument considéré comme un élément isolé, à un regard de plus en plus attaché aux «ensembles», ruraux et urbains, et aux valeurs dites d'accompagnement, même mineures. Nul doute qu’elles continueront, immanquablement, à refléter les courants vitaux qui se font jour dans les cercles spécialisés *!.
*! I n’y à guère de bibliographie satisfaisante en ce domaine. Signalons le catalogue 2a Mostra internazionale del Restauro monumentale, Venise, 1964; P. LEON, La vie des monuments français. Destruction. Restauration, Paris, 1951. Les revues principales en la matière : Studies in conservation (Londres), Deutsche Kunst und Denkmalpflege (Munich); Les monuments historiques de la France (Paris); Monumentum (Louvain) avec une bibliographie internationale ordonnée par rubriques.
Fig. 17. — Juxtaposition d'une coupe et d'élévations qui s'expliquent mutuellement. Grenier du XV® siècle venant de Mônchengladbach. L’échelle manque. D'après A. ZIPPELIUS, Rheinisches Freilichtmuseum Kommern (Eïfel). Cologne, Rheinland- Verlag GmbH, 1975, p. 13.
Quelques définitions à ce sujet :
E. Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XI° au XVF siècle, publié en 1854-1868, s. v. Restauration : «Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné » **.
«Mieux vaut consolider que réparer, réparer que restaurer, restaurer que reconstruire » (X., vers 1950).
Charte de Venise, 1964: «La conservation des monuments historiques impose d’abord la permanence de leur entretien.
32 Dictionnaire raisonné …, t. VIIL, p. 14.
46 CHAPITRE II La restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel... Elle s’arrête là où commence l’hypothèse... Les apports valables de toutes les époques à l'édification d’un monument doivent être respectés, l’unité de style n'étant pas un but à atteindre ».
Déclaration d'Amsterdam, octobre 1975: «La conservation intégrée est le résultat de l’action conjugée des techniques de la restauration et de la recherche des fonctions appropriées. Les techniques spécialisées mises au point à l’occasion de la restauration des ensembles historiques importants devraient être désormais utilisées pour la vaste gamme des bâtiments et ensembles présentant un intérêt artistique mineur... L'entretien permanent du patrimoine architectural permettra, à long terme, d'éviter de coûteuses opérations de réhabilitation ».
Aujourd’hui, il importe donc de savoir comment une restauration s’est effectuée, et quand. De se demander, en fonction des objectifs, du moment, des contraintes, quelles purent être ses empreintes sur la bâtisse. Sans doute une observation attentive permet-elle déjà des déductions : distinction de zones retouchées, identification de percements retravaillés, insertion d’éléments anachroniques, etc., qui ne sauraient éclairer la physionomie du monument ancien.
Une méconnaissance du contexte précis d’une restauration risque d’en tronquer l’appréciation globale. Se mettre au courant du dossier de restauration auprès des instances compétentes contribue à sa meilleure évaluation sous divers rapports : matériaux, modèles, financement, sources, décoration, etc.
Exemples de notions utiles :
Les charpentes métalliques n'apparaissent que dans le deuxième tiers du XIX:® siècle, et le béton armé qu’au début du XX®°. Ces garanties contre le feu et pareilles techniques de confortation n’existaient pas auparavant.
Le ciment est inconnu avant le XIX® siècle. Plus tôt, le mortier de chaux valait seul.
Les décapages intempestifs, qui accompagnent souvent une fausse idée de l’ambiance «rustique» d'autrefois, éliminent, entre autres, cette marque importante d’une sensibilité que
traduisaient les décors «illogiques » de faux-joints, de draperies, d’enduits en général.
Le dégagement des abords des cathédrales au XIX®-XX° siècle a répondu à une planification urbaine et à une esthétique qui ont erronément privé ces monuments d’un environnement vécu. Il en a, en outre, dénaturé leur échelle volumétrique.
Nombre d’habillages d’un gros œuvre ont disparu au profit d'une recomposition plus ou moins véridique de l’espace primitif. Même remarque pour une série de mobiliers qui s'étaient intercalés au fil du temps.
La substitution, faute de moyens ou de recherches, de matériaux d’une autre provenance que les originaux, a causé des dégâts irréversibles qui altèrent la substance première.
D'une manière générale, la restauration actuelle fait preuve, en théorie, d’un plus juste souci d’information et de respect du document historique dans ses différentes phases d'évolution. Elle concourt d’ailleurs à les enrichir en promouvant une architecture contemporaine de complément, qui soit la marque de notre temps. Comme elle est l’occasion de constats pour la plupart momentanés ou d’éliminations forcées, elle devrait s’achever par une publication, au minimum par la constitution d’un dossier abondamment illustré, qui serait accessible aux chercheurs sous certaines conditions.
Remplois et restaurations expliquent qu'il faille parfois «se méfier » des apparences, se glisser vers des zones susceptibles d’avoir moins subi leur empreinte et mettre en œuvre des moyens détournés.
Les combles, les sous-sols, les recoins et, d’une façon générale, tout ce qui n’était pas directement visible constituent ces endroits de prédilection où se manifestent, de préférence, les changements révélateurs et les reprises non trafiquées. Que de surprises ou d’évidences sous le toit d’une nef ou dans l’arrière-salle d’un château!
La conformation d’un vaisseau est rappelée, sous des toitures, par le solin qui reste inscrit dans un pignon, par la survie de modillons contre un mur, par l'émergence de linteaux ou d’arcs derrière les reins d’une voûte, par les plages d’un enduit renié ailleurs, etc.
Dans les cachettes, l’arrachement d’une tête de mur, le piédroit fracturé d’une cheminée, l’about d’une solive, le ragréage d’une zone secondaire, l’obturation d’une porte, etc., amorcent autant de réflexions sur l’état perdu ou remanié des locaux adjacents.
La «façade» a toujours captivé plus que ce qu’elle masquait. Fouiner derrière elle en apprend long sur l’histoire monumentale. Heureux souvent serait-on du dérochage d’une paroi, du déplacement d’une cloison, de la chute d’un papier peint, pour dénicher, enfin, la confirmation de ce que l’état présentement accessible réduit au rang d’hypothèse sans issue.
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Fig. 14. — Des sondages, même partiels, révèlent les éléments principaux d’une
élévation assez profondément modifiée. Etat en 1970 d’une façade du XVI° siècle à
Bruges. D'après L. DEVLIEGHER, Les maisons à Bruges. Inventaire descriptif, 2° éd., Tielt et Amsterdam, Lannoo, 1975, p. 234, fig. 348.
Le travail sur le terrain, l'analyse matérielle du bâtiment ne saurait se cantonner à l'extérieur et à l’observation «objective » de l’intérieur,
même caché. Une construction doit aussi être considérée et sentie du dedans.
«On mesure... combien serait incomplète une connaissance de la maison qui se limiterait à l’étude de ses structures bâties, du nombre et de la taille de ses pièces, des techniques de construction utilisées. Il faut, aussi, savoir comment elle est ‘vécue’ » *$.
Alors seulement, se révèlent des traits spécifiques à cet abri plus ou moins sophistiqué qu'est une bâtisse. Certes, rien n’assure que nos critères d'aujourd'hui recoupent les normes d’antan, qu'ils recouvrent des sensations similaires.
Des interrogations surgissent à cet égard. Jadis, le sens de l'écoulement du temps était-il pareil au nôtre, alors qu’échanges, déplacements et moyens d’information ignoraient la rapidité qu'ils n’ont cessé d’accroître depuis le XIX® siècle? La perception de la lumière, par conséquent de l’espace, n’était-elle pas davantage tranchée, parce qu'il n'existait pas alors cette gamme d’éclairages artificiels qui permet de nier la nuit et de ne point redouter l’obscurité des zones cachées? L’impression même des volumes ne restait-elle pas plus univoque, car on ne disposait de nulle élévatrice rapide, d’aucun énorme gabarit sur ossature métallique, susceptible de modifier sensiblement les rapports d’élévation ? Charpentiers et couvreurs jouissaient en cela d’un privilège!
Mais comment réagir autrement qu'avec notre sensibilité et avec notre corps? Tous les comportements sans doute n’ont pas dû se transformer radicalement. Leurs variables, faute d’échelle comparative sûre, échappent à l’évaluation. Tenons-nous aux nôtres, quitte à les ajuster grâce à ce que des contemporains auraient dit de leurs émotions **. Avouer une incompréhension devant tel dispositif est un droit, refuser la démarche d’y réfléchir serait une faute.
33 S. Roux, La maison dans l'histoire ….…, op. cit., p. 151. 34 A titre de bon exemple: P. ROUSSsET, Recherches sur l'émotivité à l'époque romane, dans Cahiers de civilisation médiévale, 2 (1959), p. 53sv.
50 CHAPITRE Il
Or, une foule de questions se presse à l’intérieur d’une construction. La liste en serait longue. En voici quelques-unes : d’où venait le soleil? où puiser l’eau? comment éviter le froid? les courants d’air? quel système occultait les baies? comment pivotait la porte? où se rangeait la vaisselle? et les habits liturgiques? où se tenait-on à tel moment? etc. Il s’agit d’être concret. La commodité d’un escalier et son déroulement, le jeu des circulations verticales et horizontales, le voisinage et l'éloignement de certains locaux, l’éclairement relatif des pièces et son mode, les cubages, les dénivellations, les hauteurs d'appui, l'équipement mobilier, l’ornementation, les gages du confort, etc., correspondent à des intentions et à des gestes voulus. Ils ne sont pas l'effet d’un pur hasard. Dès lors, ils deviennent à nos yeux des réalités tangibles, qui revivifient la vie quotidienne souvent mieux que des mots.
En cela, le bon sens paraît un guide recevable. Dans la mesure, évidemment, où il est tenu compte de l’époque concernée, spécialement de ses possibilités matérielles, au risque de verser dans les fauxproblèmes.
La vision pseudo-romantique d’églises romanes empreintes de pénombre et mystiques à souhait résulte largement d’une mauvaise évaluation des conditions techniques. Leur voûtement en dur a été longtemps un obstacle au percement généreux des murs et conséquemment, à l'accueil, manifestement désiré, d’une belle clarté. Elever l'obscurité ambiante au rang d’une spiritualité revient dans ce cas à aborder la question par un mauvais bout. À moins qu'il ne s'agisse de la projection de ses propres aspirations, de son subconscient, ‘ce qui est tout autre chose.
Débattre à l'infini des origines des espaces du moyen âge, en particulier gothiques, à partir de la «halle» d’obédience germanique, qui en aurait été l’archétype lointain, est oublier peut-être qu'il n’y avait pas trente-six solutions pour amplifier une salle. Au-delà de la portée admissible d’une poutre transversale, — des sommiers de 12 à 13 m pour un équarrissage de 40 à 50 cm frôlent le maximum, — le relais d’un poteau ou d’un refend devenait impérieux si l’on désirait élargir l’espace. Les nefs se juxtaposèrent donc et communiquèrent entre elles par ces «trous » ménagés dans leurs refends, les murs goutterots, qui deviendront les arcades sur épines de piliers ou de colonnes.
Quand on taxe l’architecture civile usuelle dans nos cités nordiques du XVI siècle de «Renaissance quelque chose», cela consiste à faire fi de toute une production du bas moyen âge. Celle-ci, dûment peinte dans les fonds des tableaux cependant, définissait déjà parfaitement sa spécificité et la montrait presque «traditionnelle » bien avant les retombées de la vraie renaissance en architecture. Le rapprochement chronologique est abusif pour le moins. Sans compter tout ce que pareille terminologie présupposerait de revirement mental dans le Nord...
Mais, on le sent, déjà l’analyse a franchi un cap! Elle s’oriente vers l'interprétation du phénomène et emprunte au contexte. De nouveaux déclics jouent. D’autres sources s’introduisent. C’est à celles-ci, qui ne sont plus contenues dans le bâtiment lui-même, que sont réservées les pages suivantes.
Les sources externes agissent comme adjuvants, parfois puissants, de l’analyse monumentale opérée «in situ». Elles se ramènent à trois groupes principaux : les textes, l’iconographie, les méthodes de laboratoire. Dautres catégories se ramifient à l’intérieur de ces groupes, mais ce n’est pas ici le lieu d’en reprendre et d’en discuter le bien-fondé ni la répartition.
Les textes
La plupart des écrits anciens visent d’autres buts que la description d’un bâtiment. S'ils le signalent, c’est d'ordinaire sans luxe de détails, quelquefois «comme en passant», car il n’était pas utile, ni urgent, de décrire longuement une construction que des contemporains avaient sous les yeux. En ce sens, ces documents : coutumiers, chartes, obituaires, chroniques, etc., n’intéressent pas spécifiquement le domaine qui nous occupe. On s’en rendra mieux compte en consultant les fascicules de la «Typologie» qui ont paru sur certains d’entre eux : documents nécrologiques, annales, ou qui paraîtront : polyptiques, «gesta », livres liturgiques notamment.
Peu de textes revêtent une tournure réellement archéologique ‘. Ils l’adoptent quand il s’agit de glorifier l’œuvre d’un ancêtre ou d’un
| Recueils principaux : E. KNOEGEL, Schriftquellen zur Kunstgeschichte der Merowingerzeit, dans Bonner Jahrbücher, 140-141 (1936), p. 1-258; O. LEHMANN-BROCKHAUS, Die Kunst des X. Jahrhunderts im Lichte der Schriftquellen, Leipzig, 1935: IDEM, Schrifiquellen zur Kunstgeschichte des 11. und 12. Jahrhunderts für Deutschland, Lothringen und Italièn, 2 vol., Berlin, 1938; V. MORTET et P. DESCHAMPS, Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture en France au moyen âge, 2 vol., Paris, 1911-1929: J. VON SCHLOSSER, Schriftquellen zur Geschichte der karolingischen Kunst, Vienne, 1892. On peut y joindre, comme enquête locale : A. VERPLAETSE, L'architecture en Flandre entre 900 et 1200 d'après les sources narratives contemporaines, dans Cahiers de civilisation médiévale, 8 (1965), p. 25sv., et comme illustration d’une re-lecture des sources : C. HEITZ, Lumières anciennes et nouvelles sur Saint-Bénigne de Dijon, dans Du VII au XI siècle : Edifices monastiques et culte en Lorraine et en Bourgogne, Paris, 1977, p. 63-106 («Centre de recherches sur l'antiquité tardive et le haut moyen âge», cahier 2, Nanterre).
dignitaire, favoriser la fréquentation d’un lieu du culte, stigmatiser les entreprises d’un ennemi, situer les phases d’un événement mémorable. Ils sont donc orientés. Leur compte rendu volontiers panégyrique demande à être sévèrement critiqué. Au surplus, leur discours doit être généralement dépouillé de l’emphase que des idéaux, notamment littéraires, ont insufflée à leur rédacteur.
Les remarquables descriptions qu’a laissées Lambert d’Ardres des «châteaux » élevés au XII° siècle non loin de Calais par ses aieux ont quelque chose d’emphatique. Elles usent d’une langue châtiée, pétrie de réminiscenses classiques et de clichés littéraires hors de propos ?. Les notes du «touriste» Philippe de Hurges, qui avait visité Liège en 1615, sont écrites dans un français tel qu'elles sont incompréhensibles dans certains cas, pourtant importants, comme celui de l’ancienne collégiale notgérienne de Saint-Jean, même en recourant aux meilleurs lexiques *.
Les longues pages consacrées par plusieurs moines à leur abbatiale médiévale de Saint-Trond forment un témoignage exceptionnel. Pourtant, elles ne sont pas exemptes d’équivoques et ne disent pas tout sur l’édifice que ces chroniqueurs fréquentaient journellement “.
La relation du meurtre du comte de Flandre, Charles le Bon, dans la collégiale Saint-Donatien de Bruges en 1128 a été l’occasion pour Galbert de Bruges d’acter un ensemble de renseignements concrets sur sa ville. Cependant l’église même demeure mal connue sur certains points *.
Dans nombre de cas, la consultation des archives et des sources littéraires apporte des indications de première main, inédites, de grande valeur. Elle s’impose d’évidence. Elle complète et enrichit notre connaissance de l’histoire monumentale.
2? Historia comitum Ghisnensium, dans MGH, SS, t. 24, p. 596. Passage traduit par J. QUICHERAT dans Revue archéologique, 12 (1856), p. 632-633.
3 H. MICHELANT, Voyage de Philippe de Hurges à Liège et à Maestricht en 1615, IFese ler?
4 C. DE BORMAN, Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, 2 vol., Liège, 1877 (coll. «Publications de la Société des Bibliophiles liégeois »). Sur le principal des chroniqueurs, Raoul en 1114-1115, voir P. TOMBEUR, Raoul de Saint-Trond. Index verborum. Relevés statistiques, La Haye, 1965.
5 H. PIRENNE, Galbert de Bruges. Histoire du meutre de Philippe le Bon, comte de Flandre (1127-1128), Paris, 1891. Sur l'interprétation récente : catalogue Karel de Goede, 1127-1977, Bruges, 1977.
54 CHAPITRE Ill
L'apparition de tel lignage en un endroit donné ne coïncide-t-il pas avec l'érection, simultanée ou peu s’en faut, de la demeure seigneuriale qui est conservée? On a pu l’induire correctement pour diverses maisons fortes du XIII‘ siècle : haute-tour de Villeret, donjon de Poulseur, «blockehut » de Fernelmont, etc. ce
La confection d’une châsse ou la rédaction d’un «livre de miracles» en vue d’attiser la ferveur des pèlerins n’est-elle pas contemporaine de la revalorisation de l’édifice même, dans un égal souci d'investissement à terme 7?
Pareilles indications sont indirectes. D’autres sont plus immédiates et leur profit, tout à fait pertinent. Sous réserve d’une confrontation, qui reste toujours nécessaire, entre la source monumentale et la source écrite.
L'examen de la crypte ottonienne qui subsiste sous la collégiale gothique de Huy sur la Meuse s’accorde parfaitement avec la mention qui est faite par le prince-évêque Théoduin de Bavière, dans la fameuse charte de franchises en faveur des «burgenses » hutois, de sa consécration en août 1066*.
Rien dans l’édifice de Sainte-Gertrude à Nivelles ne contredit la brève allusion que la chronique de Sigebert de Gembloux contient sur l'incendie qui survint «ante aliquod annos» et
motiva la construction qui sera dédicacée solennellement en 1046 ©.
5 W. UBREGTS, Les donjons. La haute tour de Villeret. Analyse archéologique d'une maison forte. Contribution à l'étude de l'architecture seigneuriale en Belgique, Louvain, 1973; IDEM, Un fief luxembourgeois : le château «alle Cruppe » à Poulseur-sur-Ourthe, Louvain, 1975; T. CORTEMBOS, Le donjon-porche de Fernelmont. Un exemple remarquable de tour d'habitation de la fin du XIIF siècle, dans Bulletin de la Commission royale des Monuments et des Sites, n.s., 3 (1973), p. 86sv. (Voir ici même fig. 3).
7 P. HELIOT et M.-L. CHASTANG, Quêtes et voyages de reliques au profit des églises françaises au moyen âge, dans Revue d'histoire ecclésiastique, 59 (1964), p. 789-822, et 60 (1965), p. 5-32.
$ A. JoRIs, Les origines commerciales du patriciat hutois et la charte de 1066, dans La nouvelle Clio, 1951, p. 172-193; IDEM, Huy et sa charte de franchise, 1066. Antécédents, signification, problèmes, Bruxelles, 1966 (Centre «Pro Civitate»). Sur la bâtisse, L.F. GENICOT, La collégiale Notre-Dame de Huy. 1° partie: La collégiale ottonienne (1053?-1066), dans Bulletin de la Commission royale des Monuments et des Sites, 14 (1963), p. 327 sv.
* A. MOTTART, La collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles, 2° éd., Nivelles, 1962, p. 13: F.B. BELLMANN, Zur Bau- und Kunstgeschichte der Stiftskirche von Nivelles, Munich, 1941, p. 6.
Il arrive même que le texte tranche l'incertitude de l’archéologue, qu'il s'avère l’argument décisif pour résoudre une difficulté, d’ordre chronologique par exemple.
Contre le flanc nord de la petite église paroissiale de Villersle-Rond (Fr.) s'appuie une chapelle dont la datation conditionne largement celle du restant de la construction. Or, elle utilise des formes gothiques qu’on serait très enclin à situer au XIII° siècle. Par ailleurs, plusieurs chartes consignent la fondation, en faveur de l’abbaye d’Orval, d’une chapelle Saint-Jean Baptiste en 1359- 1360, époque apparemment trop tardive pour concerner encore l’oratoire en cause. L’impasse serait totale si des «visitationes » du XVI siècle ne contenaient, sans ambiguïté, des indications sur l'emplacement précis de cette chapelle orvallienne et ne la désignaient, en effet, comme l’ajout qui survit à gauche du chœur actuel !°.
Parmi les textes, on ne négligera donc pas des documents qui présentent un intérêt rétrospectif. Ces écrits parfois de loin postérieurs à l’époque directement concernée apportent des explications précieuses. Parce qu'ils relatent un état disparu ou parce qu'ils rendent compte d’une situation mal saisissable sans leur appoint.
Un contrat de reconstruction ou de réfection substantielle contient fréquemment une relation de l’état du bâtiment au moment de la signature, état qui a pu être transformé en tout ou partie en raison du contenu même du contrat.
Les guides de voyage, comme celui vers Compostelle, décrivent les monuments qui jalonnaient des grands routes de pèlerinage, plus ou moins longtemps après leur édification ‘*.
Les «visites » archidiaconales ou décanales d’après le Concile de Trente (1545-1563) épinglent notamment maintes défaillances des édifices cultuels : toit percé, plafond manquant, autel profané, muraille décrépie, fenêtre brisée, dallage inexistant, etc. Elles contribuent au repérage des remèdes qui y furent apportés,
10 Le domaine d'Orval (IL). Églises anciennes, Liège, 1978, p. 104-109 (coll. «Centre d'histoire de l’architecture et du bâtiment», U.C.L., n° 12).
11 Exemple classique : J. VIEILLARD, Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, 3° éd., Mâcon, 1963 (manuscrit du XII° s.).
56 CHAPITRE III sinon à la restitution des portions incrimées '?.
Les actes de relief d’une cour féodale, non seulement favorisent l’historien de l’économie ou de la société, mais encore énumèrent sommairement les composantes du bien à mesure de ses changements, entre autres architecturaux ‘*.
L'une des difficultés majeures de l’emploi des textes réside dans le vocabulaire. Le vocabulaire ancien souffre d’incompréhensions.
Pour n’en citer que des bribes connues, «monasterium» désigne une église pendant que «ecclesia» peut indiquer l'abbaye !#,
«Capella» et «altare» s'appliquent l’un et l’autre à une chapellenie, au sens canonique, qui ne suppose pas d'office un local particulier.
La «turris», d’une famille noble ou d’une paroisse, implique probablement qu’il s’agit d’une masse verticale plutôt que l'inverse auquel conviendraient peut-être mieux les mots de «mansio» ou de «manerium». Mais le terme «donjon» («dunio») qui nous est familier et qui pourtant a le sens technique de maîtresse-tour d’un complexe fortifié, apparaît assez peu au moyen âge!°. Pourquoi?
12 Exemples belges : G. SIMENON, Visitationes archidiaconales archidiaconatus Hasbaniae in diocesi Leodiensi, ab anno 1613 ad annum 1763, 2 vol., Liège, 1939: A. DEBLON, Les rapports des visites archidiaconales du Condroz (1698-1781), dans Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 50 (1970), p. 105-239.
13 Ces sources n’ont pas encore été bien regardées à cet égard. Il est certain pourtant qu'elles contiennent de menues fluctuations dans la désignation des biens et qu'elles pourraient ainsi jalonner sommairement une transformation de la bâtisse : par exemple, le terme «maison» s'ajoutant, à un moment donné, au seul mot de «tour».
14 Voir notamment N. PEVSNER, Terms of Architectural Planning in the Middle Ages, dans Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 5 (1942), p. 233-237; R. BRAN- NER, « Fabrica », « opus » and the Dating of Mediaeval Monuments, dans Gesta, 15 (1976), p. 27-30; W. NoLET et P.C. BOEREN, Kerkelijke Instellingen in de Middeleeuwen, Amsterdam, 1951.
15 Par exemple : P. HELIOT, Les demeures seigneuriales dans la région picarde au moyen âge. Châteaux ou manoirs?, dans Recueil de travaux offerts à M. Clovis Brunel. 1, Paris, 1955, p. 574sv.; G. IONESCU, Sur les espèces et la terminologie des constructions fortifiées bâties au moyen âge sur le territoire de la Roumanie, dans Revue roumaine d'histoire, 11 (1972), p. 473sv.; J.F. VERBRUGGEN, Notes sur le sens des mots castrum, castellum, et quelques autres expressions qui désignent des fortifications, dans Revue belge de philologie et d'histoire, 28 (1950), p. 147sv. Pour le sud de la Belgique médiévale, il semble bien que «dunio » n’apparaisse qu'une fois, en 1385, lors du relief du «doignon » de Morialmé en Hainaut.
Quelle réalité couvre exactement la notion de «dédicace » 16? Dans certains cas, la totalité de l’œuvre, mais en d’autres, sa majeure partie, voire seulement une fraction suffisante pour l'opération. Les chantiers duraient une ou plusieurs décennies. Nombre d’avant-corps en terres d'Empire ont été «consacrés » bien après la «dédicace». Divers édifices ont été bénits, sans être terminés, à la faveur du voyage d’une personnalité dont l'éclat rehausserait la cérémonie.
La gradation des vocables qui semblent distinguer plusieurs sortes de fortifications était-elle stricte? Et généralisable? Correspondait-elle à une réalité physique ou à un rang politique? Concurremment ou non? Etc.
Faute jusqu'ici d’avoir été compilé d’une façon assez méthodique, le vocabulaire présente encore de redoutables imprécisions, qu’il est hasardeux de trancher à la légère.
Au-dessus de l’accès principal du château des comtes à Gand, une inscription relate que «hoc castellum» fut bâti en 1180 par Philippe d'Alsace (f 1191). Qu'elle ait été renouvelée plus d’une fois n'importe peut-être pas tant. Mais vise-t-elle le château complet ou seulement son châtelet d'entrée? Architecturalement parlant, rien ne résout l’alternative !?.
Peut-on se fier à la date de 1129 qui figure dans un texte gravé sur les fonts baptismaux romans de Freckenhorst, pour fixer du même coup celle de la consécration de l’église qui les abrite?!8,
16 R. CROZET, Étude sur les consécrations pontificales, dans Bulletin monumental, 103 (1945), p. 5sv. Cas particulier analysé par K.J. BENZ, Untersuchungen zur politischen Bedeutung der Kirchweihe unter Teilnahme der deutschen Herrscher im hohen Mittelalter. Ein Beitrag zum Studien des Verhältnisses zwischen weltlicher Macht und kirchlicher Wierklichkeit unter Otto II. und Heinrich IL, Kallmünz, 1975 (coll. « Regensburger historische Forschungen », n° 4).
17 «Anno Incarnationis Domini M.C.LXXX, Philippus comes Flandrie et Viromandi, filius Thirici comitis et Cibilie, fecit hoc castellum componi», d’après A. DE VLAEMINCK, Le château des comtes dit le Gravensteen à Gand, depuis sa restauration en 1180, dans Annales de la Société d'archéologie de Bruxelles, 16 (1902), p. 302.
18 «Anno ab Incarnatione Domini MCXX VIII, Epact. XX VIII, Concurr. I. P., B., Indictione VII, II Non. lun, À venerabili episcopo Mimigardevonensi Egeberto. ordinat. anno. IL, consecratum est hoc templum ». Voir H. THÜMMLER, Die Stifiskirche in Freckenhorst, Munich, 1975, p. 2.
58 CHAPITRE Il
Croit-on le vocabulaire précis, qu’il échappe néanmoins à notre entendement. Son évolution, ses disparités et ses possibles anachronismes restent flous pour une bonne part. Aussi d’intéressantes découvertes doivent-elles être attendues des recensements systématiques que l'ordinateur autorise depuis peu de temps. La lexicologie en fera son meilleur profit.
A cet égard, la collecte des vieux termes de métier s'avère urgente à l'instant où les derniers détenteurs de ces langages techniques disparaissent un à un. La dialectologie, puisque les patois sont nourris de termes séculaires, apporterait sur ce point une moisson des plus estimable.
Enfin, le moindre problème n’est pas celui de l’application des textes aux édifices concernés. Trop souvent, l’amateurisme a prétendu attribuer à ces derniers sans grand discernement des mentions glanées au fil de la lecture des archives et des travaux.
Qu'une église paroissiale soit citée dans un charte de 1160 ou qu'elle soit répertoriée dans un pouillé de vers 1250, et voilà qu’on lui colle indûment la date mentionnée dans cette source, sinon celle de la source elle-même.
Le document épigraphique n’est pas sans inconvénient non plus. Outre qu'il doit être correctement déchiffré, et replacé en cas de dérangements, il demande à être confronté avec l’œuvre, son support.
La pierre dédicatoire de Waha avait été mal lue d’abord : elle porte bien 1050, et non 1051. Elle semble ensuite avoir été trop rapidement appliquée à toute la construction, alors qu'elle ne visait très probablement que son chœur !?.
Le graffiti qui était apparu sur un tambour de colonne d’Andenelle ne pouvait en aucune façon s’interpréter comme 1112. Surtout en chiffres arabes. Il rappelle au contraire une intervention de 1772.
Le millésime 1017 ostensiblement affiché en façade de l’église d'Ocquier est une déformation de 1617, date qui aurait été
"” Le «1» initial de «indictione», gravé en fin de ligne, avait été raccordé à la date ML qui le précédait immédiatement. Dernière mise au point par A. LANOTTE, La «collégiale » Saint-Etienne de Waha. Problèmes chronologiques et architecturaux, dans Ardenne et Famenne, 10 (1969), p. 172-183.
gravée sur une poutre de la charpente après l'effondrement du clocher durant la tempête du 27 mars 1606.
Au total, les textes demeurent une source capitale pour l’archéologue. Ce sont eux qui permettent, entre autres, d’étiqueter avec justesse ce qui n'aurait pas franchi, à l'issue de l’enquête archéologique, le cap de la certitude morale.
Le travail de l’archéologue autorise, par exemple, en raison d'une série de constats et de comparaisons, à penser, sinon à affirmer, que telle maison devait appartenir à telle catégorie de tenanciers, qu’elle ne pouvait en tout cas provenir de telle autre supérieure. À Chassepierre, par exemple, certaines habitations relevaient indiscutablement de la classe des fermiers relativement bien possessionnés, les «laboureurs», pendant que certaines abritaient sans nul doute de simples artisans, bien moins riches, les «manouvriers ». Des textes confirment la chose, mais ajoutent «textuellement» les noms et surtout, les professions des occupants ?°.
Il ne faudrait pas néamoins se leurrer sur leur portée. Et tirer d’une mention écrite l’argument péremptoire qui situerait la bâtisse dans le temps et dans la société. Dans une série de cas, l’écrit lui aussi ne débouche que sur l’hypothèse. Il est au mieux l’incitateur d’un raisonnement qui excède son propre contenu.
L'iconographie
L’iconographie a ses lois et ses conventions propres. Il est hors de question de les énoncer et les détailler ici. Ce sera l’objet du fascicule que prépare J.-P. Sosson pour la «Typologie». Ses règles tiennent notamment au cadre, à la matière, au genre, à l’époque. Reconnaissons qu’elles doivent être passées au crible du jugement critique et ne pas être reçues d'emblée telles quelles.
Les sceaux, auxquels un autre fascicule sera consacré, dits du type topographique portent couramment une représentation d’édifices, où l’on a cherché à retrouver l’image de constructions médiévales importantes, parfois mal documentées pour le reste. Certes, des traits marquants peuvent y apparaître, qui ne sont
20 Exemple tardif donné par la confrontation entre sources d'archives et monumentales dans Chassepierre sain et sauf?, Liège, 1975.
pas négligeables. Pourtant, l’image est fortement pré-conditionnée : exiguité du champ, format rond ou ovale, matériau friable, symbolisme concourent à restreindre la finesse et la véracité de la figuration. Souvent, le thème trinaire est tout simplement celui qui occupe le mieux le champ. Correspondait-il toujours à la réalité ??!
Les gouaches peintes par Adrien de Montigny vers 1600-1605 pour illustrer les albums du duc de Croy, sont assez stéréo-
Fig. 15. — L'’iconographie renseigne sur les techniques de l’époque. Miniature d’une bible française du début du XIII° siècle. D’après G. BINDING, Romanischer Baubetrieb in zeitgenôssischen Darstellungen, Cologne, 1972, p. 41.
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