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Critique fournie par P. FRANCASTEL, À propos des églises-porches. Du carolingien au roman, dans Mélanges Louis Halphen, Paris, 1951, p. 248.
typées, répétitives. De surcroît, leurs philactères renvoient plus d’une fois, ce semble, à une fausse identification du lieu. En revanche, les dessins accompagnant les «besognés» du même prince sont étonnants de précision et de rigueur. Ils se rangent au nombre des meilleurs miroirs de nos campagnes du Hainaut au bas moyen âge. Les dessins de l’Armorial auvergnat de Guillaume Revel, vers 1456, en constituent un autre exemple remarquable et précoce ??.
Les maquettes qui ornent d’assez nombreuses effigies de saints ?*, n’ont bien souvent qu’une valeur indicative. Elles n'excluent pas la schématisation. Elles se contentent d’ordinaire, au mieux, de mettre en exergue quelque jeu de masses, une face prestigieuse, une allusion allégorique à un dispositif pertinent pour l’époque. Voir par exemple sainte Begge tenant dans sa main droite un volume plus ou moins fragmenté d’où pointent les sept flèches des sept églises ou simples chapelles, par là valorisées, qui composèrent jadis l’agglomération liturgique d'Andenne, «Andana ad septem ecclesias»?*. L’écho est ici celui du compartimentage cultuel qui avait été en honneur durant une part du haut moyen âge, mais qui avait disparu, en pratique, bien avant la démolition des sanctuaires vers 1770.
L’iconographie est un support parfois irremplaçable, jusques et y compris les gravures romantiques du siècle dernier et les vieilles photographies brunâtres d'il y a cent ans. L'étude des monuments disparus ou gravement mutilés la manie continuellement. L’iconographie complète les données recueillies lors d’une fouille, elle restitue aux parties rénovées leur physionomie antérieure, elle démasque des
22 D. MisONNE, Chimay et le pays d'alentour au début du XVII siècle. Dessins sur parchemin exécutés pour le Duc Charles de Croy, dans Bulletin du Crédit communal de Belgique, n° 79 (janvier 1967), p. 19-25. Il semble qu'une étude sur ces dessins doive heureusement paraître bientôt sous l'égide du «Crédit communal de Belgique», dans son centre d'histoire «Pro civitate». — G. FOURNIER. Châteaux, villages et villes d'Auvergne au XV* siècle d'après l'Armorial de Guillaume Revel, Genève, 1973 (coll. «Bibliothèque de la Société française d'Archéologie », vol. 4).
23 D. Kocks, Architektur- und Stadtmodelle in der italienischen Malerei des 13.-16. Jahrhunderts, dans Beiträge über Bauführung und Boaufinanzierung im Mittelalter, Cologne, 1974, p. 14sv. (coll. «Abteilung Architektur des kunsthistorischen Instituts der Universität Kôin», n° 6).
24 F. ROUSSEAU, Le monastère mérovingien d'Andenne, dans Annales de la Société archéologique de Namur, 103 (1965), p. 35sv.
éléments revêtus d’ajouts plus ou moins déformants; bref, elle contribue grandement à l’opération de reconstitution à ses différents stades. Avec une marge d’hypothèse indéniable cependant.
Le fameux avant-corps dédié au Sauveur dans l’abbatiale picarde de Centula (Saint-Riquier ou Corbie), consacrée en 799, demeure l’objet de restitutions divergentes malgré la gravure qu’en a laissée Petau en 1612, sur la base d’une vue extraite de la chronique composée par Hariulf au XI° siècle, et en dépit des explications circonstanciées fournies par l’abbé Angilbert même sur son fonctionnement liturgique ?°. Les rapprochements esquissés avec la cathédrale carolingienne de Reims n'ont pas vraiment éclairci le problème *£.
Par contre, l’imposante église de Cluny III, édifiée de 1088 à 1121, peut être recomposée d’une façon plutôt satisfaisante grâce à l’abondante iconographie qu'elle a suscitée avant sa destruction pendant l’ère révolutionnaire ?’. Grâce aussi, il est vrai, dans son cas, à la conjugaison de cette iconographie au faisceau de renseignements livrés par les vestiges en place, les fouilles de K.J. Conant et la comparaison avec des œuvres d’obédience clunisienne ?#.
Le célèbre dessin du monastère carolingien de Saint-Gall vers 820 a pu servir de base sûre à une reconstitution, au moins en plan, de tout son dispositif, d'autant plus qu'il s'accompagne de notations manuscrites sur les fonctions qui se répartissaient au sein de l’enclos ?°.
25 W. EFFMANN, Centula. S. Riquier, Munster, 1912; J. HUBERT, Saint-Riquier et le monachisme bénédictin en Gaule à l'époque carolingienne, dans Settimane di studio del Centro italiano di studi sull'alto medioevo, t. IV, 1957, p. 293-299: I. ACHTER dans Zeitschrift für Kunstgeschichte, 19 (1956), p. 133sv. (bibliographie): P. HELIOT, L'abbaye de Corbie. Ses églises et ses bâtiments, Louvain, 1957.
26 H. REINHARDT, La cathédrale de Reims, Paris, 1963.
27 K.J. CONANT, La chronologie de Cluny II, d'après les fouilles, dans Cahiers de civilisation médiévale, 14 (1971), p. 341-347; J. STIENNON, Hézelon de Liège, architecte de Cluny II, dans Mélanges offerts à René Crozet, t. I, Poitiers, 1966, p. 345-358; A. ERLANDE-BRANDENBURG, /conographie de Cluny III, dans Bulletin monumental, 126 (1968), p. 293-322.
?# W. SCHLINK, Zwischen Cluny und Clairvaux. Die Kathedrale von Langres und die burgundische Architektur des 12. Jahrhunderts, Berlin, 1970: J. EVANS, The romanesque Architecture of the Order of Cluny, 2° éd., Cambridge, 1972.
2° Studien zum St. Gallen Klosterplan, Saint-Gall, 1962; catalogue Charlemagne. Œuvre, rayonnement et survivance, Aix-la-Chapelle, 1965, p. 391-400; Viator, 6 (1975). p. 351-390.
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Fig. 16. — Un bon dessin visualise un état passé. La chapelle absidale de la cathédrale de Reims, par Viollet-le-Duc, s.d. D’après le catalogue Eugène Viollet-le-Duc, 1814-1879.
Paris, 1965, Caisse nationale des monuments historiques, pl. 49.
Les croquis de Villard de Honnecourt sont particulièrement représentatifs des conceptions artistiques et des moyens en vigueur vers 1235-1240, une fois dépassés le stade de l'absence de perspective et celui d’un commentaire qui confine au laconisme
Un repère admissible dans l’histoire monumentale de la cathédrale ottonienne de Cologne est fixé par une miniature du «Codex Hillinus », exécuté vers 1025, où les nefs extérieures et peut-être l’atrium oriental n’apparaissent pas encore *’.
Les enluminures des «Très riches heures du duc de Berry» font mieux que profiler la silhouette d’une série de grands châteaux français à la fin du XIV® siècle *?.
La source iconographique apporte un témoignage sur un état anté-
rieur au présent. Elle a la valeur du témoin oculaire. Mais l'œil regarde d’une certaine manière. Ou bien, il convient de savoir avec quelles lunettes!
Qu’extraire des représentations qui servent de toiles de fond à tant de tableaux et miniatures du bas moyen âge? Quelle authenticité accorder à ces panoramas de villes d’où émerge un chapelet de signes monumentaux? La controverse n’est pas éteinte sans doute, mais une réponse du bon sens semble recevable. La figuration des monuments eux-mêmes, isolés, comme la cathédrale de Cologne, le beffroi de Bruges ou la place de Bruxelles, possède une valeur documentaire certaine. Par contre, le détail de la ville environnante suppose plus de fantaisie. En ceci que s’agglutine autour de quelques particularités topographiques claires : fleuve, pont, carrefour, placette, édifice public, etc., un ensemble de constructions dont le groupement et la physionomie individuelle relèvent plus de la composition picturale que de la réalité physique. C’est une idée ou une impression de ce qu'était une ville à la fin du moyen
°° H.R. HAHNLOSER, Villard de Honnecourt. Kritische Gesamtaufgabe des Bauhütten-
buches, ms. français 19093 der Pariser Nationalbibliothek, Vienne. 1935.
1 [L. ACHTER, Die Kôlner Petrusreliquien und die Bautätigkeit Erzbischof Brunos
(935-965), dans Das erste Jahrtausend, t. I, Dusseldorf, 1964, p. 948-977.
*? Edit. P. DURRIEU, Les Très Riches Heures de Jean de France, duc de Berry,
conservées au musée de Chantilly, Paris, 1904.
âge; cela ne paraît pas reproduire avec fidélité la configuration exacte et homogène de l’une d’entre elles. On sait pourtant que le panorama qui se déroule à l'arrière-plan de la «Vierge d’Autun dite du chancelier Rolin», peinte par Van Eyck avant 1418, présente de singulières analogies avec ce que l’on connaît par ailleurs de la cité de Liège à l’époque. A ce titre, il suggère donc une révision de la carrière communément attribuée à ce peintre dit «flamand». Cela est sûrement vrai de plusieurs éléments du panorama; encore que la chronologie de la cathédrale Saint-Lambert qui s’y dresse vers la droite, subisse quelques entorses mal étayées. Mais ce ne l’est assurément pas de toutes. Songeons, entre autres, à ces maisons rouges et blanches, c'est-à-dire en brique et grès, qui ne peuvent appartenir à l'architecture profane de la région mosane pour cette période. Ces maisons ont été «empruntées» ailleurs. Le panorama mélange des représentations alimentées par la vision de divers lieux. Il n’est plus univoque **.
Il reste, toujours dans ce domaine, que des détails architectoniques sont justes dans leur principe. Le mode d’obturation d’une baie, l'amortissement d’un pignon ou la modénature d’un piédroit de cheminée sont, en effet, de ces particularités banales de l’environnement quotidien de l’artiste, qui n’eut pas d'intérêt à les inventer.
Des illustrations de beaucoup postérieures sont, au même titre que des textes dont on parlait tout à l’heure, des moyens d’information indispensables. Elles reflètent une situation depuis modifiée.
Les toiles remarquables de minutie d’un Pieter Saenredam pendant le XVII* siècle hollandais, les planches des traités d'architecture qui prolifèrent au cours du XVIII*, les dessins d’un Viollet-le-Duc au siècle dernier, etc., appellent un commentaire favorable, similaire à celui des écrits de nature rétrospective.
33 J. LEJEUNE, Les Van Eyck, peintres de Liège et de sa cathédrale, Liège, 1956. En général : R. MAERE, Over het afbeelden van bestaande gebouwen in het schilderwerk van Vlaamse Primitieven, dans De Kunst der Nederlanden, n° 6 (décembre 1930), p. 201sv.; A. GRISEBACH, Architekturen auf niederländischen und franzôsischen Gemäldeen des 15. Jahrhunderts, dans Monatshefte für Kunstwissenschaft, 5 (1912), p. 209- 210; J. DE JONG, Architekturen bij de nederlandse schilders vo6r de Hervorming, Amsterdam, 1934.
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Fig. 17. — La source iconographique stéréotypée renseigne mal sur le bâtiment.
Ici, la cathédrale d’Aix-la-Chapelle suivant une miniature du Codex Vaticanus, 1° moitié
du XI° siècle. D’après F. KREUSCH, Kirche, Atrium und Portikus der Aachener Pfalz,
dans «Karl der Grosse, Lebenswerk und Nachleben. Bd III: Karolingische Kunst ». Düsseldorf, 1965, L. Schwann, p. 523.
L'exemple le plus spectaculaire reste celui des vues peintes au XVIII siècle par le vénitien G. A. Canaletto à Varsovie et qui servirent littéralement de «photographies d'époque» lorsqu'il s’est agi de reconstituer, par sentiment patriotique, la vieille ville de Varsovie après 1946.
Les techniques du laboratoire
Il est permis, d’ores et déjà, d'espérer un aide croissante du laboratoire de physique et de chimie, surtout si son utilisation devenait moins onéreuse.
Un éventail de méthodes chimiques et physiques se déploie et s'affine graduellement : carbone radioactif ou C14, thermolumi-
nescence, dendrochronologie, pétrographie, spectrométrie de fluorescence X, palynologie, etc.*4.
Grâce au questionnaire que l'historien soumettra à l’homme de laboratoire, des réponses «objectives» seront un jour trouvées à des problèmes épineux, particulièrement d'ordre chronologique et technologique, tels que l’âge des pans de bois, la composition des mortiers, l'occupation d’un site archéologique ou la fonte des métaux.
Il conviendra à l’avenir de tabler de plus en plus sur ces procédés d'analyse, qui autorisent des quantifications impersonnelles. Avec l'efficacité de la statistique, ils aboutiront au tracé de courbes de référence, par le biais desquelles diverses extrapolations rendront à un moment donné la tâche plus sûre et réduiront la marge des impressions plus ou moins judicieuses. En toute hypothèse, le dernier mot devra rester à l’archéologue ou à l'historien qui confrontera leurs résultats aux enseignements des sciences humaines. La synthèse viendra de lui, parce qu'il pourra, en particulier, interpréter les données du laboratoire à la lumière du contexte et les appliquer au juste objet de sa recherche.
Comme l'observation du site, l'étude des structures en place, l’apport des fouilles, les renseignements des textes, les images de l’iconographie, les analyses du laboratoire ne constituent qu’un fragment d’un tout qu'il s’agit d’aborder et de considérer par divers côtés. De cet ensemble d’indices, de preuves partielles et de réflexions plus ou moins approfondies, surgira un «monument», au sens étymologique, dont l'interprétation synthétisera le témoignage.
34 D. L. CLARKE, Models in Archaeology, Londres, 1972; E.M. WiILKINSON, C.R. MULLINS et A. TALBAGH, Technische und Naturwissenschaftliche Beiträge zur Feldarchäologie, Cologne, 1974 (en fait, contributions en anglais et français). Revues courantes : Annales du laboratoire de recherche des Musées de France (Paris), Arbeitsblätter für Restauratoren (Mayence), Studies in Conservation (Londres), Bulletin de l'LR.P.A. (Bruxelles), etc. Voir aussi la nouvelle revue PACT du groupe européen d’études pour les techniques physiques, chimiques et mathématiques appliquées à l'archéologie, dont le n° 1 a paru à Strasbourg en 1977 à l'initiative du Conseil de l'Europe.