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MÉDITERRANÉE

Fig. 18. — Exemple de carte claire repérant des courants d’influences. En l'occurrence,

le sens des mouvements issus de Cluny (1) et de Citeaux (2) au XII° siècle. D’après

G. DEMIANS D’ARCHIMBAUD, Histoire artistique de l'Occident médiéval. Paris, A. Colin, 1968, p. 143 (coll. &U »).

parce qu’il y a toujours un moyen de retenir un détail et d’en repérer des utilisations plus ou moins variables un peu partout.

La comparaison diachronique, qui doit être correctement annoncée, celle par exemple d’une espèce déterminée, résulte d’un choix raisonné.

Elle livre un survol de faible intérêt si elle n’est pas sous-entendue par une intention logique constante.

Rien n'empêche de concevoir l’histoire de la fenêtre par exemple. Pareil développement serait même bienvenu et générateur d’autres déductions. Mais il s’agit de sérier les fenêtres à

retenir, de ne pas les emprunter au Nord, puis au Sud, dans une église, puis dans un château, etc. Autrement dit, un travail du genre : «l’évolution de la baie en Occident durant l’ère chrétienne » a toute chance de mener à l'impasse et de brouiller les cartes.

Bien conduite, la comparaison est susceptible de retracer un cheminement séculaire et de le jalonner de repères significatifs à tel ou tel point de vue.

L'histoire des cathédrales gothiques est pertinente. En revanche, le rapprochement entre donjons écossais et rhénans serait boiteux si on y cherchait plus que des réponses à un certain programme, compte tenu de l'écart chronologique et spatial.

Il y a tout lieu de croire que le plan triconque de Sainte- Marie du Capitole à Cologne, consacrée en 1048, résulterait d’une transmission, via l’abbatiale de Stavelot, dédicacée en 1040, du parti des églises dites de pèlerinage, telles Tours (1014), Orléans (vers 1020) ou Reims (vers 1049), qu'avait connues Poppon de Stavelot. D'autant que Brauweiler édifiée de 1048 à 1061 par le même homme, présente une disposition identique €. En l’occurrence, biographie, fouilles, iconographie et déductions comparatives conjuguent leurs indices pour aider à retracer une «série» probable de monuments dans l’espace et le temps.

Mettre en relation des charpentes par exemple lorraines et brabançonnes ne rime pas à grand’chose, si on oublie l’incidence de la tuile-canal sur la pente des toits ou celle du chaume par opposition à l’ardoise ou à la «panne » ?.

6 Développement dans L.F. GENICOT, Un « cas » de l'architecture mosane : l'ancienne abbatiale de Sravelot, dans Bulletin de la Commission royale des Monuments et des Sites, 17 (1967-1968), p. 124-128.

! A propos de toits anciens: F. SCHNELL, Die Entwicklung des Dachstuhls am Mittelrhein, Darmstadt, 1915: R. Mark et R.S. JONASH, Wind Loading in Gothic Structure, dans Journal of the Society of Architectural Historians, 29 (1970), p. 222-230; J. HEYMAN, An Apsidal Timber Roof at Westminster, dans Gesta, 15 (1976), p. 53-60; H. DENEUX, L'évolution des charpentes du XI° au XVIII° siècle, dans L'architecte (1927), passim; H. JANSE et L. DEVLIEGHER, Middeleeuwse bekappingen in het vroegere Graafschap Vlaanderen, dans Bulletin de la Commission royale des Monuments et des Sites, 13 (1962), p. 299sv.; Charpentes, série de fascicules publiés depuis 1966 par le Service des monuments historiques de France.

On ne perdra jamais de vue que la toute grosse majorité des constructions produites à un moment n’était pas la cathédrale de la ville et dès lors, que cette dernière ne saurait refléter qu’un certain écho de l’activité architecturale de la région à l’époque, qu’elle ne peut aucunement la résumer convenablement.

Lui dénier toute valeur serait également sot. Sa réalisation a pu frapper l'imagination, exciter les recherches, provoquer des convoitises. Elle fut l’occasion d’expériences neuves en matière de couverture, de décor, d’appareillage, de contre-butement, etc. Elle a donc grande chance d’avoir exercé un rayonnement. Mais avec quel décalage, d’une part, et sur quelle étendue, de l’autre?

Les voitures automobiles de course (Formule I) favorisent beaucoup les recherches en laboratoire, les essais, les révisions. Dans une foule de secteurs, les pneumatiques par exemple, dont bénéficieront ensuite d’autres voitures de série. On ne va pas pour autant comparer les performances des unes et des autres sans réserves.

Pareillement, qu’un château royal possède, disons aux alentours de 1150, un système défensif qui est absent dans une forteresse de moindre rang, ne situe pas celle-ci avant celui-là. Pourtant, 1l est éminemment probable que le système en cause autorise à dater d’après 1150 environ une forteresse secondaire qui l’utiliserait.

Ainsi, l'édification «extraordinaire» du chœur nouveau de la cathédrale de Tournai entre 1243 et 1255, selon les formules du style dit international, n’a point empêché d’autres modes de perdurer. Il a cependant créé un mouvement qui s’est bientôt manifesté dans le groupe de l’Escaut, avec des modalités bien entendu, au point d’endiguer l'essor du gothique scaldien même.

De surcroît, les moyens, spécialement financiers, interdisaient le plus souvent la reprise des grands modèles. Une église rurale, dont le programme était tout autre, n'aurait pu se permettre la cherté de

# P. HELIOT, Le chœur de la cathédrale de Tournai et l'architecture du XIE siècle. dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique. Classe des Beaux-arts, 45 (1963), p. 31-54; L. DEVLIEGHER, De Opkomst van de kerkelijke gotische Bouwkunst in West- Vlaanderen gedurende de XIIF eeuw, dans Bulletin de la Commission royale des Monuments et des Sites, 5 (1954), p. 179 sv., et 7 (1956), p. 9sv. :

motifs employés dans la proche cathédrale. Elle n’en reprendra que des détails pour les inclure dans son schéma général.

Par ailleurs, n'est-il pas dangereux de vouloir, presque à toute force, découvrir des antécédents, raisonner en termes exclusifs de filiations et de dépendances? Loin d’en rejeter l'impact, n'est-ce pas négliger ou sous-estimer les capacités d’un groupe ou d’une région de réaliser chez soi ce qui s’observerait ailleurs ?

Les croisades ont-elle véritablement apporté tant de nouveautés en Occident dans l’art militaire? Encore fallait-il que le chevalier à son retour de Terre Sainte ait été en mesure de reproduire chez lui un modèle aperçu en Orient. Disposait-il des moyens pour le faire, des services d’un «ingeniator », par exemple, capable de lui bâtir la petite merveille dont il aurait rêvé? C’est bien loin d’être garanti.

L'apparition des armes à feu au XIV® siècle n’a pas en tout cas causé autant de révolutions qu’on l’a prétendu. Hormis

Fig. 19. — Vue cavalière apte à faire comprendre l'enterrement d’une forteresse conditionnée par l’arme à feu. Le château de Salses, fin du XV° siècle. D'après A. RATHEAU, Monographie du château de Salses. Paris, 1860.

76 CHAPITRE IV dans les réalisations qui émanaient précisément de leurs détenteurs privilégiés, et qui, de ce fait, se singularisaient de la bâtisse courante. Faut-il en déduire que celle-ci était «dépassée» et s’acharner sur une comparaison qui, de toute évidence, oppose deux échelles de valeur?

Pourquoi certains éléments ne surgiraient-ils pas, vers la même époque, en deux endroits éloignés de la carte, à la faveur d’un développement «sui generis», mais sans contact obligé? Et même s’il existe une antériorité non contestable en l’un des deux endroits, y eut-il à coup sûr transfert vers le second?

Les frises d’arcatures qui couronnent le sommet des murs dans l’architecture religieuse, puis profane, de l’Empire à dater de la fin du XI° siècle, sont-elles réellement une reprise du répertoire «lombard» qui leur a laissé son nom? Ou plutôt, malgré l’ancienneté des œuvres méridionales, la conséquence normale d’un développement du thème des arcs aveugles des années précédentes, au cours d’une évolution générale de la bâtisse vers l’allègement et l’ornementation? Une question de mutation interne d'esprit, plus que de «parachutage » d’un modèle étranger ?°

Comment, enfin, continuer à mettre en regard des composantes qui ressortissent à des impératifs si divergents qu'ils ne sauraient se comparer sans effroi? Est-il juste de comparer pour une même période et dans une même contrée, l’architecture religieuse et l'architecture castrale? Et d’en induire un jugement de valeur qui exalte la première au détriment de l’autre? Trop fréquemment, de nos jours encore, l'architecture profane est dévaluée. Le primat est donné à l’art d'église, l’archaïsme et le manque de raffinement laissés aux réalisations civiles. Une certaine image de la société laïque «primaire » s’en ressent, que le cinéma continue trop souvent à populariser envers et contre toute exactitude.

° E. KLUCKHOHN, Die Bedeutung Italiens für die romanische Baukunst und Bauornamentik in Deutschland, Marburg/Lahn, 1955; P. HELIOT, Du carolingien au gothique : l'évolution de la plastique murale dans l'architecture religieuse du Nord-Ouest de l'Europe, Paris, 1966; A. VERBEEK, Ottonische und staufische Wandliederung am Niederrhein, dans Beiträge zur Kunst des Mittelalters, Berlin, 1950, p. 70 sv.

La muraille d’une bâtisse à vocation réellement ou censément défensive — ceci est affaire psychologique — a dû conserver une épaisseur et une opacité relative. Elle ne pouvait s’autoriser, sans risque grave de contradiction interne, la scission entre éléments portants et clôturants, telle que les progrès de la technique structurale l’avait promue dans la grande église gothique. Même si ses constructeurs ne l’ignoraient pas. La résidence militaire fortifiée imposait aux murs une autre fonction et partant, un autre traitement. C’est à d’autres niveaux, où les contraintes propres à son genre s’estompaient, qu'elle a pu rivaliser : stéréotomie, appareil, modénature, ingéniosité de l’organisation spatiale, qualité de l'équipement, etc. Ses occupants n'avaient rien de vulgaire à priori.

Encore faudrait-il quelquefois tempérer la portée de ces relations, néanmoins licites, par l'introduction de facteurs extérieurs, spécialement d'ordre mental, mais dont le rejaillissement sur l’idée qu’on pouvait se faire de tel bâtiment reste difficile à percevoir et complexe. Autre aspect de l’interprétation que celui-ci : l'idéologie.

Symbolisme et « copies »

Par l’architecture, l'idéologie prend forme. Elle se manifeste dans tout ou partie d’une construction. L'architecture est porteuse de valeurs, d’aspirations, d’idéaux, au même titre que des objets, un vêtement, des attitudes. Elle veut «signifier». Et peut-être d’autant plus profondément, on l’a dit, qu’elle était dispendieuse et durable. Souvent, elle a traduit des pensées, elle est devenue symbole.

La spiritualité de Cîteaux est devenue l'exemple classique d’un conditionnement de l'architecture !°, avant du moins que l’austérité des préceptes, notamment bernardins, ne s’adoucisse au point de tolérer une modification profonde de léthique architecturale des débuts de l’ordre. Par ricochet, et bien que la règle en parle fort peu, les idéaux des cisterciens dictèrent l'attitude des chanoines prémontrés et plus tard, grâce à l’adjuvant, il est vrai, d’une recherche actualisée de la pauvreté,

10 H. HAHN, Die frühe Kirchenbaukunst der Zisterzienser, Berlin, 1957; G. DuBy, Saint Bernard. L'art cistercien, Paris, 1976; M. AUBERT, L'architecture cistercienne en France, 2° éd., 2 vol. Paris, 1947.

78 CHAPITRE IV guidèrent celle des ordres mendiants, surtout des franciscains = L'esprit imposa ses normes aux maîtres d'œuvre et canalisa leur créativité.

On n’en finirait pas d’aligner les témoignages sur ce point. L'âme médiévale — et non plus la nôtre? — était friande, pétrie, férue de symbolique. Elle l’a exprimé dans tous les domaines. Sous deux formes toujours valables.

L'une, d’allure plus «objective», qui faisait dûment référence plus ou moins explicite à des modèles, on le verra. L’autre, de nature plus réflexive, qui trouve ou indique des interprétations et des allusions dans le bâtiment, sans qu'il soit fait de renvoi intentionnel à des prototypes choisis et reconnus.

Qu'on ne vienne pas croire à la gratuité de pareil symbole. Dans tous les cas, la construction est pensée, plus ou moins fort, avec plus ou moins d'indépendance d’esprit. Elle a un but circonstancié, seraitce par le truchement d’un tiers. Le symbole y est inscrit d'emblée dans la fonction. Ou il y est tôt ou tard injecté par autrui. Ou encore il est perçu par d’autres avec un décalage plus ou moins long. De toute manière, 1l s’y trouve ou s’y trouvera, inchangé ou (ré)interprété.

La « Westchorenhalle » rhéno-mosane du XII siècle et, plus généralement, l’avant-corps depuis l’âge carolingien, son ancêtre, ont formé des entités, à la limite de véritables églises adossées à l’ouest et en tête du vaisseau. Ils furent chargés d’une alliance, comme sous l'effet d’une réaction en chaîne, de symboles superposés et imbriqués : église du Sauveur et de la rédemption, lieu du baptême, siège de l’archange Michel, rempart de la cité céleste, barrière ou écran contre les maléfices du

1 AW. CLAPHAM, The Architecture of the Praemonstratensians, with special Reference to their Buildings in England, dans Archaeologia (Oxford), 2° s., 23 (1923), p. 116sv.; R. PETIT, Le puritanisme des premiers Prémontrés, dans L'architecture monastique, Mayence, 1951, s.p.; IDEM, La spiritualité des Prémontrés aux XIE et XIII siècles, Paris, 1947 (Etudes de théologie et d'histoire de la spiritualité, vol. X): H. DELLWING, Studien zur Baukunst der Bettelorden in Veneto. Die Gotik der monumentalen Gewôlbebasiliken, Munich, 1970; P. HELIOT, Sur les églises gothiques des ordres mendiants en Italie centrale, dans Bulletin monumental, 130 (1972), p. 231 sv.; diverses contributions dans La naissance et l'essor du gothique méridional au XII siècle, Toulouse, 1974 (coll. «Les cahiers de Fanjeaux», n° 9); G. MÜLLER, Die Dominikanenklôster der ehemaligen Ordensnation « Mark Brandenburg », Berlin, 1914.

monde des ténèbres, tribune du pouvoir temporel, etc. !2. Indépendamment, s'entend, d’une évolution formelle qui est allée de pair avec une dénaturation progressive du contenu spirituel au cours de plus de trois cents ans d’histoire de l'édifice du culte.

La notion de «bel étage » s’est dégagée lentement de nécessités terre à terrè : loger des personnes à un niveau qui les garanüsse d’intrusions malveillantes et qui les place au-dessus des bestiaux dont la chaleur ascendante leur était profitable. Après coup, elle a valu en soi. Elle a suscité, dès lors et jusqu’à nos jours quasiment, dans l’habitat de certaines couches sociales, surtout en ville, une élévation typique qui avait oublié ses motivations de départ. Ce n'était pas le rez-de-chaussée des «gens de bas étage » …

L'emplacement et le plan d’une crypte, bien que celle-ci se soit transformée peu à peu avant de disparaître en général durant le XIII° siècle, sont en intime relation avec l’idée de support, à la fois matériel et symbolique, qu’elle prête au sanctuaire et à son autel principal, avec le culte des reliques, avec la survivance depuis la Basse-antiquité de l’envie d’une «tumulatio ad sanctos », avec l’essor prodigieux des pèlerinages et les impératifs du «tour» des visiteurs enregistré par le folklore !. L’erreur serait de considérer les cryptes comme des fondations purement «constructives » 14.

12 C. HEITz, Recherches sur les rapports entre architecture et liturgie à l'époque carolingienne, Paris, 1963; F. MoEBius, Westwerkstudien, Jena, 1968; G. BANDMANN, Die Mittelalterliche Architektur als Bedeutungsträger, Berlin, 1951; F. KREUSCH, Beobachtungen an der Westanlage des Klosterkirche zu Corvey, Cologne, 1963 (avec bibliographie); A. MANN, Doppelchor und Stiftermemorie. Zum Kunst- und Kultgeschichtlichen Problem der Westchôüre, dans Westfälische Zeitschrift, 111 (1961), p. 149sv.; P. VERZONE, Les églises du Haut Moyen Age et le culte des anges, dans L'art mosan, Paris, 1953, p. 71sv.; G. BANDMANN, Früh- und hochmittelalterliche Altaranordnung als Darstellung, dans Das erste Jahrtausend, t. 1, 2° éd., Dusseldorf, 1963, p. 371 sv.

13 J. HUBERT, Cryptae inferiores et cryptae superiores dans l'architecture religieuse de l'époque carolingienne, dans Mélanges Louis Halphen, Paris, 1951, p. 351sv; R. WALLRATH, Zur Bedeutung der mittelalterlichen Krypta, Chorumgang und Marienkapelle, dans Beiträge zur Kunst des Müittelalters, Berlin, 1950, p. S4sv.; A. VER- BEEK, Die Aussenkrypta. Werden einer Bauform des frühen Mittelalters, dans Zeitschrift für Kunstwissenschaft, 13 (1950), p. 7sv.; W. SANDERSON, Monastic Reform in Lorraine and the Outer Crypt. 950-1100, dans Transactions of the American Philosophical Society, n.s., 61 (1971), p. 3sv.

14 F. DESHOULIERES, Les cryptes en France et l'influence du culte des reliques sur l'architecture religieuse, dans Mélanges F. Martroye, Paris, 1941, p. 237.

Fig. 20. — Sous forme d’hypothèse, un croquis recompose l’état d’un bâtiment disparu plus ou moins largement. La chapelle romane de Hamerenne qui s’est adossée au donjon préexistant. Échelle : 1:200. D’après L.F. GENICOT, Les églises romanes du XI°

Il y aurait beaucoup à retirer de la psychologie que suggère le thème turriforme en général, dans le civil et dans le religieux, au-delà de ses implications strictement pratiques des origines, qui, soit s’y conjuguent encore, soit et à l'inverse, tombent en désuétude. À un moment donné, celles-ci sont mises en veilleuse au profit de résonances nouvelles, d’un autre ordre, qui les transcendent. Les «steenen» et les maisons-tours du patriciat qui hérissent le profil des cités du moyen âge !*. Les clochers des églises paroissiales, ces «bornes monumentales» semées à travers les campagnes. Les tours d'encadrement du «chorus » et de la croisée du transept où officient chanoines ou moines !. Le «pignon sur rue» des maisons bourgeoises et des principaux lieux de commerce. Le beffroi des communautés urbaines avec son tocsin, puis son horloge publique. Etc.

siècle, op. cit., p. 302.

!$ Enquêtes partielles ou parallèles : A. HEINS, Les Steenen et les Hoven en Flandre.

dans Annales de la Fédération historique et archéologique de Belgique, 20 (1907), p. 393sv.; J1 Palazzo italiano, introduction de C. Perogalli, Milan, 1975; P. BARBIER, La France féodale, t. V: Châteaux-forts et églises fortifiées, Saint-Brieuc, 1968: exemples en Svanétie dans le catalogue Architecture géorgienne, Louvain-la-Neuve, 1978. p. 46-47.

P. HELIOT, Sur les tours de transept dans l'architecture du moyen âge, dans Revue

archéologique, 1 (1965), p. 176.

En maintes circonstances, le symbole s’est greffé sur la réalité originelle. En d’autres, il l’a même éliminée, à tout le moins dévalorisée. Il a permis de «récupérer » des besoins au début élémentaires et sans éclat. En d’autres occasions, il a gouverné le choix et présidé à l'élaboration du projet.

Le danger consiste de toute évidence à chercher du symbolisme partout. Mais il est vrai que l’homme, en tout temps, d'ici et d’ailleurs, se donne énormément dans ce qui l'entoure, dans sa demeure et dans ses objets en particulier !7. Il y projette des pulsions vitales de sécurité, de rêve, d'identité, de prestige, en un mot de reconnaissance de soi et d’autrui.

En sorte que les sociologues ont beau jeu d’en pointer les marques, — la «sociologie de l’architecture» est un domaine fascinant —, et que les psychologues à leur tour y découvrent assez d’indices palpitants.

L'un des meilleurs d’entre eux, Gaston Bachelard, a pu ainsi analyser le rôle, combien permanent dans les mentalités jusqu'aujourd'hui, par exemple des souterrains: «Le château planté sur la colline avait des racines fasciculées de souterrains. Quelle puissance pour une simple maison d’être bâtie sur une touffe de souterrains! ... La grande plante de pierre qu’est la maison pousserait mal si elle n’avait pas l’eau des souterrains à sa base » '8.

Aspect épineux du symbolisme : quelle démarcation fixer à la réception du symbole entre les gens instruits ou initiés et les autres? La pratique d’une symbolique ne se raréfiait ou ne se simplifiait-elle pas dans une mesure proportionnelle? Tous les symboles ne concernaient pas tout le monde. Toute l’iconographie ne s’adressait pas à n'importe qui.

Alors, la fameuse «bible de pierre » des cathédrales et le cycle typologique des images, sculptées, peintes et gravées, des grands ensembles d'enseignement du peuple des fidèles, que lui di-

17 J. BAUDRILLARD, Le système des objets. La consommation des signes, Paris, 1968 (coll. « Médiations »).

18 G. BACHELARD, La poétique de l'espace, 5° éd., Paris, 1967, p. 37 et 40 (coll. «Bibliothèque de psychologie contemporaine »).

saient-ils? Elaborés par des savants, ne planaient-ils pas audessus de l’entendement du commun des mortels? D’autant que leur vision était parfois difficile et qu’elle s’estompait dans les hauteurs des vitraux, des gâbles, des galeries, des chapiteaux et des frises du clair-étage?!° Tous les petits artisans et tous les épiciers de la ville n'étaient pas de fins théologiens. Au demeurant, tout cela les intéressait-il tellement ?

Ailleurs, comme dans la cathédrale impériale de Spire, construite et fréquentée par l’intelligentsia aulique, l'usage d'un décor d'inspiration antique est, plus distinctement, un reflet d’une intention politico-religieuse, l’image de l’«Imperium romanum » ?0.

Copier alors était s'inspirer avec plus ou moins de fidélité, plus ou moins de liberté, d’un modèle élu ou imposé. Le fait était courant, admis, dans les mœurs. Mais il n’y avait pas de servilité dans cette reprise. La copie littérale était l'exception. Une souplesse profonde présidait à l’extrapolation, et «le mérite de l'intervention pouvait l'emporter sur celui de l’exécution » ??.

Tantôt, l’imitation est patente. Comme pour ces églises palatines, aux dimensions variables, dérivées sans conteste du prototype aixois, qui mélangeaient à l'intention du prince, laïc ou ecclésiastique, voire des deux, des mobiles religieux et politiques ?*.

1° J. HUBERT, Arts et vie sociale de la fin du monde antique au moyen âge. Etudes d'archéologie et d'histoire. Recueil offert à l'auteur par ses élèves et ses amis, Genève, 1977, p. 499 sv. (avec bibliographie).

20 W. SAUERLÂNDER, Cluny und Speyer, dans /nvestiturstreit und Reichsverfassung hrg. von J. Fleckenstein, dans Vorträge und Forschungen, 17 (1973), p. 9sv.

21 A. MALRAUX, Le musée imaginaire de la sculpture mondiale, Paris, 1972, p. 52.

22? G. ISNARD, Faux et imitations dans l'art, 2 vol., Paris, 1958-1960.

2% G. SIEFFERT, À propos de l'église d'Otimarsheim : les imitations de la chapelle palatine de Charlemagne à Aïix-la-Chapelle, dans Cahiers de l'art médiéval, 5 (1968), p. 29sv.; A. VERBEEK, Zentralbauten in der Nachfolge der Aachener Pfalzkapelle, dans Das erste Jahrtausend, t. I, Dusseldorf, 1964, p. 898 sv.; J.F. VAN AGT, Een centraal-

C’est démontré pour Nimègue, Liège, Bruges, Essen, Ottmarsheim. Encore dans les deux derniers cas s’agissait-il d’églises conventuelles, d’obédience impériale, sans véritable destinée politique. La chose est moins claire pour Louvain par exemple, où la rotonde ajoutée, sans doute peu après 1100, au chevet de la collégiale funéraire des comtes, puis dues de Brabant, ne contient pas de sépultures significatives, ne possède point de tribune seigneuriale, mais est dédiée à Jean-Baptiste 24.

Tantôt, la source d'inspiration est plus voilée. Elle transparaît d’une façon plus ténue, comme dans les références faites au plan central du Saint Sépulcre, pour lesquelles le parti rayonnant et sans doute la position semblent des paramètres d'identification suffisants pour Or

Tantôt encore, le renvoi au motif d’inspiration recouvre des réalités non apparentées, comme pour ces constructions faites «more romano» ou «longobardino», soit en plan, soit en élévation ?. Ici, le vocabulaire est plus polyvalent. Il n’est compris qu’en vertu d’un recours à la réalisation même.

C’est qu’en fait, l’intellectuel du moyen âge — mais le manant? — est resté, au moins durant plusieurs siècles, plus sensible à l’image qu'à la réalité du produit, au schéma qu’à la photogrammétrie. Ou

bouw naar Akensmodel te Zierikzee?, dans Bulletin van de Koninklijke Nederlandse Oudheidkundige Bond, 72 (1973), p. 44-47; Herefordshire, sous la direc. de N. PEVSNER, Harmondsworth, 1963, p. 145sv. (coll. «The Buildings of England », n° 25).

24 J. MERTENS, Quelques édifices religieux à plan central découverts récemment en Belgique, dans Genava, 11 (1963), p. 141sv.; I. HACKER-SUECK, La Sainte-Chapelle de Paris et les chapelles palatines du moyen âge en France, dans Cahiers archéologiques, 13 (1963), p. 217sv.

25 A. GRABAR, Martyrium. Recherches sur le culte des reliques et l'art chrétien antique, tome I, Architecture, Paris, 1946; G. SIEFFERT, Ecclesia ad instar Domini Sepulcri, dans Revue du haut moyen âge latin, 5 (1949), p. 197sv.; R. KRAUTHEIMER, Sancta Maria Rotunda, dans Arte del primo Millenio, Turin, 1951, p. 21sv.; IDEM, An introduction to an «Iconography » of Mediaeval Architecture, dans Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 5 (1942), p. 1sv.; V. MUNTANEN, À Romanesque Copy of The Anastasis : The Chapel of St. Jean of Le Liget, dans Gesta, 16 (1977), p. 27-40.

26 Pour Rolduc au XII° s.: Annales Rodenses. Facsimile Uïtgave van transcriptie, tekstkritische noten en een inleiding voorzien, édit. P.C. BOEREN et G. W. À. PANHUYSEN, Assen, 1968. Pour Fulda au IX° s.: D. GRoszMANN, Kloster Fulda und seine Bedeutung für den frühen deutschen Kirchenbau, dans Das erste Jahrtausend, t. X, 2° éd., Dusseldorf, 1963, p. 344sv.

84 CHAPITRE IV plutôt, qu'il se satisfaisait de l’idée. À ses yeux, un thème constructif pouvait recevoir une tournure assez abstraite, par rapport à son archétype, sans fausser pour autant la source du raisonnement. La relation entre le modèle et sa reproduction, on dirait plus volontiers sa transcription, se plaçait au stade iconologique. L’allusion iconographique demeurait claire, sinon limpide, pour qui était formé ou en était informé. Ce qui deviendrait pour nous une déformation gênante, voire obscurcissante, ou même une caricature résistait à la confusion dans la logique du transfert mental qu’opérait l’homme du moyen Âge vis-à-vis des modèles. En somme, la valeur analogique primait. Mieux, la copie se hissait au rang du symbole dont on a parlé. Une particularité formelle suffisait à déclencher le moteur de l’imagination et à restituer ainsi la physionomie de l’ensemble initial. Le «portrait » résidait dans l’essentiel : le contenu spirituel se diffusait à partir de la mise en évidence d’une forme expressive, de l’affichage de l’un ou l’autre trait évocateur.

La «copie» n’entraîne donc pas qu'on doive retrouver en elle certains éléments concrets, à première vue obligés, de l'original.

On a vainement cherché les traces du trône impérial dans l’église de Paderborn; il se trouvait en réalité dans une salle d'audience, à côté?7. C’est par hypothèse que ce même siège est positionné dans les restitutions du «Westkerk» de Corvey en raison de ses profondes similitudes avec l'idéal carolingien d’Aix-la-Chapelle ?8.

On exclura de ces considérations ce qui touche à cette autre forme de copie, ou mieux de prolongement, que sont les survivances des traités d’architecture, en particulier de l'Antiquité classique. Quand bien même elles traduisent un legs, d’autant plus révélateur qu'il confirme d'autres modalités contemporaines du même esprit, elles répondent à une démarche constructive assez différente, on dirait de nos Jours « parallèle ».

L'influence de Végèce sur l'architecture militaire, quoique réduite, trahit quand même un souvenir de Rome 2°. Celle du

27 K.J. SCHMITZ, Dom zu Paderborn, Paderborn, 1969. ?# F. KREUSCH, Beobachtungen an der Westanlage der Klosterkirche zu Corvey, Cologne, 1963; W. RAVE, Corvey, Munster, 1958.

** Exemple dans P. SCHMIDT et coll., Châteaux et guerriers de l'Alsace médiévale, Strasbourg, 1975.

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SSSS NS - K BR NE IKKKK \ S dl a - — g lediung —— —7\\ Altwerk Fig. 21. — Plan général d’une cité médiévale soulignant les rapports d'implantation

entre le «Burg» et la ville. Exemple de Nideggen en Eifel. D’après K. WIEDEMANN, Führer zur vor- und frühgeschichtlichen Denkmäler, t. 26, Nordôstliches Eifelvorland, 2° éd., Mayence, Philipp von Zabern, 1976, p. 66.

86 CHAPITRE IV traité de Vitruve, réelle bien que momentanée, l’accuse avec force *° : grâce aux bibliothèques du haut moyen âge, jusqu’au tournant des X° et XI° siècles, ce traité a occupé une place non négligeable. Puis il fut oublié. Redécouvert en 1414, il servit de base aux théories capitales pour les temps modernes de L.-B. Alberti (f 1472).

L'interprétation est par conséquent l’analyse approfondie des relations d’une œuvre, d’un «monument», avec la société qui l’a fait et vu naître. Au-delà du fait matériel de l’acte de construire, elle tente d'appréhender à travers son produit, une mentalité, des aspirations, une spiritualité. Non plus seulement le «comment» des choses, mais aussi leur «pourquoi». En cela, elle pénètre dans une sphère de pensée qui devient propre à chaque genre, dans les motivations qui sont spécifiques à chaque catégorie d’édifices. Elle dépasse et déborde le but qu’on s'était assigné au départ: émettre des réflexions de méthode sur «le» bâtiment en général, non sur «un» bâtiment en particulier *?.

*® H. KOCH, Vom Nachleben des Vitruv, Baden-Baden, 1951: P. RUFFEL et J. SoU- BIRAN, Recherche sur la tradition manuscrite de Vitruve, Toulouse, 1959. (coll. « Annales publiées par la Faculté des Lettres de Toulouse», vol. 9, fasc. 3): G. BANDMANN. Die Bauformen des Mittelalters, Bonn, 1949, passim. Sous l'angle technique : G. Cozzo. Ingegneria romana, 2° éd., Rome, 1970.

*! Au moment où je donnais le bon à tirer de ces pages, j'ai pris connaissance du Jeune ouvrage, qui contient des remarques et des exemples semblables aux miens. de P. ADDYMAN et R. MORRIS, The archacological study of churches, Nottingham, 1976.

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