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LA SCULPTURE

Au moyen âge, tous les arts étaient solidaires de l’architecture. L’architecte traçait les épures sur le chantier et conduisait les travaux de construction; il dirigeait les tailleurs de pierre, les maçons en même temps que les tailleurs d’images, les sculpteurs ainsi que les enlumineurs, les verriers et les peintres, en imprimant à tous le mouvement d’exécution de l’œuvre tout entière dont il était le créateur.

Tout se tient partout et particulièrement dans l’art et toutes ses branches. L’histoire de la sculpture est la même que celle de l’architecture, car elles ont subi ensemble les influences diverses qui ont marqué leurs origines et leurs transformations; elles sont arrivées ensemble à l’apogée par les manifestations éclatantes du xiu* siècle et elles ont suivi les mêmes voies qui les ont amenées à leur déclin, moins de deux siècles plus tard.

Lastatuaire et la sculpture ornementale étaient inséparables, parce qu’elles étaient exécutées par les mêmes

artistes soumis à une même idée : l’étude de la nature.

ARP.U. GOTMIQJUK.

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Subissant la loi de la transformation incessante, ilsabandonnèrent les formes hiératiques imposées par les traditions religieuses, en donnant une nouvelle expression à ces memes traditions respectées et conservées.

L’inspiration romaine, l’imitation même de la statuaire romaine est certaine dans la première moitié du xmc siècle. Reims, qui semble être l’expression suprême, le chefd’œuvre de l’architecture dite gothique, nous en montre un magnifique exemple par un certain nombre des statues qui ornent le portail occidental de la cathédrale.

Les architectes du xui® siècle, tout aux idées de leur temps, oubliant leurs origines tracée par les novateurs

Fig. 97. — Cathédrale de Reim*.

Porte principal» intérieure.

Statuaire et ornements.

latines, avaient suivi la voie

pour la construction monumentale, mais en abandonnant les formes conventionnelles de l’art byzantin, aussi bien pour la statuaire que pour les ornements sculptés qui l’accompagnent, — en honneur encore pendant le siècle précédent — et, en s’inspirant de l’art romain, ils avaient fait un retour salutaire vers les traditions antiques qu’ils abandonnèrent ensuite pour n’y plus revenir.

L’inlluence romaine est certaine pour la statuaire et on en trouve la preuve soit dans les relations qui existaient entre le Nord et le Midi, bien avant les croisades, principalement par les grands ordres religieux du temps, soit — ce qui

est peut-être le plus p Fie- 98; - Cathédrale de Reims.

r r Porte principale. — l-.brasemcnt intérieur

simple — dans les in- Statuaire et ornements.

nombrables monuments que les Romains eux-mêmes

avaient élevés en Gaule à l’imitation de Rome, et ceux

F, g. 9p. — Cathédrale de Paris. - Porte prlncifale. — Rinceaux.

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

construits par les Gallo-Romains pendant plusieurs

Fig. ioo. — Cathédrale de Paris. — Portail principal. Rinceaux des voussures de la porte nord.

siècles et qui n’avaient pas été tous détruits par les

Fig. ioi. — Cathédrale de Chartres.

Statuaire. — Portail nord.

invasions barbares.

La sculpture ornementale doit avoir une origine non moins ancienne. Ellesemble tout d’abord inspirée des détails de l’époque dite romane; mais d’après les savants modernes1, elle remonte beaucoup plus haut. L’art oriental, importé et barbarisé en Scandinavie, fut introduit en Irlande dès les premiers siècles de notre ère. Les moines irlandais, si puissants, et qui paraissent avoir été les principaux agents de la Renaissance de Charlemagne, créèrent ou influencèrent, par

i. M. A. de Montaiglon, professeur à l’École des chartes.

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE les manuscrits et les miniatures, Part carolingien dont procède Part dit roman, qui a engendré la sculpture ornementale du xiit8 siècle, art d’un caractère si particulièrement décoratif, dû évidemment aux traditions très anciennes conservées et transmises, puis rajeunies, fortifiées, transformées danç ses détails par l’étude de la nature, de même que pour la statuaire.

Les architectes de l’Ile-de-France, comme ceux de Reims, s’assimilèrent ces principes de Part nouveau avec la souplesseet l’adresse merveilleuses qui les caractérisaient si bien et ils en donnèrent des preuves nombreuses à Notre-Dame de Paris par la statuaire qui décore le portail principal et, peut-être

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Fig. >oa. — Cathédrale de Chartres.

Statuaire. — Portail sud.

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(•ig. ioj. — Cathédrale d’Amiens. — Porche central du portail occidental.

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE ,5

plus encore, par les ornements qui les accompagnent.

La cathédrale de Chartres, dans ses portails nord et sud du xiii® siècle, est un sujet d’études les plus instruc-

r: g. io*. — Cathédrale d’Amiens. — Statuaire. — Portail stid.

tives par la comparaison, qui peut être faite sur un même édifice, des sculptures inspirées de l’hiératisme byzantin et de la statuaire transformée, naturalisée pour ainsi dire, par l’influence antique.

La cathédrale d’Amiens possède certaines parties de sa sculpture qui ont subi cette influence; mais elle

iS+ L’ARCHITECTURE GOTHIQUE.

montre, dans l’abondance des motifs sculptés et dans le relâchement de leur exécution, les mêmes symptômes

Fig. 105. — Cathédrale d'Amiens. — Stalles du chœur. Ornements sculptés sur bois.

de décadence qui s’annoncent par la hardiesse des tours de force que les constructeurs avaient accomplis dans sa structure.

L’A nCH IT ECTURE RELIGIEUSE.

Fig. 106. — Abbaye du Mont-Saint-Michel. — Cloître du xme siècle Ornements sculptés des tympans intérieurs.

La sculpture du moyen âge suit la fortune de l’ar-

chitecture dans son ascension et dans sa décadence; à son origine, d’une pureté de style qui rappelle en son genre le beau temps de la sculpture romaine, elle perd bientôt la proportion et la mesure en s’éloignant des traditionsantiques.

L’exubérance déréglée de ses composition s, surchargées de détails, lui fait oublier les sages lois de la simplicité, condition essentielle de toute œuvre d’art, et l’entraîne à une décadence rapide qui s’annonce dès le xiv® siècle et s’accomplit un siècle plus tard. « La statuaire est alors à son apogée, et rien de plus surprenant que l’activité et la fécondité des sculpteurs du xin' siècle, qui peuplèrent de person-

Fig. 107. — Statuette en bois (o°,(îo de hauteur) (xm* siècle). — Ateliers de la Chaise-Dieu (Auvergne).

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE

nages hauts de deux à trois mètres les embrasures des portes et les façades, sans compter les statuettes qui animaient les tympans. La façade de Notre-Dame de Paris, qui est loin d’être la plus riche, a soixante-huit statues beaucoup plus grandes que nature, et la plupart exécutées avec une rare perfection; il yen a plus de cent à chacun des porches de Notre- Dame de Chartres et d’Amiens. Dans celleci, la statue du Christ est un chef-d’œuvre d’une valeur exceptionnelle ; les bas-reliefs complètent les sujets qu’indiquent les statues, et ajoutent une foule de scènes traitées avec la verve la plus heureuse et la plus féconde. »

Les sujets préférés par l’imagerie du ym" siècle

Fig. io!l. — Statuette en ivoire (on'.8j de hauteur) (xm* siècle).

Ateliers de Paris.

étaient un peu ceux de Fépoque romane, mais avec une sensible différence et un progrès considérable dans la composition, qui présente plus de science, de goût et moins d’excentricité. Il fallait cependant un exutoire à la verve satirique de nos ancêtres et à leur penchant vers la caricature; ilstrouvèrent satisfaction dans les allusions mordantes qu’ils se permirent quelquefois à l’adresse du clergé, des princes, des riches bourgeois, et dans les formes fantastiques de leurs gargouilles. Une plantureuse ornementation, empruntée au règne végétal, accompagnait les sujets, les encadrant, leur servant de fond ou s’ajoutant à eux pour compléter l’elTet décoratif.

Ce système de

sculpture était aussi employé seul et panois répandu

Fig. 108 bis. — Statuette en ivoire (o™,2+ de hauteur) (xv* siùcle).' Ateliers de Paris.

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE. ijv

avec profusion, surtout en Bourgogne et en Normandie, où il se développait aux dépens de la statuaire.

Fig. 109. — Statuette en bois (om,2S de hauteur) (xive siècle). — Ateliers de Paris.

fort en retard dans ces provinces. Il n’a plus le caractère byzantin des enroulements, des rinceaux et des feuillages fantastiques de l’époque romane; il se rend indépendant et va prendre directement ses types dans

iCo

la flore indigène1. Les plantes de notre pays se pétrifient en quelque sorte pour s’appliquer aux cléments d’arcliitecture de nos églises, mais en se prêtant

f-'ig. no. — Diptyque en ivoire (om,i6 de hauteur) (xiv' siècle). Ateliers de l’Ile-de-Erance.

d’abord, par d’ingénieuses combinaisons, à l’ampleur que doit conserver la sculpture.

C’est aux xiv* et xve siècles seulement que la reproduction devient servile, minutieuse, banale, et sacrifie

i. Voir tig. 106. — Les motifs sculptés qui ornent les arcatures du cloître de l’abbaye du Mont-Saint-Michel en sont un exemple frappant; les plantes qui ont inspiré les sculpteurs-ima* piers du xin* stecle se trouvent encore au pied inëine des bâtiments de la célèbre abbaye.

L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE

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les ensembles à l’exactitude exagérée des détails1.

Il faut remarquer que la décadence, visible déjà dans la sculpture monumentale, ne se manifeste pas autant ni aussi rapidement dans la sculpture intime, pour ainsi dire : l'imagerie. Au xm* et au xive siècle, tous

Fig. no bis. — Diptyque en ivoire (o“,o7 de hauteur) (xiv' siôcle). Ateliers de l’Ile-de- France.

les sculpteurs étaient des imagiers; mais, à la fin de ce dernier siècle et pendant le xv, on désignait, sous la dénomination d 'imagiers, les tailleurs d’images en bois, en ivoire, etc. Dans leurs ateliers, l’art s’était maintenu, comme celui des orfèvres particulièrement, qui fabriquaient des images de haut et bas-relief en métaux précieux, grâce aux maîtrises, dont les réglements, établis avec une sévérité protectrice, ont porté et soutenu les arts décoratifs français à un si haut degré de

i. Anthyme Saint-Paul, Histoire monumentale de la France. — Paris, Hachette et Ce, «884.

ARC H. GOTHIQUE

perfection. Les admirables stalles en bois sculpté d’Amiens, d’Auch et d’Albi, pour ne citer que les plus justement célèbres, témoignent du talent vigoureux des imagiers des xive et xv1 siècles.

Les ateliers flamands, soutenus par les règlements

Ateliers de Paris.

sévèies de leurs guildes , surtout ceux d’Anvers et de Bruxelles, et peut-être aussi ceux du sud de l’Allemagne, exercèrent une influence salutaire sur les ateliers bourguignons, qui réagirent à leur tour sur ceux de l’Ile-de-France et plus vivement encore sur ceux de Paris, centre d’art si brillant au xive et vers la fin du xv* siècle, en excitant leur émulation. Ces éléments réunis, ravivant les belles traditions d’art du xme siècle,

Fig. Ilï bis. — Plaque en ivoire (on,,i7 de hauteur). Couverture d'évangiliaire (xi\£ siiiclc). — Ateliers de l'Ile-de-France (Soissons).

rajeunies par ce concours nouveau, préparaient, dans la dernière moitié du xv« siècle, une Renaissance française

lig. 112. — Têle en vermeil repoussi, dcini-iiature (xin* siècle}. Ateliers des orfèvres de Paris.

qui a précédé sûtement celle du xvie siècle, attribuée aux Italiens qui, pour un certain temps et par suite de l’engouement de ce temps, ont affaibli notre art français bien plus qu'ils ne l’ont régénéré.

Fig. 1 1 3 . — Groupe en bois sculpté (oln,ï6 de hauteur) (xv' siècle). Ateliers d’Anvers (Belgique).

ville : Antwerpen ; — celles de Bruxelles portent egalement un signe frappé au feu. Les images en bois, en ivoire, en vermeil, que nous indiquons à titre de spécimens de l’art des imagiers du xih* au xv' siècle, démontrent que les traditions s’étaient conservées

L'ARCHITECTURE RF. LIGIEÜSE. 165

Les sculptures des ateliers d’Anvers, si curieuses à tous égards, sont marquées d’une main coupée, frappée su fer rouge, — l’une des pièces des armoiries de la

L’ARCHITEl TUKK GOTHIQUE.

Fig. 114. — Statuette en bois peint et dori (od’j5o de hauteur) 'xv'siècle). Ateliers de Bruxelles (Belgique).

dans cette corporation.

Obéissant à des conventions iconographiques, leurs oeuvres portent encore des traces hiératiques qui ne nuisent pas à la justesse du mouvement et de l’expression: elles sont composées avec tant d’adresse, de goût, de finesse, et complétées par une grande liberté d’exécution, qu'elles font encore l’admiration des artistes modernes i. Elles doivent ces qualités essentiellement françaises au talent des artistes certainement, mais aussi et peut-être surtout à 1 institution protectrice des maîtrisesqui pourraient servir d’exemple, après avoir été modifiées par les idées progressives

1. Les statuettes, diptyques, etc., en bois, en ivoire et en vermeil, désignés sous les numéros 107 à 1 1 5, appartiennent à l'auteur.

Fig. us- — Statuette en bois peint et doré (o'",5o de hauteur) (xvtc siècle). Ateliers de Munich (Allemagne).

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du temps, à ceux qui ont la mission de maintenir les arts nationaux au plus haut degré de perfectionnement.

L’AUCHITECTURE GOTHIQUE.

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