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Anthyme Saint-Paul, Histoire monumentale de la France

Au château de Falaise, élevé, comme celui de Domfront. sur un promontoire escarpé, les remparts sont moins anciens que le donjon, dont les détails architectoniques semblent appartenir au xir siècle, observa-

Fig. 177. — de Falaise. — Donjoa.

tion qui est appuyée par un passage des chroniques de Robert du Mont, cité par M. de Caumont. — En 1 iaS, Henri Y~ ht refaire le donjon et les murs d'enceinte du château d'Arques. et il exécuta des travaux semblables à Gisors, à FaLise. à Argentan, à Exmes, à Domfront, à Amboise et à Yernon.

Les donjons ce Sainte-Suzanne, de Nogent-le-Ro-

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l’architecture militaire. *8j

trou, ceux de Broue, de l'Islot, de Tonnay-Boutonne, de Pons, de Chamboy, de Montbazon, de Lavardin, de Montrichard, de Huriet dans le Bourbonnais, sont également très intéressants par leur situation, leurs plans et les détails de leur construction. Ces ouvrages,

Fig. 178. — Château de Lavardin. — Donjon.

et ceux que nous avons étudies d'abord, présentent cette particularité d'ètrc construits sur un plan carré ou rectangulaire qui paraît avoir été adopté par les architectes.

Dès la Hn du xne siècle, la forme cylindrique prédomine dans la construction des donjons et des tours; elles résistaient mieux aux efforts destructifs de l'assaillant, leur surface convexe présentant la meme résistance, et sa forme permettait, ainsi que nous l’avons vu

dans le chapitre précédent, pour les tours, de défendre, par les courtines adjacentes, l’approche de la base de

ces tours et de s’opposer plus efficacement aux travaux de sape. D’ailleurs, les progrès réalisés pendant la période de l’architecture dite gothique par l'adoption géné-

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raie de la voûte sur croisée d’ogives, si simple et d’une construction si facile, avaient évidemment exercé une

Fig. 180. — Château de Provins. — Donjon.

grande influence sur les dispositions architectoniques des ouvrages militaires. Les lourds planchers en bois des donjons primitifs, si souvent incendiés, furent

remplacés par de légères voûtes reliant solidement les murs circulaires, donnant aux différents étages un sol moins tremblant et plus durable que les énormes poutres et solives qui formaient les planchers.

D’ailleurs, les toitures aiguës sur plan circulaire des donjons et des tours résistaient mieux, par leurs formes, aux projectiles ou aux matières incendiaires, qui brisaient les angles de la toiture des donjons carrés et en brûlaient les charpentes.

Cependant, la forme des donjons a beaucoup varié au xii® siècle; à Houdan, le donjon est une grosse tour cantonnée dé quatre tourelles; à Etampes, il est composé de quatre tours réunies formant en plan un trèfle à quatre feuilles; les étages voûtés présentent des dispositions curieuses, entre autres celle d’un puits très profond dont l'orifice se trouvait dans la salle du premier étage. Quelques historiens font remonter cet ouvrage au xi® siècle, mais les détails de l’architecture et des sculptures indiquent qu’il est prudent de ne l'attribuer qu'aux premières années du règne de Philippe-Auguste.

Le donjon de Provins, du xti® siècle, élevé sur une motte en maçonnerie, présente des dispositions très originales; l’enceinte est circulaire, la base du donjon est carrée, et aux angles s’élèvent quatre tourelles cantonnant les pans de l'octogone partant de ce carré, et se relient à la tour, également octogone, par des arcs-boutants. Le donjon de Gisors a également la forme d’un octogone dont un des pans est tangent à l’enceinte circulaire couronnant la motte féodale ; construit au xii' siècle, le château de Gisors fut considérablement agrandi par l’enceinte que Philippe-Auguste

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éleva sur un grand espace autour de la motte dont les murs sont renforcés de tours carrées.

Le château Gaillard, élevé à la fin du xne siècle sur le promontoire dominant le cours de la Seine aux Andelys, présente des dispositions très spéciales, car le

Fig. 18 . — Château de Chinon. — Face sud.

donjon rond est entouré d’une première enceinte circulaire, ou plutôt de la forme d’un carré dont trois angles auront été arrondis, et qui est elle-même enveloppée d’une autre enceinte elliptique, se rattachant aux défenses du château, composée de demi-tours ou plutôt de segments réunis par une très étroite courtine, ouvrage puissant où l’architecture ne s’est manifestée que par la solidité de ses robustes maçonneries. C’est le donjon dans toute sa rudesse militaire, qui ne comporte aucune espèce d’ornement.

Philippe-Auguste, après avoir fait deGisorsunc forteresse aussi puissante que celle du château Gaillard dont il s’empara, fit aussi bâtir le château de Dourdan et, pour sa demeure à Paris, le palais-forteresse du Louvre. Au moment de la mort de son suzerain,

î8H L’AHCHITECTURE GOTHIQUE.

Enguerrand III lit commencer à Coucy une forteresse qu’il termina, en moins de dix ans, — 1223 à i23o, — qui dépassa par ses proportions grandioses et

hig. 182. — Château de Clisson. — Donion.

ses défenses formidables tout ce qui avait été construit jusqu’à cette époque, manifestation superbe affirmant les prétentions ambitieuses, qu’il exprima, dit-on, pendant la minorité de ce prince et dont la forteresse

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de Coucy peut être considérée, au point de vue architectonique, comme l’expression la plus caractéristique.

Parmi les châteaux et les donjons les plus importants construits au xme siècle, il faut citer, après ceux que nous avons indiqués : la tour blanche d’Issoudun, la tour de Blandy, le donjon octogone de Châtillon-

Fig. i8j. — Villeneuve-les-A\ignon. — Château de Saint-André.

sur-Loing, Semur, les forteresses royales. d’Angers, élevées par saint Louis; de Montargis, Boulogne, Chinon et Saumur; le donjon ou tour Constance à Aigues- Mortes, attribuée à saint Louis, le château de Najac. élevé par son frère, Alphonse de Poitiers; ceux de Bourbon-l'Archambault, de Chalusset, de Clisson, reconstruit ou commencé par Olivier Ier, sire de Clisson, après son retour de terre sainte, etc., etc.

L'architecture militaire se développe encore au xiv® siècle par le remaniement d’anciennes forteresses, suivant les progrès réalisés dans l’attaque et, par conséquent, dans la défense des places dont les sièges avaient fait constater les défauts. 11 en fut de même

ARCK. COTHJÇUE.

ayo

pour la construction des tours qui, jusqu’à cette époque, avaient plusieurs étages d’archères ou de meurtrières,

l'ig. i8i. — Château Je Tarascon.

disposition excellente pour défendre les courtines adjacentes et les abords, mais qui avait pour inconvénient dangereux d’indiquer les parties les plus faibles et les plus faciles à détruire. L’usage des canons eut pour premier effet de faire augmenter l’épaisseur des

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murs avant de modifier les forteresses, en reportant les défenses au sommet des murs couronnés par des mâchicoulis fixes en pierre. Les principaux châteaux furent construits à Vincennes, près Paris, par Philippe de Valois et Charles V. et à Avignon, par les papes Benoît XII, Clément VI, Innocent VI et Urbain V, les gigantesques bâtiments que nous étudierons dans la quatrième partie. Gaston Phœbus, comte de Foix et de Béarn, construisit des donjons carrés à la Bastide de Béarn, à Montaner, à Mauvezin; à Lourdes et à Foix, un donjon circulaire.

Au nombre des châteaux et donjons achevés ou construits entièrement au xiv' siècle, on peut citer, d’après Anthvme Saint-Paul, ceux de Roquetaillade, de Bourdeilles, de Polignac,de Briquebec, d’Hardelot, de Rambures, de Lavardin, fondé au xu* siècle, de Montrond, de Turcnnc, de Billy, Murat et Hérisson, le curieux donjon de Montbard, ceux de Romefort, de Pouzanges, de Noirmoutier, etc., etc.

Dans les dernières années du xiv' siècle et dès les premières du xve, Louis d’Orléans, fils de Charles V, profita de la démence de son frère Charles VI pour se fortifier dans des places sur lesquelles il pût appuyer ses entreprises ambitieuses. En 1393 et les années suivantes, il acquit plusieurs domaines dans le Valois : Montépilloy, Pierrefonds et la Ferté-Milon qu’il rebâtit complètement; il acheta la seigneurie même de Coucy en 1400, après la mort du dernier descendant mâle d’Enguerrand III.

Coucy, Pierrefonds. la Ferté-Milon sont tropconnus par des ouvrages spéciaux, surtout ceux de Viollet-le-

l’AKCHITECTURE gothique.

Duc, pour que nous ayons à les reproduire; mais nous les avons cites parce que ces colossales forteresses, ces immenses donjons sont l’expression suprême de la puissance féodale, qui s’est manifestée par de superbes bâti-

Fig. 185. — Château de Vitré.

inents, aussi admirables par leurs proportions grandioses que par les détails raffinés de leur construction.

Il se construisit encore quelques châteaux en Albigeois, en Auvergne, en Limousin, en Guyenne, en Vendée, en Provence, notamment à Tarascon; les donjons de Trêves en Anjou.

Au xve siècle, la Bretagne se couvrit de châteaux importants, comme ceux de Combourg, de Fougères,

L’ARCHITECTURE MILITAIRE

an

de Montauban, de Saint-Malo, de Vitré, d’Elven, de Sucinio, de Dinan, de Tonquédec, etc.

Vers la fin du xv® siècle, on construisit un grand nombre de châteaux remarquables par leurs dispositions et la richesse de leurs décorations; mais si ces beaux ouvrages sont dignes de l'attention des artistes, ils échappent à nos recherches, qui avaient pour but d’étudier par les monuments les principaux caractères de l'architecture militaire à l’époque dite gothique.

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