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PORTES ET PONTS

D’après les études qui précèdent sur les enceintes de villes, les châteaux, les donjons, on peut, sans remonter aux époques romaines et en se bornant à circon-scrire les recherches historiques à la période de l’architecture dite gothique, se faire une idée de l'importance que les architectes attachaient à la construction des portes qui défendaient l’enceinte et à celle des ponts qui précédaient l’entrée ou les abords.

Portes. — A l’exemple des forteresses élevées en Syrie par les Francs après les premières croisades et qui paraissent avoir exercé une grande influence dès leur origine, les architectes du temps de Philippe- Auguste et de saint Louis avaient réduit autant que possible le nombre des entrées dans les forteresses ou les enceintes fortifiées; leur construction était sévère-

ment calculée, afin de déjouer toute tentative d’envahissement par un coup de force; aussi, la plupart du temps, les places de guerre étaient enlevées par surprise, ruse ou trahison plutôt que par un siège en règle.

Les portes construitesdans les enceintes du xne siècle, et principalement dans celles du xm®, sont les ouvrages de la place les plus fortement défendus; elles étaient précédées d’un pont traversant les fossés pour donner accès à la porte et dont le passage pouvait être interrompu immédiatement en avant de la porte même par l’enlèvement d’un pont mobile. Le passage de la porte, fort étroit, s’ouvrait entre deux tours saillantes, percées d’archères, réunies par une courtine, l’ensemble étant un châtelet qu’il fallait traverser pour pénétrer dans l'intérieur de la forteresse. Ce passage était défendu par une ou deux herses entre lesquelles de larges ouvertures, vastes mâchicoulis, permettaient d’assommer l’assaillant pendant le temps qu’il essayait de forcer les herses composées d’une forte charpente bardée de fer, dont les tiges verticales reliant les traverses étaient armées de pointes à la partie basse.

La porte du château, à Carcassonne, construite vers ii2o et qui existe encore, donne un exemple de cette disposition.

On peut même étudier sur cet ouvrage les précautions minutieuses prises par les architectes pour éviter les surprises qui réussissaient parfois, surtout si elles étaient facilitées par les défenseurs mêmes.

Les architectes accumulaient les obstacles dans les passages par des herses dont les treuils étaient placés a des étages différents, afin d’éviter toute entente entre

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les soldats, mercenaires pour la plupart, qui étaient au plus offrant. A la porte du château de Carcassonne, la première herse en entrant était levée ou baissée par des chaînes, munies de contrepoids, s’enroulant sur un

Fig. 186. — Cité de Carcassonne. — Porte du château.

treuil qui était placé au deuxième étage du clvâtelet, tandis que la seconde herse était manœuvrée, par le même procédé, du premier étage dans un local n’ayant aucune espèce de communication avec celui du haut, auquel on n’accédait d’ailleurs que par un escalier en bois placé à l’intérieur dans la cour du château.

Au xiiu siècle, les constructeursaugmentèrent encore

L’ARCHITFXTURE gothique.

les précautions contre les surprises par des ouvrages extérieurs; la porte de Laon, à Coucy, si bien décrite par Viollet-le-Duc, en est une preuve célèbre. Ces ou-

Fig. 187. — Cité Je Carcassonne. = Porte des Lices, dite porte de l’Aude.

vrages, désignés sous le nom de barbacanes , étaient destinés à défendre au dehors l’approche de la porte.

A Carcassonne, la cité entourée de murailles avait été enveloppée dans une seconde enceinte élevée par saint Louis et n’ayant qu'une entrée donnant accèsdans les lices (fig. 187), c'est-à-dire dans l’espace compris

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entre les murailles de la ville et celles de la seconde enceinte; puis il construisit une énorme tour, appelée la Barbacane, à l’ouest du château auquel elle était reliée par des murailles crénelées et des murs intérieurs placés en échelons (plan fig. 167), ouvrage destiné à faciliter les

Fig. 188. — Cite Je Carcassonne. — Porte Narbonnaise.

sorties de la garnison et à couvrir les communications par le pont qu'il jeta sur l’Aude. Cette tour était plutôt un ouvrage avance qu'une barbacane comme celle qui fut élevée par Philippe le Hardi, vers la fin du xme siècle, en avant de la porte Narbonaise, à l’est de la cité.

La porte Narbonaise présente une disposition analogue à celle du château, mais elle indique les perfectionnements qui s'étaient réalisés depuis un siècle dans la construction des places dé guerre. Les tours de la porte sont mûries d’un éperon, qui avait été inventé

ïy8 L'ARCHITECTURE GOTHIQUE.

pour éviter les attaques des mineurs et empêcher l’action des béliers en exposant les assaillants aux traits lancés des courtines adjacentes. La porte s’ouvrait de plain-pied sur les lices, et, en avant, la barbacane, en demi-cercle, crénelée, reliée aux parapets également crénelés des lices, en défendait l’approche; on n’accé-

Fig. 1P9. Enceinte d'Aigues-Mortcs. — Porte de la Gardctte.

Pont-levis à drote du dessin, la tour Constance, bâtie par saint Loui'}.

dait à la barbacane que par un étroit passage précédé d’un pont facile à défendre par le redan adjacent à la poterne de la barbacane.

Le passage de la porte était défendu par deux herses semblables à celles de la porte du château, puis par des vantaux derrière la première herse, qui était précédée d’un large mâchicoulis protégeant la première herse vers l’entrée.

Le mode de construction des portes d’enceintes fortifiées suivit les progrès réalisés par les architectes mili-

L’ARCHITECTURE MILITAIRE

resses.

Les portes des enceintes fortifiées se modifièrent au xiv* siècle, non seulement dans la forme des tours défendues au sommet par des hourds fixes — en pierre remplaçantdésormais les hourds

Fig. 190. — Enceinte de Dinan.

Porte du jêrzual.

mobiles en bois — ou des pas-

taires, progrès que nous avons étudiés dans le chapitre premier de cette troisième partie, au point de vue de la défense des places qui, pendant le xiv' siècle, parait avoir été supérieure à l’attaque. Les méthodes de construction se perfectionnèrent alors dans les détails, jusqu’au moment oü l’artillerie à feu changea les conditions de l’attaque et, par conséquent, celles de la défense des forte-

sages munis de herses, de vantaux et de mâchicoulis, mais encore par l’invention des ponts-levis. On sait que

le pont-levis consiste en un tablier, en charpente, suspendu à l’aide de chaînes à des poutres en bascule; abaissé en dehors pour franchir le fossé, ce tablier, se

joo L'AUCIIITECTUHE GOTHIQUE,

relevant par rabaissement à l’intérieur des poutresleviers pivotant sur un axe, venait s’appliquer sur la face extérieure de la courtine, formant ainsi un premier vantail qu’il fallait enfoncer ou abattre en coupant les chaînes de suspension.

Il est facile de comprendre que ce nouveau mode de pont était d’un usage plus utile et plus sûr que l’ancien pont dont nous avons parlé à propos dei la porte du château de Carcassonne; ce pont mobile en avant de la porte devait être enlevé pièce à pièce par une manœuvre assez longue et, par conséquent, qui ne pouvait s’effectuer sur-le-champ en cas d’alerte.

Une des premières applications dece système semble avoir été faite à Aigues-Mortes. Les portes à l’est, à l’ouest et au sud sont construites selon l’usage adopté au xiii* siècle, principalement à Carcassonne ; mais la porte du nord, dite de la Gardette, construite ou modifiée au xiv® siècle, montre les rainures des bras d’un pont-levis et la porte en arc brisé est encadrée d’une feuillure carrée destinée à recevoir le tablier relevé.

L’usage des ponts-levis en avant des portes se généralisa au xiv® siècle et donna naissance à des combinaisons très ingénieuses. La porte du Jer\ual,à Dinan, qui paraît remonter à la fin du xive siècle, nous en donne un exemple des plus curieux. Elle n’est pas ouverte entre deux tours selon l’usage ordinaire ; elle a été pratiquée dans une des tours memes de l’enceinte fortifiée; le tablier était attaché à deux leviers dont on voit ies rainures extérieures, qui devaient former une sorte de vantail dont les bras-leviers étaient le prolongement;

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