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celui-ci, manœuvré de l’intérieur de la tour, se levant à l’aide d’une chaîne passant dans l'ouverture carrée de la voûte, en pivotant horizontalement sur les consoles

externes, abaissait le tablier extérieur. En cas d’alerte, il suffisait de lâcher la chaîne intérieure pour que le vantail des bras, en s’abaissant, relevât le tablier du pont qui venait s’appliquer sur lui entre les consoles, et formait ainsi un double vantail difficile à enfoncer.

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Au xv' siècle, l’usage des ponts-levis était adopté partout, et il s’ensuivit un perfectionnement intéressant: c’est la création, dans la courtine entre les tours, d’une poterne, à côté de la porte principale; chacune de ces

ouvertures était munie de son pont-levis : à deux bras pour la porte principale destinée aux cavaliers et aux voitures, et à un seul bras pour la passerelle à l’usage des gens de pied, et dont le tablier était soutenu par une fourche au sommet de laquelle s’attachait la chaîne de suspension.

Le château de Vitré, construit ou complété dans les

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dernières années du xiv' siècle ou le commencement du xv°, nous en donne la preuve dans la porte de son châtelet.

La porte Saint-Michel, à Guérande, construite comme les murailles de la ville, en 1431, par Jean V, duc de Bretagne, indique par la rainure latérale la disposition et la forme de la suspension du tablier de la poterne.

Les tabliers des ponts-levis relevés fermaient les ouvertures de la porte et de la poterne, en laissant béant le fossé crèusé profond, ou rempli d’eau, qui séparait la porte de la voie d’accès.

L’abbaye du Mont-Saint-Michel, que nous avons étudiée dans les chapitres précédents, nous donne encore de curieux renseignements sur l’architecture militaire en ce qui concerne les portes. Suivant l'usage du temps, l’abbé Pierre Le Roy construisit en avant de la porte de l’abbaye une bastille ou châtelet (fig. 1 63) commandant le passage par une herse et un large mâchicoulis; puis il enveloppa ce châtelet d’une barbacane ou aboutissaient, au sud et au nord, les degrés conduisant à l’abbaye; le grand degré du côté nord est particulièrement intéressant par les arrangements très ingénieux des portes donnant aussi dans la barbacane entourant le châtelet. Elles étaient fermées par un vantail occupant toute la largeur des ouvertures; il se mouvait horizontalement et se manœuvrait par un système particulier qui s’explique par la situation exceptionnelle du Mont-Saint-Michel dont les bâtiments, ainsi que les ouvrages militaires, se superposent et ne se relient que par une série de degrés et de rampes de toute espèce. Les vantaux des portes pivotaient sur leurs axes hori-

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zontaux; reposant sur les pieds-droits saillants dans l'ébrasement des portes, ils s ouvraient parallèlement à la pente de l’emmarchement et, à la moindre alerte, ils se baissaient rapidement, entraînés par leur propre poids; ils étaient maintenus fermés par des verrous fixés latéralement et dont on voit encore les gâches scellées dans les pieds-droits des portes1.

La porte de l’enceinte fortifiée, construite de 1415 à 1420, s’ouvre dans la courtine ouest de la place flanquée par la tour du Roi. Précédées d’un fossé que l'on franchissait sur les ponts-levis baissés, formant une première fermeture lorsqu’ils étaient relevés, la porte principale et la poterne latérale donnent accès dans la ville. Au-dessus des portes était le logis du gardien de la porte; au-dessous, le passage principal et celui de la poterne communiquent de plain-pied avec un premier corps de garde ménagé dans l’étage inférieur de la tour du Roi. Le grand passage était fermé, outre le pont-levis relevé, par deux vantaux et par une herse en fer, qui existe encore, engagée dans ses rainures latérales. La grande baie est surmontée d’un tympan sur lequel étaient sculptées les armoiries réunies du roi, de l’abbaye et de la ville.

Les ouvrages destinés à défendre une rivière dans la traversée d'une ville fortifiée ou l’entrée d’un port se rattachent directement à l’architecture militaire des portes. A Troyes, les arches percées dans les murs de la ville étaient défendues par des grilles ou des herses en fer. A Paris, le passage de la Seine était fermé par

1. Éd. Corroyer, Description de l’abbaye du Mont-Sainl- Michel et de ses abords. — Paris, «877.

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des chaînes fixées dans les murailles de l’enceinte bordant les rives et s’appuyait dans la largeur du fieuve

Fig. içj. — Enceinte du Mont-Saint-Michel. — Porte du Roi.

sur des pieux ou des bateaux ancrés solidement. A Angers, les murailles de la ville aboutissaient à deux tours

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dites la Haute-Chaîne et la Basse-Chaîne, qui étaient destinées à recevoir les treuils manœuvrant les chaînes qu’on tendait la nuit pour barrer la Maine qui traverse la ville.

Les ports de mer étaient défendus par des tours élevées à l’entrée des passes, qui pouvaient être barrées

Fig. 19*. — Entrée du port de la Rochelle. — Tour de la Chaîne et tour Saint-Nicolas (avant la restauration).

par des chaînes se manœuvrant de l’intérieur des tours. Le port de la Rochelle présente un exemple de cette disposition. D’après des archéologues dignes de foi, la tour dite de la Chaîne (à gauche du dessin) serait plus ancienne que celle de Saint-Nicolas (a droite du dessin), qui aurait été élevée au xvi® siècle sur la tour contemporaine de celle qui existe encore de l’autre côté du chenal. Les pilotis sur lesquels elles sont bâties paraissent s’être affaissés, ce qui a causé le déversement sensible de la tour Saint- Nicolas. Ces deux tours ne semblent pas avoir été reliées par un grand arc, comme le suppose un projet moderne de haute fantaisie; cet arc inutile aurait été couronné de défenses, non moins

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inutiles , car il est facile de comprendre qu’une simple chaîne, tendue entre les deux tours pendant la haute mer — le port étant inaccessible à la basse mer, — était bien suffisante pour arrêter les navires de ce temps, dans leurs tentatives de forcer l’entrée du port.

Ponts. — Ainsi que tous les autres édifices construits par les architectes, les ponts remontent aux Romains,

Fig- >9 S- — Pont d’Avignon. — Ruines du pont de Saint-Béndzet.

qui décoraient ces ouvrages d’arcs de triomphe, comme celui de Saint-Chamas en Provence, connu sous le nom de pont Flavicn, et qui paraît remonter aux premiers siècles de Père chrétienne.

Plus tard, ces arcs de triomphe se changèrent en ouvrages militaires; ils devinrent des tètes de pont, des bastilles ou des châtelets crénelés, non plus pour orner le pont ou glorifier son fondateur, mais pour défendre le passage de la rivière qu’il franchissait et protéger l'enceinte fortifiée à laquelle il s’attachait.

Parmi les ponts construits ju moyen âge par les architectes, le plus ancien parait être celui de Saint-

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Bénézet : pont d'Avignon. Commencé vers 1 180 et terminé dix ans après, ce pont est un ouvrage des plus remarquables, aussi bien par les difficultés de sa construction que par ses détails architectoniques. Il traverse, ou plutôt il traversait le Rhône, — le bras vers le rocher des Doms étant le plus étroit, mais le plus profond, — dont les crues sont aussi rapides que dangereuses, sur dixneuf arches, franchissant le fleuve de la rive avignonnaise au pied des Doms pour aboutir, après une légère inflexion au sud, à la tour de Villeneuve, sur la rive droite.

Le châtelet de la rive gauche, dont il reste encore des vestiges, aurait été construit par les papes au xivp siècle pour assurer le péage de compte à demi avec le roi de France.

Le pont d’Avignon paraît avoir été l’une des premières œuvres de la confrérie des hospitaliers-pontifes, instituée au xn* siècle pour construire les ponts, secourir les voyageurs, et dont le supérieur était saint Bénézet, à l’époque de la construction du pont sur le Rhône. Cette confrérie comptait dans ses rangs d’habiles architectes, car la construction du pont d’Avignon est remarquable. Les arches, de forme elliptique, sont composées de quatre arcs-doubleaux extradossés, indépendants et simplement juxtaposés, afin d’assurer l’élasticité et, par conséquent, la solidité des arcs; ils ne sont rendus solidaires que par la maçonnerie de remplissage des reins, rappelant le parti architectonique de l’aqueduc, dit le pont du Gard; sa largeur est de cinq mètres. Les arcs reposent sur des piles munies, en amont et en aval, d'un éperon très aigu pour résister

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au courant ordinaire et ù la débâcle des glaces en hiver.

Au-dessus de chaque pile, une arcade en plein cintre, traversant les reins des arches, est destinée au passage de l'eau pendant les grandes crues qui couvrent complètement les piles.

Le pont ne compte plus aujourd’hui que quatre

I ig. ipfi. — Pont Je Montauban. — Pont dit des Consuls.

arches et, sur la pile la plus rapprochée de la rive gauche du fleuve, s’élève la chapelle dédiée à saint Nicolas qui existe encore aujourd’hui. On y accède par un escalier formé de marches encorbellées descendant au niveau du sol de la chapelle, et par un palier porté sur une trompe bandée de la pile au flanc de l'archc.

Le vieux pont de Carcassonne paraît être contemporain de celui d’Avignon, mais ses arches sont en plein cintre dont les claveaux sont reliés à l'intrados, et ses piles, munies d’éperons aigus, s’élèvent jusqu’au tablier, où elles forment des garages nécessaires en ;aison du peu de largeur de l’ouvrage.

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Parmi les ponts construits au xme siècle, on peut citer celui de Béziers dont les arches en plein cintre et en arc brisé ressemblent à celles de Carcassonne comme construction; mais les piles ne s'élèvent que de quelques assises au-dessus des sommiers des arcs et leurs reins sont percés d’arcades pour faciliter le passage de l’eau pendant les crues.

Le pont qui franchit le Rhône à Saint-Savournin-du-

Fig. 197. — Pont de Cahors. — Pont dit de Valcntré.

Port, dit le pont Saint-Esprit, construit par un abbé clunisien vers 1265, ressemble au pont d’Avignon par la disposition des piles surmontées d’arcades d’écoulement, mais dont les arches sont en plein cintre; son tablier, large de cinq mètres, était fermé par des portes établies pour le péage et celle du côté de la petite ville se relia à la tête du pont qui fit corps plus tard avec la forteresse commandant en amont le cours du Rhône.

La question du péage était importante en ce temps et elle donna lieu à plus d’une querelle; les tours et les châtelets qui s’élevaient sur les ponts étaient des locaux destinés à la perception des droits de passage aussi bien que des ouvrages militaires.

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Le pont, dit des Consuls, à Montauban, commencé vers la fin du xin® siècle, ne fut terminé qu’au commencement du siècle suivant, grâce aux secours apportés par Philippe le Bel, mais ù la condition d’établir sur ce pont trois tours dont il se réservait la propriété et la garde afin de percevoir le péage à son profit.

Le pont de Montauban, construit tout entier en briques, se compose de sept arches en arc brisé reposant sur des piles munies d’éperons et surmontées d’une arcade également en arc brisé, aussi élevées que les arches afin de faciliter le passage des eaux pendant les crues fréquentes du Tarn.

Un des plus beaux ponts construits au xiv' siècle est celui de Cahors, qui est resté intéressant malgré les restaurations qu’il a subies, principalement dans ces dernières années.

Commencé en i3o8 par Raymond Panchelli (Raymond II), évêque de Cahors de i3oo à 1 3 12, le pont, dit de Valentré, n’aurait été terminé qu’en 1 3 5 5 . Il se compose de six arches en arc brisé se rapprochant du plein cintre; les piles, s’élevant jusqu’au parapet où leur couronnement forme un abri, sont triangulaires en amont et carrées en aval du pont. Le passage était commandé aux extrémités par des ouvrages crénelés formant châtelet ou tête de pont sur chaque rive et, au milieu, par une tour élevée, munie de portes qui pouvaient intercepter la circulation ou retenir l’assaillant en cas de surprise d’un des deux châtelets.

Le pont d’Orthez présente une grande analogie avec celui de Cahors; il doit remonter au même temps et il devait être défendu, indépendamment de la tour du

milieu, par des têtes de pont dont une au moins a été détruite pour établir la voie ferrée de Bayonne à Pau.

Les ponts avaient, au moyen âge, une grande importance comme voie publique ou comme ouvrage militaire et sur certains points, notamment au confluent

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Fig. J98. — Pont d’Orthez.

de deux rivières, les ponts étaient reliés fortement à des ouvrages défensifs considérables, comme à Sens, à Montereau, etc.

A Paris, à Orléans, à Rouen, à Nantes et dans un grand nombre de villes traversées par des fleuves ou des rivières, les ponts étaient des ouvrages militaires importants pour la défense et des plus intéressants au point de vue de l’architecture.

Enfin le Mont-Saint-Michel nous montreun pont fortifié construit au xv° siècle. Bien qu’il ne franchisse pas une rivière, ce pont est cependant un ouvrage remar-

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tectes de ce temps, construisant, avec la même science et le même art, le chœur de l'église abbatiale dont les proportions gigantesques, aussi bien que la perfection d'exécution, sont à juste titre dignes d'admiration, le pont défendant par ses mâchicoulis les passages intérieurs de l’abbaye et reliant par un tablier crénelé l’église basse aux bâtiments abbatiaux, et nous donnant par l’ensemble de ces ouvrages magnifiques de véritables chefs-d’œuvre de l’architecture religieuse, monastique et militaire.

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