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GRANGES, HOPITAUX, .MAISONS, HOTELS

Jusqu’à la fin du xiii* siècle, l’architecture civile n’apparait pas avec un caractère particulier; elle subissait l'influence religieuse et monastique parce que la plupart des édifices étaient élevés par des architectes religieux ou par les disciples laïques qu’ils avaient formés à leurs écoles.

Ce n’est que pendant le siècle suivant que, s’affranchissant des traditions religieuses, l'architecture prend, dans les monuments publics aussi bien que dans les hôtels ou les maisons privés, des dispositions appropriées à leur destination. Les ornements cessent dès lors d'ètre empruntés aux sujets religieux pour s'inspirer des scènes de la vie contemporaine et se séparent des formes et des détails convenus par l’étude de la nature.

Granges. — Les granges, les hôpitaux et les maisons, pendant l’époque dite romane et la période dite gothique , étaient construits selon les méthodes architectoniques du temps. Nous ne parlons que des monuments montrant des dispositions architecturales intéressantes.

Les granges et les greniers d’abondance étaient des bâtiments ruraux dépendant des abbayes, mais en dehors des lieux réguliers. Ces bâtiments faisaient partie du prieuré ou de la ferme. Ils étaient accessibles sur

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le pignon par la porte principale s’ouvrant sur la cour et par des portes secondaires ménagées dans les façades latérales; souvent meme, une petite porte s’ouvrait, à côté de la grande, sur la façade, pour assurer le service

otdinaire. Le grand vantail ne s’ouvrait que pour le passage des charrettes, qui entraient par une porte et ressortaient par une autre grande porte ouverte sur le pignon opposé, comme à la grange de Perrières, située en Normandie, mais qui dépendait de l’abbaye de Marmouticr, près de Tours.

Fig. 201. — Grange de Ferrière* (Calvados). — Fin du xn* siècle (d’après de Caumont).

L’ARCHITECTURE CIVILE

La grange était, le plus souvent, un grand bâtiment divisé en trois nefs; la nef centrale communi-

Fig. aoi bis. — Grange de Perrières. — Coupe.

quait avec les bas côtés par des arcades ou des piles en pierre ou en bois, supportant la charpente du comble à deux pentes qui couvrait les trois nefs.

Dans les unes, le froment, blé ou seigle, était entassé dans le centre et dans un des bas côtés; dans d’autres, la nef centrale était réservée à la circulation et l'on entassait les grains dans les bas

côtés.

Les façades sont les mômes, à quelques détails près; eiles consistent en un vaste pignon, accusant la iorme

du comble, renforcé de pilastres, et percé d’une grande porte avec sa poterne, et de jours étroits dans le haut des triangles, destinés à éclairer ou plutôt à aérer la grange.

Les granges aux dîmes avaient presque toujours

Fig. 202. — Grange aux dîmes, à Provins.

des dispositions analogues, ou bien elles avaient deux étages, selon leur importance, comme celle de Provins.

Elles n’étaient pas voûtées généralement, mais les greniers d'abondance comportaient souvent plusieurs étages; le rez-de-chaussée, et meme le premier étage étaient, voûtés; celui de l'abbaye de Vauclair, — dans le

département de l’Aisne, — construit vers la tin du xii® siècle, en donne un exemple des plus intéressants.

On peut juger par ces quelques détails de l’importance des établissements monastiques à celte époque.

Les abbayes puissantes représentaient une petite ville et leurs prieurés, qui dépendaient de la maison mère, se composaient des vastes fermes autour desquelles se formaient de gros villages. On sait que les prieurés étaient de grandes fermes et, si les moines, fermiers agriculteurs, célébraient les offices conventuels, les prieurs avaient aussi et peut-être surtout pour mission de faire rentrer les redevances en nature, comme les dîmes ou autres revenus, et de les garder, de même que les récoltes, et enfin d’administrer les revenus de tout genre, des biens, des terres, des bois, des étangs et rivières qui appartenaient à l’abbaye.

Hôpitaux. — Un grand nombre d’établissements charitables, désignés au moyen âge sous les noms A' Hôtel-Dieu, Maison-Dieu, hospice, hôpital, mala ■

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Fig. coj. — Grenier d’abondance de l’abbaye de Vaucla'r.

}a 3 L’ARCHITECTURE GOTHIQUE.

drerie et léproserie , s’étaient fondés dès le xi® siècle et se développèrent dans des proportions considérables pendant les deux siècles suivants.

11 existait un hôpital dans la plupart des abbayes,

Fig. 204. — Hôpital d'Angers. — xii° siècle. — Grande salle.

D'après les relevés d*A. Verdier. \

ou tout au moins dans leurs dépendances. Les cités avaient également des hospices fondés ou desservis par des religieux.

11 s’était également fondé des léproseries qui s'étendaient à la lin du xir siècle dans toute l’Europe occidentale : du Danemark en Espagne et de l’Angleterre jusqu’en Bohème et en Hongrie. Ces derniers établissements hospitaliers ne comportaient aucune disposition architecturale, car ils ne se composaient que d’un en-

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commune, près de laquelle étaient bâtis les logements des religieux chargés de soigner les lépreux.

Fig. 205. — Abbaye d’Ourcamps (Oise). — xnr siècle. — Hôpital d’apiés les relevés d’A. Verdier.

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Mais les hospices, ou hôpitaux, construits de la fin du xn* siècle au xiv°,sont souvent de superbes e'difices dont les dispositions ressemblent à celles des diverses grandes salles des abbayes.

Il faut se rappeler que, pendant le moyen âge, l’hospitalité étant obligatoire, les monastères avaient établi un service d’aumônerie comprenant des bâtiments spéciaux destinés aux religieux chargés de soigner les malades et de distribuer des secours, à eux et aux autres voyageurs ou pèlerins.

Dès l’époque carlovingienne, nous dit Viollet-le- Duc, des impôts étaient affectés à secourir les pauvres, les pèlerins et les malades. Charlemagne, dans ses ordonnances et capitulaires, avait recommandé à ses sujets d’offrir l’hospitalité et il n’était pas permis alors de refuser aux voyageurs le couvert, le feu et l’eau.

Les communes rivalisèrent avec les rois, les seigneurs, les abbés et les bourgeois. Des hospices et des maladrerics furent établis dans des bâtiments abandonnés ou construits pour leur destination spéciale.

On éleva meme des refuges sur les routes fréquentées par les pèlerins, pour servir d’asile aux voyageurs qui ne pouvaient pénétrer de nuit dans les villes et on construisit des hospices en dehors des murs, dans le voisinage des portes.

Au moyen âge, et surtout aux xin8 et xiv* siècles, les pèlerinages étaient très suivis. Ceux de Saint-Michel, en Normandie, et de Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne, attiraient la fouie des pèlerins. Dès les premières années du xiv® siècle, un hospice avait été fondé

L’ARCHITECTURE CIVILE

dans la campagne, près de la porte Saint-Denis, à Paris, et il était dédié à saint Jacques.

La confrérie de Saint-Jacques-aux-Pèlerins desser-

Fig. 20''* . — Maladrerie du Torioir (Aisne) (xive sijele). D’ap rêsles dessins d’A. Verdier.

vait cet hôpital qui, avec sa chapelle, était destiné à héberger gratuitement chaque nuit des pèlerins de passage à Paris. Un emplacementde deux arpents étaitcouvert de bâtiments, et une grande salle en pierre, qui avait vingt-deux toises de long sur six toises de large et voûtée sur croix d’ogives, y fut construite pour y coucher les malades.

Dans les notes d’une liasse terminée par une requête du xv® siècle, on trouve que, pour recevoir les pèlerins — y a lieu pour ce faire xvnj li% qui depuis le premier jour d’aoust McccLXvnj ( 1 368) jusques au jour de Mons. S. Jacques et Christofle ensuivant (25 juillet, donc un an) ont esté logés et hébergés en l’hospital de céans xvi,nvicim“x pèlerins (16,690) qui aloient et venoient au Mont-Saint-Michel et austres pèlerins. Et encore sont logés continuellement chascune nuict de xxxvi à xl povres pèlerins et austres puvres, pourquoy le povre hospital est moult chargé et en grant nécessité de li\, de couvertures et de draps1 2.

Dans les premières années du xiv' siècle, plusieurs centaines d’Hôtels-Dieu, de maladreries et de léproseries étaient secourues par le roi de France. Saint Louis fonda l’hospice des Quin^e-Vingts pour les aveugles et, sans compter les léproseries, un grand nombre de villes créèrent des maladreries et des hôpitaux pour les fous, les vieillards et les infirmes. Les femmes en couches avaient déjà des hôpitaux spéciaux, et une chapelle avait été fondée à leur intention, sous le vocable de Notre- Dame-la-Gisante, de Tombelaine en Normandie, dans la crypte ou église basse de la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris*.

Il existe encore plusieurs hôpitaux élevés par les architectes de la période dite gothique. A Angers, l’hôpital Saint-Jean est remarquable, aussi bien par ses dispositions générales, comprenant la grande salle à trois

1. Éd. Corroyer, Description de l’abbaye du Mont-Saint-Michel de ses abords. — Paris, 1877.

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