Idem
nefs voûtées sur croisée d’ogives et la chapelle adjacente qui datent de la fin du xii* siècle ou des premières années du siècle suivant, de même que le grenier d’abondance, fort curieux par son plan et ses détails de construction qui ressemblent à ceux des granges et greniers dont nous avons parlé.
L’Hôtel-Dicu de Chartres est à peu prèsdu même temps.
L’hôpital d’Ourscamps, près de Noyon, montre le même parti de construction,qui semble avoir été suivi par les architectes religieux au xu* et principalement pendant le xm® siècle. Il présente cette particularité que ce grand bâtiment, dont les proportions grandioses rappellent les vastes salles, voûtées sur croisée d’ogives, des abbayes contemporaines de Saint-Jean-des - Vignes , à Soissons, et de la Merveille, au Mont-Saint-Michel, semble avoir été bâti — en dehors des lieux réguliers du monastère — avec la destination spéciale d'un hospice affecté aux malades, aux pèlerins et aux pauvres.
L’hospice de Tonnerre paraît avoir été reconstruit au xiv' siècle sur un vaste plan, largement exécuté.
Hg. 207. — Hôpital de Tonnerre.
Coupe de la grande salle des malades.
La grande salle, qui a plus de dix-huit mètres de largeur et quatre-vingt-dix mètres de longueur, est couverte par une charpente apparente dont le berceau lambrissé en plein cintre est d’un grand effet.
L’établissement est remarquable par ses aménagements intérieurs très ingénieux ; la galerie en bois, construite à mi-étage, dominant les cellules à ciel ouvert, permet d’exercer une surveillance permanente sans déranger les malades.
L’hôpital de Beaune est trop connu pour qu’il y ait lieu de le décrire de nouveau. Ce curieux édifice semble procéder de Tonnerre par la voûte en charpente, lambrissée et peinte, de la salle des malades qui, fort malheureusement, a été dénaturée par la construction d’un plafond dont les solives reposent sur les entraits des fermes apparentes. Mais la cour intérieure, avec sa galerie, son puits, son lavoir, a conservé son aspect originel, que des descriptions et des publications nombreuses ont fait connaître depuis longtemps; elles indiquent l’arrangement pittoresque du grand comble des bâtiments du côté du sud, orné de deux rangées de lucarnes richement couronnées d'ornements en plomb martelé.
Pendant le xv® siècle et le suivant, les grandes salles d’hospices n’étaient plus voûtées en pierre. En France et dans les Flandres, ces grands vaisseaux étaient couverts par des charpentes apparentes, lambrissées en plein ceintre ou en arc brise, ayant une grande analogie avec Tonnerre ou Beaune.
On donnait le nom de maladrerie aux petits hospices élevés en grand nombre en France, dans le voisinage
L’ARCHITECTURE CIVILE
des abbayes ou de leurs prieurés, qui étaient souvent éloignés des villes et des grands centres religieux.
La maladrerie du Tortoir, fondée au xive siècle, non loin de Laon, sur la route de la Fère, est un exemple de ces hospices ruraux et elle rappelle par son plan et les détails de sa construction l’hôpital de Tonnerre, et particulièrement par ses ingénieux arrangements intérieurs.
Les architectes du moyen âge montraient, dans l'établissement de ces institutions charitables, l’esprit ingénieux qui les distinguait dans la construction des monuments religieux. C’est un singulier préjugé, nous dit Viollet-le-Duc, de vouloir que ces architectes eussent été si subtils, lorsqu'ils élevaient des églises, et si grossiers quand ils bâtissaient des édifices civils. Ce n’est pas leur faute si l’on a détruit depuis le xvie siècle la plupart de ces établissements si bien disposés, pour les remplacer par des hôpitaux dans lesquels on cherche à concentrer le plus grand nombre possible de malades. Louis XIV a gratifié les hôpitaux, élevés sous son règne, des biens provenant des bénéfices affectés aux maladreries et aux léproseries, qui n’avaient plus de raison d’ëtre, puisque de son temps il n’y avait plus de lépreux; mais les hôpitaux qu'il a bâtis ne sont pas des modèles à suivre comme salubrité et hygiène, tandis que les hospices construits au moyen âge ont un aspect simple et monumental, et les malades y ont de l’espace, de l’air et de la lumière. Aussi, sans prétendre que le système cellulaire, appliqué fréquemment dans les hôpitaux établis du xne au xve siècle, soit préférable au système de la salle commune adopté de nos jours, est-il
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permis de dire qu’il présentait de grands avantages au point de vue moral. Il faut constater, ajoute le savant architecte, qu’il émanait d’un sentiment délicat de charité très noble chez les nombreux fondateurs et constructeurs de nos Maisons-Dieu du moyen âge.
Maisons et hôtels. — L'histoire de l'habitat'on
Fig. 208. — Maison à Cluny (xn* siècle).
humaine nécessiterait un ouvrage spécial en raison de l'intérêt qui s’attache à un semblable sujet. Il a été fait d’ailleurs, et fort bien fait par un architecte célèbre *.
Sans remonte aux temps préhistoriques ni aux Mérovingiens, ni parler des maisons rurales, des
1 . Ch. Garnier, membre de l'Institut, dont on se rappelle les études savantes présentées sous une forme pittoresque par ses maisons de tous les temps, depuis l’époque lacustre jusqu’à nos jours et qui ont eu un si grand succès à l’Exposition de 1889.
L’ARCHITECTURE CIVILE
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masures, qui présentent cependant un vaste sujet d’études par leur expression, variable selon les pays, nous devons borner nos études rapides à la période architectonique qui va du milieu du xne siècle à la lin du xv®, selon le cadre qui nous est assigne sous la dénomination arbitraire à' Architecture gothique.
Fig. 20H bis. — Maison à Clunv (xiic siècle).
Il n’est rien resté des habitations construites avant le xii® siècle, sinon le souvenir transmis par des textes, des manuscrits ou des bas-reliefs, en des termes concis ou sous des formes vagues; cependant on peut croire que les maisons étaient alors bâties en bois, ce qui se comprend en raison des forêts qui couvraient notre sol. La plus grande partie des monuments étaient en bois, ce qui explique que la plupart des églises
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construites vers le xn® siècle étaient élevées sur l’emplacement d’autres édifices détruits par le feu.
Les maisons romaines, gallo-romaines ou mérovingiennes étaient disposées suivant les habitudes du temps; elles étaient éclairées par des jours s’ouvrant
Fig. 209 et 210. — Maisons à Vitteaux (Côte d'Or) et à Saint Antonin (Tarn-et-Garonne) (xm* siècle).
sur des cours intérieures, selon les usages antiques qui séparaient l’appartement des femmes des autres parties de l’habitation.
Mais dès la fin du xn" siècle, la maison urbaine est faite pour la famille vivant en commun. La maison ouvre ses portes et ses fenêtres sur la rue; elle se compose généralement d’une salle ou boutique, consacrée à l’exercice de divers métiers ou à la vente de différents produits fabriqués, éclairée par une large arcade en plein cintre ou en arc brisé, et élevée de quelques marches au-dessus du sol de la rue ou même de plain-pied
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avec celle-ci; en arrière, une autre pièce, éclairée par
pjg 2, |. Maison à Provins (xivc siècle).
des fenêtres ouvrant sur une cour, servait de cuisine et
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de salle à manger. A gauche de l’arcade, sur la façade.
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Fig. aia. — Maison à Laon (xiv' siècle).
s’ouvrait une petite porte donnant accès à l’escalier
desservant ie premier étage, où se trouvait la grande
chambre qui servait de salle de réception et, à côté, une
autre chambre éclairée sur la cour; au-dessus se trouvaient les logements du personnel de la maison.
L'architecture des maisons varie selon le climat, les matériaux du pays et les usages des habitants. Quand il ne s’agit que d’ouvrir des jours, portes et fenêtres dans les façades pour éclairer l'habitation, les maisons n’ont pas de caractère particulier; mais dès que ces jours prennent une certaine richesse et que des moulures ou des sculptures décorent quelques parties de la façade, les ornements sont empruntés aux édifices voisins : églises ou abbayes construites par les moines-architectes, soit par suite de l'infiuence des écoles monastiques, esprit d’imitation ou la force de l’habitude.
Les maisons de Cluny, qui remontent au xii* siècle, nous fournissent plusieurs exemples; celles qui existent encore sont bâties presque entièrement en pierre. Les arcatures des ouvertures rappellent certains détails de l'église abbatiale ou des bâtiments claustraux que les constructeurs ont tout naturellement imités.
Il en est de même pour les autres maisons dont nous donnons les dessins exprimant les caractères des constructions urbaines des xm* et XVe siècles. On peut suivre par l’étude des habitations privées les effets consécutifs des transformations qui s’étaient faites dans l’architecture religieuse et monastique et qui s’étaient manifestées dans les édifices élevés au meme temps.
Ce n'est que vers la fin du xiv® siècle et particulièrement pendant le siècle suivant que cette influence s'efface et le changement, sinon le progrès, s’accuse par la forme des ouvertures qui ne ressemblent plus aux arcatures des cloîtres ou des églises, mais qui
L’A RCHITECTUKE CIVILE,
deviennent surbaissées, en anse de panier ou carrées et qui, dans les fenêtres, ne sont plus divisées par des
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. — Maison au Mont Saint Michel (xvc sitcle).
réseaux de pierre, ornés d’arcs brisés et d'accolades, mais simplement par des meneaux et des traverses for-
ARCH. GOTHIQOE
L'AllCHITECTUKE CIVILE