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PL. XVII

Maison de rapport à Neuilly.

Photo de la revue « L'Architecte ».

L'usine, dans sa forme actuelle, est d'invention récente, ne datant guère que des progrès de Toutillage, accompagnant ceux de la métallurgie.

Elle n'a d'ailleurs pu se modifier que très lentement parce que son développement s'est en général accompli sur place, sans changer un emplacement qui avait été dicté dès le début par le voisinage des matières premières, du combustible, des voies de communication, des forces naturelles hydrauliques.

On s'en rend compte dans une contrée comme la vallée supérieure de la Marne où tout était réuni pour l'ancienne métallurgie, le minerai qui constitue le sol, la forêt qui fournissait le combustible, la rivière qui, canalisée, formait le moyen de transport en même temps que son cours rapide donnait la force motrice.

A Saint-Dizier, on peut encore voir l'origine pittoresque de l'industrie, dans le vieux moulin de Clos- Mortier, autour duquel s^est développée l'usine, la turbine hydraulique venant se substituer à la roue du moulin, puis la machine à vapeur suppléant à l'insuffisance de la force hydraulique, enfin la force hydro- électrique, prise à grande distance, fournissant l'appoint nécessaire.

Pendant la seconde moitié du xix® siècle, les ateliers bas, sombres et enfumés avaient commencé à être remplacés par de grandes halles en bois comme on en voit à Rachecourt-sur-Marne : la charpente, reposant sur des poteaux en fonte, forme une succession d'arcs dont la combinaison est aussi ingénieuse

que la portée est déjà considérable ; œuvre remarquable, présentant de réelles qualités décoratives que n'eût pas désavouées le charpentier des halles de Dives ou même de l'hôpital de Beaune.

A un nouveau développement de l'industrie correspondaient les hauts-fourneaux comme ceux de Marnaval, ouvrages dont la forme d'art s'impose d'elle-même par son étrangeté et sa puissance.

A Noisiel, dans l'usine Menier, on cherchait en 1871 une combinaison artistique dans le bâtiment en pan de fer décoré de briques émaillées qu'élevaient Saulnier, Moisantet MuUer sur les piles du moulin du moyen-âge.

Les agrandissements de cette usine par des bâtiments en béton armé élevés en 1908 ne sont pas moins intéressants, qu'il s'agisse de la salle du mélangeur qui offre bien des réminiscences inexplicables d'architecture classique, mais réalise une certaine harmonie entre l'architecture et la machinerie, ou surtout de la passerelle, qui est une œuvre réellement décorative.

Au début de ce siècle, des dispositions-types étaient envisagées pour l'éclairage des ateliers, soit qu'on adoptât le jour sidéral donné de part et d'autre des faîtages des fermes, en général par des lanterneaux, soit qu'on employât le système des sheds, séries de combles à deux inclinaisons inégales éclairant les ateliers d'un jour uniforme par la succession des vitrages placés dans les faces les plus voisines de la verticale.

Ces dispositions s'exécutèrent d'abord en bois, puis en fer, puis même en béton armé.

A l'origine, les points d'appui intérieurs étaient assez rapprochés et les pièces, de forte section, constituaient d'une part la construction et supportaient d'autre part les transmissions et les engins de levage.

Mais, à mesure que l'industrie se développait, les points d'appui devenaient gênants et on en arrivait à la conception d'un outillage indépendant de la construction ; la Galerie des Machines de l'Exposition de 1889 avait été le prototype de ce parti d'une construction constituant un abri clair et spacieux dans lequel des poteaux et des poutrages spéciaux portaient les transmissions des machines et les engins de levage.

Ces caractères généraux des bâtiments industriels se précisaient à la veille de la guerre, en même temps que la recherche de conditions plus hygiéniques, d'un aspect plus agréable de la construction.

C'était le cas de l'usine Poulenc, à Vitry, de Labussière, où, par les larges baies et par des essais de décoration tels que le changement de ton des briques employées en remplissage entre les poteaux de béton armé, on commençait à s'évader de la formule prison.

Dans l'usine de la Compagnie parisienne d'Electricité, à Saint-Ouen, la grande salle des machines, construite en fer, était vaste, lumineuse, élégante de proportions, offrant des courbes heureuses dans les fermes et la tribune ; il n'était pas jusqu'aux

parties de l'usine servant aux manutentions du combustible qui, construites en béton armé, ne présentassent d'originales recherches de silhouettes.

L'œuvre la plus complète est peut-être le Bureau central téléphonique de Lecœur, construit à l'emplacement de l'ancien Conservatoire de musique. La simplicité de la construction des salles en béton armé, le pavillon d'angle en brique avec sa grande horloge, font de cet édifice un de ceux qui ont le plus de caractère, parmi les dernières constructions élevées à Paris.

Dès les premiers jours de la guerre s'imposa la nécessité de produire du matériel de toute espèce. L'investissement des régions les plus industrielles obligea à créer des usines par centaines, et la construction, qui avait été soudain arrêtée par la mobilisation, prit un essor extraordinaire : tout d'abord on rompit avec les habitudes timides de lente transformation que les usines avaient eues en général jusqu'alors, pour créer de toutes pièces des bâtiments nouveaux, voire même des établissements entiers.

Mais, si la nécessité de créer de nouvelles usines considérables, assurées de commandes énormes, rendait favorable l'élaboration de plans hardis, les conditions dans lesquelles ils allaient s'exécuter étaient des plus difficiles : la main-d'œuvre spécialiste était des plus rares, les délais d'exécution étaient des plus courts, surtout les matières premières manquaient.

A. ARFVIDSON.

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