‹ L'architectureChapitre 16 sur 24 · HENRI-.MARCEL MAGNE · texte numérisé non relu

HENRI-.MARCEL MAGNE

PL. yxiii.

Hrll, Boulevard Malesherbes, Paris 1920.

SI Tarchitecte avait peu à peu abdiqué, au cours du XIX® siècle, une partie de son rôle en ce qui concerne la décoration extérieure, il l'avait abandonné tout à fait pour la décoration intérieure.

Pourtant, ce rôle était dans la tradition classique : sous Louis XVI, l'art des architectes comme Louis ou Cherpitel, s'était encore plus exercé dans la décoration des salons que sur la façade des demeures princières qu'ils avaient édifiées; Percier avail dessiné les moindres détails de l'Hôtel de Beauharnais et même le mobilier impérial.

L'école romantique avait eu ce même souci de l'harmonie de la décoration intérieure et, si l'idée maîtresse qui présida, au château de Pierrefonds, à la reconstitution d'un décor moyen-âge devait fatalement aboutir à des bizarreries, il y avait là néanmoins un effort des plus curieux pour harmoniser non seulement le décor des murs, des sols, des plafonds, des cheminées, mais même le mobilier.

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On ne saurait oublier non plus l'exemple donné par Garnier qui, à l'Opéra, marqua de sa forte empreinte les cadres des affiches ou les lampadaires aussi bien que tous les détails de la' décoration intérieure ou extérieure ; l'œuvre, malgré ses défauts, restera parce qu'elle forme ainsi un ensemble complet.

Le rôle de l'architecte en cette matière paraissait devoir s'amplifier encore du fait que les méthodes scientifiques de construction semblaient lui échapper : pour l'architecture navale, par exemple, son rôle à aménager l'intérieur devait être d'autant plus important que la coque métallique devenait le domaine exclusif de l'ingénieur.

Le contraire, pourtant, se produisit et, s'il s'agit de monuments officiels destinés à durer, ce sera l'étonnement des générations futures que de voir l'échantillonnage des peintures décoratives à tendances opposées qu'offre le Panthéon ou l'Hôtel de Ville. Au xix* siècle, cette cacophonie paraissait réservée à la décoration des murailles ; au début du xx^ siècle, sous l'administration de Dujardin-Beaumetz, elle sévit pour les sculptures qui achevèrent de détruire toute harmonie, \ tant les architectes se désintéressèrent de la décoration intérieure des inonuments dont ils avaient la charge.

Les architectes avaient encore plus d'indifférence à s'occuper des installations des habitations ; par là, ils ont eu leur responsabilité dans le développement du mauvais goût et dans le succès des antiquités, vraies

OU fausses, car le public, insuffisamment averti, s'en est remis au tapissier dont la bonne volonté ne pouvait suppléer l'incompétence. Le staifeur régna en maître à l'intérieur des pièces dont le tapissier prenait ensuite possession pour réaliser ces intérieurs bourgeois, dits de style, faits de meubles de pacotille, de fanfreluches aussi propices à la poussière que contraires au goût.

On peut citer les architectes qui, comme Vaudremer, Lucien Magne, Genuys, essayèrent, à la fin du xix^ siècle, de réagir contre cette indifférence ; leur exemple fut suivi par Plumet, Th. Lambert, Pierre Selmersheim, Maurice Dufrêne, par moi-même et il n'est pas téméraire de dire que c'est par cette recherche artistique de la décoration intérieure que la cause du modernisme a été le mieux servie au début de ce siècle; le public a pu juger que l'ensemble d'une décoration moderne pouvait être aussi homogène et harmonieux que les ensembles des époques passées.

Le succès aurait été plus complet si les architectes décorateurs capables de remplir ainsi leur rôle avaient été plus nombreux et si les meubliers n'avaient cru pouvoir remplacer les architectes en ne faisant d'ailleurs pas autre chose, au point de vue moderne, que ce que faisaient les tapissiers pour le décor de style, c'est-à-dire en croyant que la décoration intérieure consiste à plaquer des marbres ou des stucs et encore plus à accrocher des étoffes, ce iqui est pour-

tant contraire à toutes nos idées actuelles sur l'hygiène.

La décoration intérieure procède, au contraire, des mêmes principes que la décoration extérieure : elle doit s'adapter aux dispo5?itions architecturales et rester en parfaite harmonie avec elles. Elle s'appuie sur les mêmes lois de composition : c'est par les oppositions des surfaces nues et des ornements, c'est par un parti franchement accusé dans le choix des matières et de la coloration que l'architecte doit y faire œuvre d'artiste.

Dans les monuments publics, Vaudremer avait donné l'exemple par l'étude du chœur de l'église Saint-Pierre de Montrouge, dont les ambons, les clôtures, le ciborium faisaient une œuvre de décoration complète. Plus tard, il réalisait, en collaboration avec le peintre Lameire, un ensemble aussi remarquable dans l'église grecque de la rue Bizet.

Le tombeau de Pasteur, de * Girault, était de même un chef-d'œuvre de décoration architecturale, par l'alliance des colonnes et des revêtements de marbre avec les arcs et la coupole en mosaïque à laquelle s'adaptaient les admirables figures de Merson.

Une décoration plus économique, mais très monumentale, est la peinture à la fresque telle qu'elle a été pratiquée si heureusement par Baudouin dans la chapelle Sainte-Anne, à Bolbec, dans la galerie intérieure du Petit-Palais, ou par Marret pour le décor de i'Aérium d'Ares.

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