J. BARBIER
F'açade de l'église Saint-Maurice à Bécon-les-Bruyères.
Photo de la revue « L'Architecte >.
ÉTAT DE l'architecture FRANÇAISE EN I9OO 7
des fermes à triple articulation ; ce système, auquel est dû le viaduc du Viaur, construit par Bodin, donnait des lignes d'une rare pureté et permettait de franchir des espaces énormes avec le minimum de matière, sans qu'aucune conséquence fâcheuse pût résulter des dilatations du métal. C'étaient les Palais de Formigé, dont les dômes azuYés donnaient l'expression la plus complète de l'alliance de la céramique et du fer.
Ainsi, à chaque page du livre du xix<^ siècle, s'inscrivaient des œuvres attestant que les progrès de l'architecture suivaient une voie parallèle à ceux de la construction et des programmes modernes.
Pour terminer le livre et commencer le volume suivant, l'Exposition de 1900 offrait le tableau de palais définitifs édifiés selon la formule classique, de constructions provisoires ayant la prétention d'imiter en staff l'architecture de pierre, avec le débordement du plus mauvais goût.
Un remarquable pont avait été lancé sur le fleuve qu'il franchissait d'une seule portée de ses arcs en acier moulé ; mais il avait été alourdi par l'assemblage hétéroclite de motifs sculptés à une échelle gigantesque.
De-ci de-là, une œuvre montrait que le goût subssistait et que l'esprit moderne n'avait pas disparu : c'étaient le hall et les escaliers de Louvet au Grand- Palais, des détails précieux comme les rampes de Girault au Petit-Palais, le Pavillon de la Grèce, cons-
truit en fer et en terre cuite par Lucien Magne. Ces quelques exceptions ne suffisaient pas à corriger l'impression de Tensemble.
Si l'on regardait hors de l'enceinte de l'Exposition, le spectacle n'était pas plus rassurant.
Les avenues du quartier des Champs-Elysées s'étaient couvertes d'immeubles dont les lourdes colonnes rivalisaient avec celles des Palais officiels et parmi lesquels l'Elysée-Palace de Chedanne donnait une note exceptionnellement distinguée.
Parmi les hôtels particuliers récemment construits, le plus voyant offrait la copie du Grand-Trianon.
Si la façade de la nouvelle gare du quai d'Orsay offrait un parti franc de grandes ouvertures, on cherchait vainement la solution logique des conditions si particulières du programme dans cette construction massive élevée sur le vide et encombrant d'une forêt de points d'appui les quais inférieurs.
L'élégante passerelle du quai Debilly et le pont édifié par Bonnet pour le raccordement du chemin de fer du Champ-de-Mars comptaient parmi les rares refuges du bon sens et du goût.
Tel était le recul apparent que l'année 1900 marquait sur les tendances modernes dont tout le xix^ siècle avait attesté les essais et dont l'Exposition de 1889 avait fait espérer le définitif essor.